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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 23:30

INTERVIEW - Emmanuel Maurel, député européen, responsable du courant PS «Maintenant la gauche».
C’est un rescapé. Elu dimanche dans la grande région Ouest, Emmanuel Maurel, l’un des porte-voix de l’aile gauche du Parti socialiste, appelle la gauche à «arrêter d’être obsédée par une logique comptable de l’économie».

Maurel BastamagComment la gauche en est-elle arrivée là ?

J’y vois trois raisons… La première est démocratique. Les gens ont le sentiment que leurs dirigeants n’ont plus aucune prise et qu’ils ont renoncé à changer le monde. Cela touche d’autant plus la gauche qu’elle soulève, à chaque fois qu’elle est élue, un espoir bien plus grand. On attendait François Hollande sur la régulation de la finance et de la mondialisation. Il n’y a pas eu de traduction concrète de ce qu’il avait annoncé dans sa campagne. La deuxième raison réside dans l’indifférenciation droite-gauche qui désoriente l’électorat populaire. La troisième est géographique : le score du Front national augmente à mesure qu’on s’éloigne des centres urbains. Là où le sentiment de relégation est fort, où les gens se sentent délaissés, où les services publics sont absents ou fonctionnent mal. Il faut des politiques publiques différentes… mais cela nécessite de l’argent. Arrêtons d’être obsédés par une logique comptable de l’économie.

C’est-à-dire ?

Il faut tout changer. N’ayons plus les yeux rivés sur nos déficits et le niveau de l’inflation. Prenons des mesures ambitieuses sur le pouvoir d’achat et la relance de notre économie. François Hollande doit également s’attaquer - comme il l’a promis - à la réorientation de l’UE, au refus de cette Europe de la compétition.

Il vous est souvent rétorqué qu’on ne peut dépenser l’argent qu’on n’a pas…

C’est un argument employé pour justifier l’immobilisme. S’endetter, c’est aussi investir et préparer le futur de notre pays ! Je le répète : il faut sortir d’une logique comptable de la politique et de l’économie, avoir une vision dynamique.

A entendre ses responsables, depuis dimanche soir, ce n’est pas le chemin que prend le gouvernement…

On est dans le déni et l’aveuglement. On nous explique qu’il faut continuer comme avant, plus vite, plus fort… Il y a de quoi s’inquiéter, on a tout de même réalisé le plus mauvais score de l’histoire du parti d’Epinay ! Ne pas prendre de réformes radicales, c’est d’une irresponsabilité inquiétante. S’arc-bouter sur des principes comme celui des 3% [de déficit public], cela relève du dogmatisme. Lorsqu’on commence à avoir plus peur des marchés que de la colère du peuple, il ne faut pas s’étonner d’être ensuite sanctionné.

Le problème ne serait qu’économique ?

Il est aussi institutionnel. La Ve République est à bout de souffle. Le seul message envoyé par l’exécutif au législatif est de rester bien sagement debout, le petit doigt sur la couture du pantalon. On ne peut plus fonctionner comme ça. Il faut donner plus de pouvoir au Parlement, laisser plus de libertés au parti majoritaire. Offrir des espaces à la démocratie directe et participative. Et, pour les socialistes, avoir en tête le rassemblement de la gauche.

Comment ?

On ne pourra pas le faire sans changer d’abord d’orientation économique. Et je suis sûr que la majorité des adhérents et sympathisants du Parti socialiste sont eux aussi pour une réorientation de la politique gouvernementale. Il faut qu’ils puissent aujourd’hui s’exprimer.

C’est une manière de réclamer un congrès ?

Au-delà de l’exigence d’un congrès, il faut que les militants aient davantage la parole, qu’ils puissent être acteurs, y compris peser sur les décisions prises par le gouvernement. Qu’ils soient associés à la politique gouvernementale. La force du PS, ce sont ses militants, qui se sont mobilisés et battus durant cette campagne. Il faut les respecter.

Recueilli par Lilian Alemagna

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 14:54

100 PS frondeursLes résultats des élections européennes ont produit un second choc qui ébranle comme jamais notre République, deux mois après la défaite municipale. La gauche au pouvoir, pour reconquérir la confiance et l’adhésion des Français, doit accepter de profondes remises en causes, et agir autrement. Il est temps de retrouver l’esprit et les engagements de 2012, et c’est pourquoi nous proposons une nouvelle politique.

Dès aujourd’hui, nous travaillons à une plate-forme, prolongeant l’appel des Cent, pour contribuer avec d’autres, à sortir de l’impasse. Nous appelons le Président de la République à considérer, enfin, que sa majorité toute entière est disponible pour un dialogue sincère et utile au redressement du pays.

En Europe, la France est plus que jamais porteuse d’un message d’une grande clarté : l’austérité n’est pas une politique acceptable et durable, pour les Français comme pour les autres. L’aveuglement comptable conduit aux dérives des politiques publiques. Dès la prochaine rencontre européenne, nous demandons au Président d’inviter l’Union européenne à réviser le calendrier et le contenu des règles budgétaires qui étouffent la croissance. 3%, programme d’investissements massifs, préservation des dépenses d’avenir : éducation, innovation, recherche. L’Europe ne peut continuer comme avant le 25 mai. Ce fut un « 21 avril » européen.

En France, au Parlement, nous défendrons un projet de relance de l’économie efficace et juste. Représentants du peuple, nous prendrons nos responsabilités.

Nous proposerons et ferons voter les lois indispensables à cette nouvelle étape. A l’heure où la croissance ne repart pas et où toutes les prévisions confirment la hausse du chômage jusqu’à fin 2015, nous défendons :

- Plus de moyens pour une politique économique ciblée, fixant des contreparties en investissements et en emplois à une mobilisation sans précédents des moyens de la puissance publique.

- Plus de pouvoir d’achat par une réforme de justice fiscale, et la progression maintenue des prestations sociales.

- Plus d’ampleur des politiques pour l’accès à l’emploi des jeunes, des chômeurs de longue durée et des seniors

Notre plate-forme proposera de relancer la régulation des activités financières, les investissements publics locaux, la transition écologique et de revitaliser la démocratie et les services publics dans les territoires dont le vote a confirmé hier la conviction d’abandon.

Face à l’extrême-droite qui s’enracine, et à l’Ump qui a facilité sa progression, nous voulons redonner de l’espoir. Nous avons trois ans pour démontrer que la gauche française sait collectivement se hisser à la hauteur de cet enjeu historique.

Pouria Amirshahi, Laurent Baumel, Jean-Marc Germain, Jérôme Guedj et Christian Paul

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 14:00

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 13:48

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 07:00

logo_MLG_95.jpg

Chers Amis, Chers Camarades,

Maintenant la Gauche s'est réunie en Assemblée générale régionale le 29 avril dernier, nous vous proposons de nous retrouver dans le Val-d'Oise en Assemblée Générale de la motion 3 le

Mardi 27 mai 2014
à 20h30
Salle du Conseil
Hôtel de Ville de Gonesse,
66, rue de Paris
(la salle du conseil est située derrière l'Hôtel de Ville – invitation et plan à télécharger ici)

Voici les points qui seront abordés dans l'ordre du jour en présence de notre camarade Emmanuel Maurel :

  •     bilans des scrutins municipaux et européens ;
  •     situation politique nationale et fédérale ;
  •     actions et initiatives du courant et de nos partenaires ;
  •     projet départemental du PS ?
  •     questions diverses.

reustmalo-700x300.jpgD'ici n'hésitez pas à vous mobiliser avec détermination pour la dernière ligne droite de la campagne des élections européennes, la place de premier groupe au Parlement européen se joue à quelques sièges près.

Comptant sur votre présence nombreuse,   
Amitiés socialistes,   
Frédéric FARAVEL   
Mandataire fédéral de la motion 3

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 22:19

Les résultats des élections européennes en France constituent une alerte majeure pour les dirigeants de notre pays et de l’UE, ainsi que pour les responsables politiques.

Une alerte démocratique.
Le décrochage démocratique perdure, témoignant moins d’un désintérêt de nos compatriotes que d’une perception d’impuissance à peser sur les choix européens et les orientations politiques françaises et à faire prendre en compte leurs attentes, leurs besoins et une vision d’avenir pour leurs enfants.
Même si le taux d’abstention est en légère réduction, il demeure très préoccupant dans les quartiers populaires et massif au sein de l’électorat de gauche.

Une alerte politique.
Nul ne peut sous estimer la gravité de voir pour la première fois de notre histoire le FN en tête d’une élection dans notre pays. Cette situation exige des changements majeurs tant au niveau gouvernemental qu’au sein des partis politiques.
Le score historique du Front national met chacun devant ses responsabilités.
Les mauvais résultats du PS confirment une défiance persistante, voire accrue, à l’égard de la majorité gouvernementale. Les bonnes réponses aux avertissements lancés par les Français lors des municipales ne semblent pas avoir été apportées..
Depuis de longues années, le Parti Socialiste n’a pas su résorber la fracture entre ses dirigeants et ses électeurs comme avec le peuple de gauche sur la question de la construction européenne. La non tenue par François Hollande de ses engagements sur la réorientation de l’Europe a accru le désarroi de nos concitoyens, qui refusent la politique d’austérité et de concurrence généralisée.

Aujourd’hui, c’est toute la gauche qui est percutée par l’ampleur de la crise. C’est pourquoi le rassemblement des forces de gauche s’impose, autour d’objectifs concrets inversant rapidement les priorités et engageant le redressement du pays dans la justice.
Le PS, premier parti de la gauche, a une responsabilité particulière pour retrouver son rôle moteur dans ce rassemblement. Ses militants doivent pouvoir rapidement prendre la parole.

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 18:39

PAR STÉPHANE ALLIÈS - ARTICLE PUBLIÉ PAR MEDIAPART LE JEUDI 22 MAI 2014

Comment, sur le terrain, les socialistes parviennent-ils à mettre en musique le discours anti-austérité de Martin Schulz et la politique de François Hollande ? Esquisse de réponse à La Flèche (Sarthe), où les candidats Emmanuel Maurel, figure de l'aile gauche du PS, et Christophe Rouillon, « fabiusien réaliste », affichent leur « complémentarité ».

La Flèche, de notre envoyé spécial.

Maurel_marche_La_Fleche.pngDepuis trois semaines, la campagne des européennes offre le visage d’un PS tiraillé entre son discours au pouvoir et son discours sur les estrades. Et si elles paraissent surmontées, les contradictions des socialistes se réveillent parfois, sur la forme comme sur le fond.

Sur la forme, comme quand Manuel Valls doit supporter la perfidie d’une Martine Aubry qui, au terme d’un meeting à Lille, fait jouer «une vraie chanson de gauche» (Le chiffon rouge de Michel Fugain) quand celui-ci s’attendait à La Marseillaise (voir ici la vidéo). Ou sur le fond, comme quand Pervenche Bérès plaide en meeting à Évry contre la règle des 3% de déficit public des États-membres, face à un Manuel Valls ne cessant de les réaffirmer. Ou encore quand Martin Schulz fixe des lignes rouges à la négociation du traité transatlantique, loin de la volonté énoncée par Hollande en février de le signer «au plus vite».

Pris dans ce grand écart permanent, comment le PS fait-il campagne, sur le terrain ? Mediapart est allé s’en rendre compte dans le sud de la Sarthe, au coeur d’une circonscription Grand Ouest, qui lui a apporté l’un de ses moins mauvais scores lors des dernières européennes en 2008 (17,3%). À l’ombre d’un Martin Schulz, chef de file des socialistes européens, largement mis en avant et occupant médias, meetings et rencontre avec les ouvriers (lire ici), comment le PS gère-t-il sa double ambivalence, celle de militants et candidats, soutiens et critiques de l’action gouvernementale, faisant campagne contre une austérité que le pouvoir socialiste met en oeuvre ?

À La Flèche, à mi-chemin entre Le Mans et Angers, on retrouve un duo emblématique de cet équilibre fragile. Deux quadras, Christophe Rouillon (47 ans) et Emmanuel Maurel (41 ans). Le premier est un fabiusien réaliste, soutien inébranlable du pouvoir, maire réélu de Coulaines (Sarthe) et membre du comité des régions européennes. Il espérait être premier homme sur la liste, et donc éligible derrière la sortante Isabelle Thomas. Mais le second lui a grillé la politesse, un peu par hasard, au gré des aléas d’une nuit de négociations dans les arcanes de Solférino, dont seul le PS a le secret (lire ici).

Trouver une place à Maurel en tant que chef de file du courant de l’aile gauche PS, ayant réalisé un score surprise (28%) face à Harlem Désir en 2012, ne s’est pas fait sans mal. Son implantation dans la région Ouest (après avoir espéré être un temps tête de liste dans le Sud-Ouest, puis le Centre) s’est heurtée à un refus militant massif dans les fédérations du Finistère et des Côtes-d’Armor. Jugé trop parisien et trop à gauche, deux gros défauts dans le contexte de la colère fiscale d’une partie des bonnets rouges.

Dans la Sarthe aussi, la fédération de Christophe Rouillon, le vote contre Emmanuel Maurel a été massif. Mais au total des votes de l’eurorégion (Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes), sa candidature a finalement été validée.

Désormais, s’ils ne seront pas les meilleurs amis du monde, l’entente est cordiale. Les deux hommes se retrouvent un midi à l’ombre d’un moulin à aube sur les bords du Loir, pour casse-croûter avant d’aller visiter une PME commercialisant des vélos électriques.

«On s’est réparti les rôles et les territoires», explique Maurel, que l’on dit «persona non grata en Bretagne», du fait de la rancoeur militante locale. Ce qu’il réfute au milieu d’une distribution de tracts sur l’important marché de La Flèche. «La semaine dernière, j’étais à Saint-Malo», dit-il, en donnant des gages localistes à ceux qui lui reprochent un parachutage. Vice-président de la région Île-de-France, il dit avoir quitté son Val-d'Oise pour se baser à Nantes le temps de la campagne, et aller «depuis toujours» en vacances dans les Pays de la Loire.

Ancien de Sciences-Po et diplômé en lettres modernes, Emmanuel Maurel assume un socialisme à l’ancienne, davantage branché par le social et l’emploi que par le sociétal et les minorités ou les questions de genre.

Il semble intarissable sur le sujet agricole, et nous apprend même qu’«appeler une vache par son prénom améliore la “tartinabilité” du beurre».

«C’est paradoxal au vu du climat politique, mais la campagne est très sympa, explique cet ancien proche du ministre Jean Poperen. Les militants ont envie d’en découdre, notamment dans les villes qui ont connu des défaites aux municipales». Ici à La Flèche, beaucoup de gens ne sont pas au courant quand on leur tend un tract. Les militants sur place le confirment en soupirant : «On passe notre temps à informer qu’il y a un vote.» Mais Emmanuel Maurel veut y croire. «On parle beaucoup du prix de l’euro, et de sa nécessaire dévaluation, assure-t-il. C’est le vrai problème pour tous les agriculteurs ou les entrepreneurs que l’on rencontre, bien plus que les travailleurs détachés. Sans cette directive, ce serait une vraie jungle…»

Retrouver l'électorat de la primaire

Déprimé par le contexte national, Maurel se revigore sur le terrain. Il a mis son animation nationale de l’aile gauche en “stand-by” depuis le débat sur le plan d’austérité. Même s’il profite de la campagne pour rencontrer un grand nombre de militants. Tout en achetant un miel aux vertus miraculeuses («ça fait gagner les élections ?»), il évoque une campagne qu’il semble affectionner, chaque jour dans un endroit différent. Petites réunions publiques et rencontre avec des représentants de la société civile de gauche, syndicalistes, petits patrons de PME ou associations type Ligue des droits de l'Homme ou Ligue de l'enseignement

À travers ces choix, il y a un objectif électoral assumé : «Si on parvient à retrouver les 2 à 3 millions qui ont voté pour nous à la primaire présidentielle, les militants et les sympathisants socialistes, on peut faire un score respectable – compte-tenu de l’abstention – et participer à une alternance en Europe.» Quand on lui objecte que la dynamique de mobilisation n’est pas franchement la même, au sortir d’élections municipales catastrophiques, il rétorque : «Je pense que ce message a été entendu par le parti, quand même.» Mais admet, aussi : «Bon d’accord, il ne l’a peut-être pas été par François Hollande…»

Avant d’aller organiser une conférence de presse et un meeting avec Élisabeth Guigou, Christophe Rouillon laisse poindre davantage d’optimisme. «Les européennes, c’est quand même plus simple pour nous, lâche-t-il. Là où il faut faire de la triangulation aux municipales, on revient ici aux valeurs, aux bases du clivage gauche/droite.» Pour sa part, il assume une stratégie électorale ignorant les concurrences à gauche, préférant défendre une vision tripartite de l’enjeu électoral. À ses yeux, seul le PS peut endiguer le Front national et l'UMP : «On joue sur la conscientisation et la culpabilisation de notre électorat : “Si vous ne votez pas, le FN sera devant et l'Europe restera conservatrice.” Faudra pas se plaindre après !»

Rouillon l'assure, «on est dans une région très pro-européenne, alors il faut parler concret», et surtout argumenter contre le FN. Il décline : «Aux agriculteurs, on explique qu’avec le FN, les crédits de la PAC seront en baisse. Aux jeunes, on parle des rétablissement des visas que l’extrême droite propose, aux vieux de l’Europe de la paix face au retour aux frontières. Avec l’Ukraine, c’est un message pas si éculé.» Rouillon est garant de la cause pro-européenne, presque a-critique. «L’Europe ne peut pas être un défouloir, martèle-t-il. Il faut arrêter de croire que le chômage se réglera au niveau hexagonal, ou dire que tout se réglera d’un coup. Il faut expliquer que c’est une avancée pas à pas.» Il dit miser beaucoup sur Schulz, et espère qu’il sera «la figure européenne qui manque à la social-démocratie en crise».

Pour le coup, Emmanuel Maurel partage ce point de vue : «Sa campagne et son programme me vont très bien. Il dit ce que je dis depuis deux ans en France.» «L’idéal serait qu’il fasse alliance sur sa gauche, et il commence à le dire publiquement, renchérit-il. Cette logique est la même que ce que je dis au PS…» Il s’accroche à cette perspective, même si l’accord de majorité a beaucoup plus de chances de réunir à nouveau le PSE avec les conservateurs du PPE, voire les libéraux de l’ADLE. Qu’importe, Maurel a envie d’y croire.

«Il y a quand même une différence entre la discipline budgétaire et l’austérité»

Cette ambivalence ne vire-t-elle pas à la schizophrénie, à force de faire campagne sur le terrain en prônant le refus de l’austérité, tout en appartenant au parti qui la met en oeuvre en France ? Christophe Rouillon ne le pense pas. «Il y a quand même une différence entre la discipline budgétaire et l’austérité, dit-il, même si elle est dans l’épaisseur du trait. Avec nous, c’est une rigueur sans sacrifices insupportables.»

À ses yeux, «la relance ne peut pas se faire tout seul en France, sinon on est cuit, mais au niveau européen». Et si Manuel Valls s’est engagé à respecter les 3% de déficit, «il demande dans le même temps un changement de politique monétaire», tranche-t-il.

Pour Emmanuel Maurel, la défense est plus aisée : «Il n’y a aucune schizophrénie chez moi : je suis contre l’austérité en France ET en Europe, et je ne cesse de le dire. Être dans l’aile gauche du PS n’est pas un désavantage dans cette campagne

Les deux candidats veulent convaincre de leur complémentarité. À l’épreuve face au chef d’entreprise rencontré de concert, on peut juger le tandem opérationnel. Les réactions sont rarement les mêmes, face au propos du petit patron. Quand Rouillon approuve les demandes de simplification de la réglementation, s’interroge sur les commandes auprès des collectivités locales et opine à l’évocation des critiques de l’entrepreneur sur le poids des normes de sécurité européennes, Maurel ne dit mot.

En revanche, il tique quand le petit patron cause production des pièces en Chine et coût de la maind’oeuvre, alors que son camarade écoute attentivement. Parfois, le naturel "aile gauche" de Maurel refait surface. Comme quand il s’insurge illico en entendant que «le vrai problème, c’est le droit du travail», «la difficulté à licencier» et «les condamnations au prudhommes». «Attendez, les prudhommes, c’est pas l’Union soviétique, coupe-t-il net. C’est quand même normal que ce ne soit pas anodin de virer des gens. Ça se saurait si les salariés dictaient leurs lois aux patrons dans ce pays…»

Puis, Maurel se fait taquin :

«Et sinon, vous touchez le CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) ?
— Oui mais au risque de vous choquer, ce n’est pas ça qui va me faire embaucher.
— Vous ne me choquez pas du tout, au contraire. En tout cas moins que mon co-listier. Pourquoi ?
— Je ne sais pas si ça va pas être retiré, et de toute façon je n’embauche que quand j’ai du travail…
— L’important, c’est le carnet de commandes, en somme ?
— Voilà !»

Fier de son effet, visiblement rodé avec d’autres petits patrons rencontrés auparavant, Maurel conforte sa croyance en une politique de relance et d’investissement, et son rejet du socialisme de l’offre. «Je n’ai jamais caché ni mes opinions ni mes mécontentements, dit-il, mais je suis loyal et je reste attaché à l’intérêt de mon parti

C’est d’ailleurs en vertu de cet attachement au PS que Maurel affiche son aisance sur l’épineux sujet de l’accord transatlantique de libre échange Etats-Unis/Europe : «Je vous rappelle que lors de la convention Europe du PS, les militants ont voté un amendement sur cette question, à 80%, pour suspendre les négociations» (lire ici et ici). Et de se faire bravache : «Si je suis élu, je voterais contre, quoi que les autres disent.» Et de retrouver ses accents de militant inébranlable d’un socialisme historique, refusant de voir le recentrage de son parti, en tout cas se refusant à le juger inéluctable. «Je n’ai pas à quitter mon parti, ce sont eux qui s’éloignent du socialisme», a-t-il ainsi coutume d’expliquer depuis deux ans.

Sur le marché de La Flèche, à une retraitée, comme au chef d’entreprise dans son bureau ensuite, qui lui disent «Je vous dis merde», il a la même réplique automatique, à chaque fois lâchée d’un sourire en coin à la Droopy. «Oui, c’est le mot qui convient.»

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 18:35

vonews.fr - 21/05/2014

En septembre, les maires devront en théorie appliquer la réforme des rythmes scolaires dans leur commune. Pourtant, plusieurs élus valdoisiens ont déjà fait part de leur intention de ne pas appliquer la mesure, au grand dam du député Gérard Sebaoun.

Principale cible de l'élu, le sénateur maire d'Ermont, Hugues Portelli, dont le conseil municipal a annoncé, en avril dernier, la suspension de la réforme. «Le nouveau président de l’Union des Maires du Val d’Oise, Hugues Portelli, par ailleurs sénateur et professeur de droit, semble avoir délibérément choisi la voie de l’illégalité comme de nombreux maires de droite élus ou réélus», tacle Gérard Sebaoun, pour qui «la droite valdoisienne déclare la guerre à la réforme des rythmes scolaires».

Dénonçant une «posture politicienne», il met en avant «de nombreux travaux convergents» et «un consensus des parlementaires de tout bord» sur la question. A quelques mois de la rentrée, le député estime que les maires incriminés «prennent en otage les enfants, les parents et les personnels de l’Education Nationale».

Des réponses claires de l'Etat

Suite aux débats et aux interrogations formulées par les élus sur la réforme, Gérard Sebaoun assure que «le gouvernement a apporté deux réponses claires». «La première avec le financement, tant de l’Etat que de la Caisse des Allocations Familiales, couvrant en moyenne un peu plus de 50% des dépenses nouvelles liées à cette réforme, notamment celles des Temps d’Accueil Pédagogique», précise-t-il. La seconde, «avec le décret Hamon du 8 mai 2014» [qui prévoit un assouplissement de la réforme], ajoute-t-il. «Les communes volontaristes telles Gonesse, Cergy (expérimentation) ou Bessancourt ont ouvert la voie et réussi cette réforme dès 2013».

Le député appelle désormais les maires à saisir l’opportunité du Projet Educatif Territorial (PEDT) «au bénéfice de tous les élèves dans toutes les écoles».

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 20:04

240px-Jérôme Guedj 2010

Vous trouverez ci-dessous la réaction de Jérôme Guedj aux propos génocidaires de Jean-Marie Le Pen tenus à Marseille lors d’un meeting du Front national le 20 mai. Les républicains ne peuvent garder le silence.

Tribune publiée dans Médiapart.

logo mediapart«Monsieur Ebola peut régler tout ça en trois mois». Jean-Marie Le Pen, qui faisait estrade commune avec sa fille hier à Marseille en meeting, donne donc du «monsieur» au virus mortel qui a fait sa réapparition il y a quelques mois en Afrique. Il lui donne du «monsieur» car il est selon Jean-Marie Le Pen la solution face au «risque de submersion» de la France par l’immigration et au «remplacement de la population qui est en cours».

Il ne s’agit pas d’un dérapage, d’une parole raciste de plus dans la bouche d’un multirécidiviste en la matière. Non, on est bien au delà dans le domaine de la haine. Il vient de faire un vœu génocidaire. Ce personnage, qui serait grotesque si le parti politique et les héritières qui l’a engrangées n’étaient des dangers mortels pour la République, a exprimé le souhait qu’en Afrique des millions de personnes disparaissent.

Le Président d’honneur du Front national, fondateur et incarnation historique du parti que les sondages placent en tête à l’élection européenne de dimanche, claironne donc à qui veut l’entendre lors d’un rassemblement de sa formation politique, que la solution à une question politique, l’immigration, est une solution finale, l’éradication d’une partie de l’humanité, les Africains.

Si certains avaient encore besoin de clarification sur la nature du Front national, sur les idées puantes qui règnent dans ses rangs et la matrice idéologique de ses cadres, Jean-Marie Le Pen vient de leur rafraîchir la mémoire. Le Front national se réclame de la République, emprunte désormais nombreux de ses thèmes à la gauche, joue à plus laïque que moi tu meurs, palabre à haute voix sur la défense du monde ouvrier, envoie sur les plateaux télé des cadres bien proprets ? Chassez le naturel, il revient au galop. Le Front national n’est rien de ce qu’il affirme être. Prononcez le mot immigration, et la fable du parti dé-diabolisé, avec ses personnages et ses thèmes fictifs, s’effondre. Prononcez le mot immigration, et la vraie nature de ce parti ressurgit, son logiciel originel se remet route, avec, intégrée, toute la panoplie de l’extrême droite, dont le génocide, héritage programmatique des nazis. On y est, il n’a pas fallu gratter bien longtemps.

Je ne prendrai pas temps de répondre ici au mythe des invasions barbares, à la trouille des musulmans et du « remplacement de la population » européenne. Rappelons juste que si quelques valeurs nous unissent encore, c’est bien celles qui président au fait qu’on se fout bien de savoir en France qui sont vos parents ou vos grands parents, mais quels sont vos droits et vos devoirs. Que s’il existe une identité à la Nation française, elle est fondée sur la citoyenneté, la responsabilité civique qui en découle et s’incarne dans la République, ce vieux projet universaliste que nous ont légués une bande d’illuminés qui décidèrent à la fin du XVIIIe de renverser le cours de l’histoire et d’embarquer l’humanité dans le projet d’une «société des égaux». Je le rappelle car nous ne sommes pas issus de nulle part. L’Europe non plus, celle pour laquelle nous votons dimanche. C’est malheureux de devoir remettre sans cesse le couvert, mais si aujourd’hui nous avons le privilège, l’immense privilège, de vivre librement dans le plus grand espace démocratique du monde, c’est loin d’être un hasard et ce n’est pas un acquis éternel. Avant nous, avant que les démocraties européennes ne décident de s’associer pour ne plus se faire la guerre, la spécialité continentale était justement la guerre.

646419-le-fondateur-du-front-national-francais-jean-marie-l.jpgLorsque Jean-Marie Le Pen fait un vœu génocidaire, il se place non dans l’histoire que nous construisons depuis 70 ans, mais dans celle que les nazis voulaient construire pour «mille ans» en Europe. Un monde où on éradique des peuples, des populations parce qu’on estime qu’elles sont un problème pour le genre humain. Ainsi, lorsqu’il déclare hier à Marseille que ce «phénomène d’immigration massive est aggravé chez nous par un fait religieux : une grande partie de ces immigrés sont des musulmans, une religion qui a une vocation conquérante, d’autant plus conquérante qu’elle se sent forte et qu’ils se sentent nombreux. Elle va jusqu’à conquérir jusque dans nos propres rangs – pas au FN mais en France – de nombreux et nouveaux fidèles» (Le Monde, 21/05), il ne fait que reprendre le thème de la «vermine» qui viendrait tarir une «race pure», sous couvert de différences religieuses et culturelle. Dans l’Europe dominée par les nazis, il s’agissait de la «vermine juive», elle a juste été recolorée, mais c’est la même chose. Et en lieu et place du génocide industriel organisé dans les camps de la mort, il souhaite un génocide infectieux, permis par un virus.

Devons-nous laisser de tels «rossignols du carnage» s’ébrouer impunément ? Assurément que non, il faut une réponse pénale, car il est interdit en France d’en appeler au génocide, comme à la haine raciale, et une réponse politique. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un crime. Si nos lois l’affirment, c’est pour une bonne raison, c’est que nous en connaissons les funestes conséquences.

Ces paroles doivent être condamnés par tous, et nous devons rappeler aux électeurs, que quels que soient les frustrations et reproches que nous pouvons, et devons, faire à l’Union, ce n’est pas en envoyant des représentants qui prônent la barbarie humaine que nous trouverons les voies qui permettront de ré-enchanter le rêve européen. Bien au contraire. Le FN n’est pas contre le système, il en est la pire des expressions, comme l’extrême droite l’a toujours été depuis son apparition dans le champ politique.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 22:50

Le Monde.fr | 20.05.2014 à 13h35 | Par Collectif de candidats socialistes aux élections européennes

Si nos exigences ne sont pas respectées, nous rejetterons l'accord, annoncent plusieurs candidats socialistes aux élections européennes, dont Pervenche Berès, Vincent Peillon, Emmanuel Maurel et Sylvie Guillaume...

Depuis juillet 2013, des négociations se sont ouvertes entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur un partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, plus connu sous les sigles TAFTA ou TTIP.

Cette perspective soulève de nombreuses et légitimes interrogations chez les Français. Pour leur permettre de faire un choix éclairé le 25 mai prochain, chaque formation politique doit faire connaître sa position. La nôtre repose sur une analyse exigeante qui ne saurait se contenter d'une posture facile et électoraliste, consistant à se réfugier dans le rejet pur et simple d'un accord commercial… qui n'est en rien finalisé.

Notre vision de la mondialisation, c'est le juste échange. Celui où la protection sociale, nos préférences collectives dans la santé ou l'environnement sont défendus et non bradés au profit du «tout marché» et du libre échange.

4401419_3_ef63_le-traite-transatlantique-tafta-vise-a_6a181.jpgNotre position sur cet accord est claire et ferme : avec pragmatisme nous devons évaluer les potentialités d'un accord géostratégique mais, avec vigilance nous devons également mesurer les risques qu'il pourrait faire courir à l'Europe et ses citoyens. Parce que nous sommes des Européens convaincus, nous savons que c'est à l'échelle de l'Union que nous devons dialoguer avec les Etats-Unis alors que l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) est en panne.

Nous n'en sommes qu'au tout début des discussions. Notre exigence est que toute la transparence soit faite sur les négociations. Notre candidat à la présidence de la Commission européenne, Martin Schulz, est le seul à avoir pris l'engagement, s'il est élu, de demander la publication complète du contenu des échanges entre les deux parties et de former un groupe de travail rassemblant société civile, experts et syndicats.

Cette longue période qui s'ouvre nous permettra d'organiser un débat de fond, démocratique, public et transparent avec les acteurs de la société civile et les partenaires sociaux.

A l'heure de la compétition entre Etats-continents, nous devons examiner lucidement les perspectives de débouchés porteurs d'activité et d'emplois pour nos économies. A l'heure des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), nous devons jouer notre carte dans la définition des normes et standards mondiaux de biens et services. L'Europe a vocation à peser de tout son poids pour réguler la mondialisation et faire valoir ses intérêts.

N'est-il pas temps de nous battre pour que les Etats-Unis appliquent enfin les normes de l'Organisation Internationale du Travail ? N'est-il pas temps d'imposer aux Etats-Unis une réelle réciprocité ? Les marchés publics européens sont ouverts à 85% aux entreprises étrangères, ceux des Etats-Unis ne le sont qu'à 35%. Le juste échange que nous défendons vise à assurer un rééquilibrage des échanges pour que l'Union européenne ne soit pas «l'idiot utile» de la mondialisation.

A l'initiative des socialistes français, les services audiovisuels, la Culture ainsi que la Défense ont déjà été exclus du champ de la négociation. Nous demandons le respect d'un haut niveau de protection de l'environnement et des normes sociales en vigueur dans l'Union européenne. Nous exigeons de la Commission européenne qu'elle respecte scrupuleusement le mandat qui lui a été confié. Il ne pourra être question de bœufs aux hormones, de poulets javellisés, ou de remise en cause du principe de précaution sur les OGM ou le gaz de schiste. Pour les socialistes français et européens, l'accord conclu au terme de ces négociations devra respecter nos choix de société, nos modes de vie et notre modèle social.

réustmalo-700x300Nous serons intransigeants sur nos normes sociales, environnementales et sanitaires européennes, comme nous l'avons été, pour les droits et libertés des Européens en rejetant l'accord commercial anti-contrefaçon (ACTA). Cet accord devra être avantageux pour les deux parties et pour l'ensemble des citoyens européens, ou il ne verra jamais le jour !

C'est pourquoi nous avons formulé les exigences suivantes qui conditionneront notre vote :

  • la non-introduction d'un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats qui permettrait à une entreprise étrangère de contourner les juridictions nationales pour attaquer un pays devant une Cour internationale d'arbitrage si elle estime qu'une loi a lésé ses intérêts. Les multinationales ne doivent pas obtenir plus de garanties que les politiques publiques !
  • la non remise en cause de nos choix de société en matière d'éthique, de droit du travail, de santé et de sécurité alimentaire qui constituent nos « préférences collectives » et fondent le modèle social européen ;
  • la protection des données personnelles ;
  • la préservation des indications géographiques comme les appellations d'origine contrôlée (AOC) ;
  • la protection de la propriété industrielle et intellectuelle ;
  • la préservation de la qualité des services publics.

Nous défendrons cette position en exerçant notre devoir de vigilance et notre pouvoir d'influence tout au long des négociations.

Nous continuerons à faire entendre notre voix grâce à un triple verrou démocratique : les chefs d'Etat et de gouvernement, les parlements nationaux des 28 Etats-membres et le Parlement européen devront chacun se prononcer pour ou contre ce Traité à la fin du processus.

Candidats à l'élection européenne du 25 mai prochain, nous prenons un engagement clair et ferme : si l'une de nos exigences n'était pas respectée, nous, socialistes français, prendrons nos responsabilités et rejetterons cet accord.

Signataires : Pervenche Berès, Guillaume Balas, Vincent Peillon, Sylvie Guillaume, Edouard Martin, Catherine Trautmann, Isabelle Thomas, Emmanuel Maurel, Jean-Paul Denanot, Karine Gloanec-Maurin, Virginie Rozière, Eric Andrieu, Gilles Pargneaux, Claude Roiron, Philippe Le Constant, Marie-Claude Tjibaou.

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