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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 08:23

B.-Giblin.pngLibération - 26 avril 2012 - par BÉATRICE GIBLIN, Géographe, Institut français de géopolitique, Université Paris-8 "Vincennes à Saint-Denis", et directrice de la revue Hérodote

Le score élevé de Marine Le Pen, 17,9%, a surpris une fois encore. En termes de voix, la progression du FN est impressionnante compte tenu d’un taux de participation plus élevé : Marine Le Pen a rassemblé 6,5 millions de voix contre 4,8 millions pour son père en 2002. Rappelons que Jean-Marie Le Pen avait obtenu 4,3 millions de voix en 1988, 4,5 millions en 1995 et même 5,5 millions avec les voix du dissident Mégret. Précisons aussi qu’en dix ans le nombre des électeurs inscrits est passé de 41 à 46 millions.

Habilement, les thèmes choisis cette fois pour la campagne étaient centrés autant sur les questions économiques et sociales (chômage, pouvoir d’achat, délocalisation, mondialisation) que sur celles de l’insécurité et de l’immigration. Avec, pour ce dernier thème, un nouvel angle d’attaque qui fait mouche: la menace que ferait peser l’immigration musulmane sur les valeurs de la nation. Dénonçant les prières dans la rue et la viande halal dans les cantines, Marine Le Pen s’est emparée à sa manière de la défense de la laïcité au grand dam des militants de cette noble cause, masquant ainsi le thème de l’identité nationale.

Ces thèmes ont convaincu nombre d’électeurs : les fidèles, les revenants floués par la politique sarkozyste et les nouveaux - jeunes pour la plupart, voire pour certains diplômés mais sans emploi. Peut-on penser que ce score historique est surtout lié à la crise économique en Europe, ce qui alimente son rejet ? Sauf en Ile-de-France, où les scores de Marine Le Pen sont en recul ou stables, les zones de force restent les mêmes : les régions du Midi méditerranéen, Rhône-Alpes, le Nord et l’Est (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Champagne-Ardenne, Alsace-Lorraine). Mais, et ce n’est pas rien, les scores sont partout à la hausse : Marine Le Pen obtient plus de 20% dans 43 départements contre 25 en 2002.

Le Gard, seul département où Marine Le Pen arrive en tête, est déjà une zone de force dans les années 80. La division de la droite libérale avait facilité son émergence et, pour gagner la région en 1986, cette même droite n’avait pas hésité à faire élire son président avec les voix du FN. A la présidentielle de 1988, Jean-Marie Le Pen frôle les 20% de suffrages exprimés, il en est de même en 1995. En 1998, Jacques Blanc, président du conseil régional, fait alliance avec le FN pour garder la région. En 2002, avec 22,2% des suffrages exprimés, Jean-Marie Le Pen est en tête dans la région et obtient 25% au second tour (moyenne nationale 18), comme sa fille au premier tour de 2012. Beaucaire et Saint-Gilles, où Marine Le Pen obtient 35% des voix, en accordaient déjà plus de 30% à son père en 2002. Où l’on voit que ces alliances pourraient se reproduire aux législatives 2012.

A Marseille, un des premiers bastions du vote FN, Marine Le Pen recueille 21,2% mais le FN ne progresse plus. Le Pen y obtenait 27% des voix en 2002, (il est vrai avec une abstention de près de 50%, contre 22% cette année). Dans les quartiers Nord (XIIIe et XIVe arrondissements), Marine Le Pen améliore logiquement les scores de son père de 2007, (voix siphonnées par Nicolas Sarkozy) mais c’est aussi dans ces arrondissements que Jean-Luc Mélenchon réalise une très forte percée.

Autre zone de force ancienne, la Picardie, où la désindustrialisation en milieu rural (37% de l’industrie est localisée dans des communes de moins de 5 000 habitants, textile, petite métallurgie), a engendré, dès les années 90, un sentiment d’abandon (départements de la Somme et de l’Aisne) auquel s’est ajoutée surtout dans l’Oise la montée de l’insécurité. C’est aussi dans ce département qu’eut lieu à Creil, en 1989, la première affaire de foulards islamiques dans un collège.

La pénurie de logements sociaux en Ile-de-France et le prix du foncier ont poussé des familles aux revenus modestes à venir en Picardie (Oise : 50 000 migrants pendulaires ; Aisne : 8 000). En 2012, Marine Le Pen améliore nettement les scores de son père en nombre de voix, l’abstention étant cette fois beaucoup plus faible. Mais en pourcentage, les scores de Jean-Marie Le Pen dépassaient déjà les 20% en 2002 dans l’Oise.

Doit-on encore qualifier ce vote de protestataire ou de colère quand il est ancré sur les mêmes territoires depuis quinze ans voire plus ?

Quant à la forte progression des scores de Marine Le Pen dans l’Ouest surtout rural, elle est remarquable. Il est vrai qu’elle a fait de la défense des agriculteurs un de ses thèmes de campagne, mais est-ce suffisant pour l’expliquer ? Les difficultés économiques et la crainte du chômage, pour soi-même ou ses enfants, dans des zones où le marché de l’emploi est étroit, sont un contexte favorable pour que les discours tenus par Marine Le Pen trouvent un écho. En effet, les délocalisations menacent l’emploi, la main-d’œuvre étrangère abondante tire les salaires vers le bas. Enfin, le retrait de l’Etat pour raison de restrictions budgétaires met en péril les services publics. En d’autres termes, dans ces campagnes périurbaines se développe là aussi le sentiment d’abandon.

C’est ce même sentiment de menace et d’abandon que l’on retrouve dans le vote d’extrême droite de nombre pays européens. La faible croissance économique des pays de l’Union européenne, surtout comparée à celles des grands pays émergents, suscite l’inquiétude d’un déclassement plus ou moins proche de ces pays qui seraient dépassés par d’autres, autrefois colonisés et/ou sous-développés. Face à cela, on accorde foi aux discours qui parlent de frontières pour se protéger des autres et du monde en se repliant sur son territoire. La défense de la Nation et de ses valeurs fait alors de l’étranger, surtout s’il est musulman, une menace interne et un bouc émissaire. Selon les partisans d’extrême droite, face à cette supposée menace que ferait peser l’immigration musulmane sur la Nation chrétienne occidentale, celle-ci doit être protégée. Il est plus que temps de reparler de l’Europe comme d’un grand projet géopolitique audacieux.

Vient de paraître : «L’extrême droite en Europe», revue Hérodote.

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 08:11

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 12:51

Par Philippe Peter  - France Soir publié le 24 avril 2012

Benoît Hamon a estimé mardi qu'une «grande partie de l'électorat de Marine Le Pen» était «xénophobe». Il est le premier au PS à porter publiquement un tel jugement.

sipa_00590596_000036.jpgBenoît Hamon est allé à contre-courant du discours charmeur que tient François Hollande à l'électorat frontiste. SIPA/Facelly

Ça y est, le mot est lâché. Benoît Hamon a jugé mardi sur RFI «qu'une grande partie de l'électorat de Marine Le Pen est un électorat xénophobe, qui exprime à travers son vote une pensée, une conviction, une humeur xénophobe et islamophobe». Et le porte-parole du Parti socialiste d'argumenter son propos : «Nous nous battrons et continuerons de nous battre en disant : vous vous trompez de combat, vous vous trompez de colère. Votre situation, si elle s'est dégradée, c'est parce que certains se sont gavés, se sont nourris sur votre dos et ce sont ceux, aujourd'hui, qui dirigent la France».

Les qualificatifs sont forts. Benoît Hamon, proche de Martine Aubry et membre de l'aile gauche du PS, est d'ailleurs le premier au parti de la rose à porter publiquement un tel jugement sur l'électorat du Front national depuis le premier tour de l'élection présidentielle qui avait vu Marine Le Pen prendre la troisième place non-qualificative du scrutin avec 17,9% des suffrages exprimés. Les ténors de la rue de Solférino s'étaient jusqu'alors bien gardés d'effectuer de telles sorties bille en tête contre les électeurs du FN que François Hollande convoite au moins tout autant que Nicolas Sarkozy.
Des électeurs "paumés"

Pour Michel Sapin, député de l'Indre et chargé du projet dans l'équipe Hollande, «la désespérance sociale» et «la disparition des services publics» constituent l'essentiel «des motivations profondes d'une partie de l'électorat du Front national». Bertrand Delanoë, maire de Paris, a quant à lui estimé mardi sur RTL que seuls «quelques électeurs» du FN «partagent (…) l'idéologie de discrimination, de rejet de l'autre» de Marine Le Pen, les autres étant simplement «paumés».

Quant à François Hollande, ramener à lui l'électorat de Marine Le Pen, «dont une part vient de la gauche», fait partie de ses trois priorités de l'entre-deux tours. «C'est ma responsabilité de m'adresser tout de suite à ces électeurs qui n'adhèrent pas forcément aux idées du FN, l'obsession de l'immigration en particulier, mais qui expriment, avant tout, une colère sociale», a expliqué mardi le candidat socialiste dans une interview au quotidien Libération.

Existence d'une "fraction idéologique"

Roland Ries, membre de l'équipe de campagne de François Hollande, s'est de son côté dit «tout à fait d'accord avec Eva Joly lorsqu'elle dit à propos du Front National que ceux qui ont voté en ce sens se trompent de colère. Ils appellent au changement, ils sont souvent désespérés, ils souhaitent une autre politique». Le sénateur-maire de Strasbourg a toutefois concédé l'existence d'une «fraction idéologique», sans toutefois donner plus de précisions quant à son importance.

Joint mardi par téléphone, Louis Aliot, vice-président du Front national, a jugé que les déclarations de Benoît Hamon étaient celles «d'un extrémiste de gauche camouflé au PS qui ne trouve aucun problème à s'aligner avec les trotskistes». «Il est là pour calmer Mélenchon». Bruno Gollnisch a pour sa part estimé que les électeurs de Marine Le Pen «sont surtout crétinophobes». «Ils ne sont pas xénophobes, ils sont francophiles !», a déclaré l'eurodéputé en réaction aux propos du porte-parole du PS qu'il juge «indigne d'être un homme politique». «C'est le degré zéro du raisonnement politique», a-t-il conclu.

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 06:56

Par Sylviane Agacinski, Dominique Blanc, Jeanne Cherhal, Annie Ernaux, Caroline Fourest, Françoise Héritier, Axel Kahn... et 150 autres signataires

Nous sommes féministes. Le 6 mai prochain, nous voterons pour la gauche rassemblée, nous voterons pour François Hollande.

Nous voterons pour la gauche car elle est notre famille politique. Son histoire, son moteur, son identité, c’est de placer l’intérêt général avant les intérêts privés, la raison au-dessus des croyances ou des préjugés, c’est de faire reculer les oppressions et de construire une société où les dominations de toutes sortes n’auront plus leur place. La gauche est une alliée intrinsèque de la lutte des femmes pour leur libération parce qu’elle a pour but l’émancipation de chaque individu.

Ces cinq dernières années, le lien social a été affaibli, les inégalités se sont développées. Les femmes ont payé le prix fort des mesures libérales mises en œuvre par Nicolas Sarkozy : réforme des retraites, fermetures de centres IVG, recul de la parité, augmentation de la précarité du travail, féminisation de la pauvreté… Il est temps de changer de politique, pour les femmes comme pour la société toute entière.

L’amélioration réelle de la vie des femmes passe par des mesures spécifiques mais aussi par des politiques publiques qui visent le progrès social, par une plus juste répartition des richesses, le maintien et l’amélioration des services publics. A de nombreuses reprises, la gauche a soutenu les mobilisations féministes. Elle a prouvé qu’elle pouvait mettre en œuvre des politiques progressistes et favorables à l'égalité entre les sexes et à la liberté des femmes.

L’arrivée de la gauche au pouvoir est une condition importante de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais nous savons aussi que les mécanismes de domination, multimillénaires, d’invisibilité des femmes et de résistance à leur émancipation et à leur libération, sont puissants. Le candidat de gauche devra les combattre. Nous comptons sur lui. Nous serons là pour lui rappeler ses engagements, le soutenir quand il voudra lutter contre le patriarcat, et le bousculer si les vieux démons reprennent le dessus.

La promesse de François Hollande de rétablir le ministère des Droits des Femmes, dans un gouvernement paritaire, est un engagement majeur. Ce ministère, en travaillant avec les associations féministes, devra être un outil politique déterminant pour faire reculer les inégalités et inventer une autre société.

Nous affirmons la dimension profondément politique du féminisme. Nous attendons une remise en cause de cette organisation sexuée de la société qui crée et perpétue des inégalités intolérables entre les femmes et les hommes. Voter à gauche, c’est refuser l’assignation à des rôles pré-établis, c’est parier sur la raison et la capacité de chacune et chacun à s’extraire de sa condition pour devenir maître de sa vie. Voter à gauche, c’est parier pour un monde nouveau, dans lequel les droits des femmes passeront des textes de lois à la réalité.

Nous appelons toutes celles et ceux qui veulent que les droits des femmes retrouvent le chemin du progrès à se rassembler dans un vote de gauche, à voter François Hollande.

Laure Adler, Ecrivaine - Sylviane Agacinsky, Chercheure - Isabelle Alonso, Ecrivaine - Grinberg Anouk, Comédienne - Nathalie Bajos, Chercheure - Christine Bard, Historienne - Astrid Bas, Comédienne - Marie-Noëlle Bas, Militante féministe - Christian Baudelot, Sociologue - Françoise Bellot, Militante féministe - Kahina Benziane, Militante féministe - Alix Beranger, Militante féministe - Cathy Bernheim, 40 ans du MLF - Sophie Bessis, Historienne - Nicole Bez, Médecin, syndicaliste - Agnès Bihl, Chanteuse - Sophie Binet, Syndicaliste - Chris Blache, Militante féministe - Dominique Blanc, Actrice - Corinne Bouchoux, Historienne - Danielle Bousquet, Assemblée des Femmes - Pascale Bousquet-Pitt, Militante féministe - Emmanuelle Boussard-Verrecchia, Avocate - Nataly Breda, Militante féministe - Zabou Breitman, Réalisatrice - Thalia Breton, Militante féministe - Geneviève Brisac, Ecrivaine - Michel Broué, Mathématicien - Fabienne Brugère, Philosophe - Marie-France Casalis, Militante féministe - Marie Cervetti, Militante féministe - Florence Cestac, Auteure de BD - Jeanne Cherhal, Chanteuse - Natacha Chetcuti, Chercheure - Carole Chotil-Rosa, Militante féministe - Thérèse Clerc, Militante féministe - Alice Coffin, Militante féministe - Françoise Collin, Philosophe - Catherine Combes, Militante féministe - Maria Cotora, Militante féministe - Fanny Cottençon, Comédienne - Sylvie Cromer, Chercheure - Sandrine Dauphin, Chercheure - Caroline De Haas, Assemblée des Femmes - Marie Denarnaud, Comédienne - Monique Dental, Militante féministe - Claire Desaint, Militante féministe - Marie Duru Bellat, Sociologue - Annie Ernaux, Ecrivaine - Roger Establet, Sociologue - Christine Fauré, Sociologue - Jeanne Favret-Saada, Ethnologue - Jacqueline Feldman, Sociologue - Michèle Ferrand, Sociologue - Léa Fichet, Militante féministe - Léa Filoche, Militante féministe - Françoise Flamant, Archives du féminisme - Giulia Foïs, Journaliste - Claude Fontaine - Caroline Fourest, Essayiste – Béatrice Gamba, Militante féministe - Anne-Marie Garat, Ecrivaine - Delphine Gardey, Historienne - Françoise Gaspard, Chercheure - Audrey Gatian, Militante féministe - Michèle Gonin, Militant féministe - Mélanie Gratacos, Militante associative - Pauline Grégoire-Marchand, Militante féministe - Juliette Griffond, Militante féministe - Claude Groussin, Mouvement Jeunes Femmes  - Claire Guiraud, Militante féministe - Gisèle Halimi, Avocate - Monique Halpern, Ecrivaine - Clémence Helfter, Syndicaliste - Françoise Héritier, Anthropologue - Annik Houel, Chercheure - Serge Hureau, Chanteur - Simone Iff, Ancienne présidente du Planning familial - Annabelle Janodet, Militante mutualiste - Maryse Jaspard, Socio-démographe - Anne-Charlotte Jelty, Les insoumises - Cy Jung, Ecrivaine - Axel Kahn, Généticien, universitaire - Liliane Kandel, 40 ans du MLF - Sarah Kerrich, Militante féministe - Yvonne Knibiehler, Historienne - Marie-José Kotlicki, Syndicaliste - Marie-Thérèse Lanquetin, Juriste - Christine Le Doaré, Militante féministe - Safia Lebdi, Les insoumises - Armelle Lebras-Chopard, Chercheure - Catherine Lecoq, Comédienne, chanteuse militante - Séverine Lemière, Chercheure - Marie-Thérèse Letablier, Sociologue - Pascale Lismonde, Journaliste - Alice Loffredo, Militante féministe - Michèle Loup, Militante féministe - Violaine Lucas, Professeure de lettres - Anne-Cécile Mailfert, Militante féministe - Virginie Martin, Chercheure - Michela Marzano, Philosophe - Maïa Mazaurette, Blogueuse et auteure - Dominique Meda, Sociologue - Philippe Meirieu, Pédagogue - Loubna Méliane, Fondatrice de Ni Putes Ni Soumises - Blandine Métayer, Comédienne, Auteure - Françoise Morvan, Militante féministe - Janine Mossuz-Lavau, Chercheure - Liane Mozère, Sociologue - Julie Muret, Militante féministe - Pap N’Diaye, Historien - Sarah Nasséra Oussekine , Militante féministe - Marion Oderda, Militante féministe - Orlan, Artiste - Michelle Perrot, Historienne - Camille Peugny, Sociologue - Françoise Picq, 40 ans du MLF - Emmanuelle Piet, Militante féministe - Maudy Piot, Psychanalyste - Christine Planté, Professeure de littérature - Soudeh Rad, Militante féministe - Linda Ramoul, Militante féministe - Rayhana, Auteure, Comédienne - Charline Renaud-Dhyèvre, Militante féministe - Myriam Revault d’Allonnes, Philosophe - Michèle Revel, 40 ans du MLF - Michèle Riot Sarcey, Historienne - Evelyne Rochedereux, CIBEL, Militante lesbienne, féministe - Jean-Marc Roirant, Militant associatif - Roselyne Rollier, Militante féministe - Aline Royer, Militante féministe - Romain Sabathier, Militant féministe - Ouarda Sadoudi, Association Home - Rama Sall, Mouvement des Jeunes Socialistes - Michele Sarde, Ecrivaine - Claire Serre-Combe, Militante féministe - Fabienne Servan Schreiber, Productrice - Rachel Silvera, Chercheure - Claire Simon, Réalisatrice - Mariette Sineau, Politologue - Luce Sirkis, - Charlotte Soulary, Militante féministe - Martine Storti, 40 ans du MLF - Annie Sugier, Militante féministe - Wassyla Tamzali, Essayiste - Josy Thibaut, Militante féministe - Philippe Torreton, Comédien - Olga Trotsiantski, Militante féministe - Laurence Tubiana, Professeure - Fiammetta Venner, Politologue - Eliane Viennot, Professeure de littérature - Anne-Marie Viossat, Militante féministe - Annette Wieviorka, Historienne - Anne Wurtz, Militante féministe - Michelle Zancarini-Fournel, Historienne - Arlette Zilberg, Militante féministe

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 12:26

article publié le 23 avril 2012 par Rue 89 - Zineb Dryef

La veille, il a respiré. Se réveiller à 10 heures, regarder une série danoise, assister à un match de basket, tweeter «Suzanne» de Joan Baez et rire parce que les militants de droite y voient du «militantisme subliminal». «Suzanne, subliminal !» Et puis porter encore un peu la parole socialiste à la caisse du supermarché et convaincre deux indécis. «Deux !»

Au volant de l’Opel Corsa, siège bébé, qu’il conduit à nouveau depuis le vol de son scooter prêté par le PS, Benoît Hamon dit aimer cette trêve qui précède l’élection. Quelques heures d’inactivité en attendant dimanche. Il dit de cette trêve qu’elle est «space».

Il roule et il a l’air parfaitement serein. On cherche l’indice d’une tension quelconque. Rien. Au réveil, il a tweeté «Beautiful day» de U2, «pour la météo». Grand soleil ce dimanche matin. Un dimanche à «se faire un foot avec Assouline [David Assouline, sénateur socialiste, ndlr]».

Cinq ans après l’élection de Nicolas Sarkozy, le bébé PS, l’un des «jeunes lions» comme ils ont pompeusement aimé se surnommer, a perdu une élection (les européennes), renoncé à représenter l’aile gauche du parti (au congrès de Reims) et pris quelques rides.


« BFM, une chaîne où il faut aller »

hamon-trappes.jpg

Benoît Hamon vote à Trappes (Zineb Dryef/Rue89)

A 10h30, à Trappes où il vote, les caméras escomptées ne sont pas là. La parole officielle du PS, celle qui intéresse les médias, se confond désormais avec la sienne.

L’un des hommes les plus filmés du PS – points presse toutes les semaines – a appris depuis 2008 à mettre son parcours derrière sa fonction.

Mais quand un embouteillage sur la N10 nous ralentit, on est avec «Benoît Hamon, candidat de la 11e circonscription des Yvelines». Exposition du projet de réaménagement de cette voie et attaque de Valérie Pécresse, la présidente de la fédération UMP des Yvelines, qui «fait son projet, genre c’est SimCity mais chez les autres».

On est en 2012 et son combat personnel, depuis janvier dernier, c’est Trappes. Le porte-parole du PS, dans son costume sombre, cravate fine, laboure ce territoire de droite depuis des mois pour se faire élire député. Il égrène ces chiffres, des victoires, «on a fait 15 000 portes. On a recueilli 2 000 contacts». Puis calcule : «Obama dit que sept portes ouvertes vous font gagner un indécis. Je ne suis pas aussi optimiste, mais disons que sur dix portes, on gagne une voix.»

De ce porte-à-porte massif, dont il revendique la paternité, il retient aussi que «BFM est la télé la plus allumée dans les appartement» : «Je sais que c’est une chaîne où c’est bien d’aller.»

Il est fier de sa permanence qui fait face au marché. Fier des militants qui le soutiennent, surtout de René, Robert, Nobel et Ronsard, quatre frères investis derrière lui. Fier de son territoire. Aux Merisiers, il montre chaque immeuble qu’il faudra reconstruire, répond, gêné mais souriant, qu’il n’est pas encore élu à un vieux maghrébin qui lui donne du « monsieur le député », fait la promotion de la base de loisirs et de son club de voile sur l’étang.

hamon-permanence.jpgBenoît Hamon dans sa permanence, avec Pauline, stagiaire (Zineb Dryef/Rue89)

« Tu veux déjà les résultats ? »

Oui, Benoît Hamon a pris quelques rides mais il affiche toujours cette gentille assurance de celui qui ne veut pas douter de la victoire. Il est déjà dans l’après quand, au téléphone, il donne des consignes : «Faut programmer une réunion pour examiner les résultats bureau de vote par bureau de vote. Demain, on commande des pizzas et on travaille : je veux les comparatifs en nombre de voix, pas en pourcentage

Il prévient quand même que «ça va être serré tout à l’heure. Ce soir, c’est important mais ce n’est pas fini».

Son téléphone sonne. Il est de bonne humeur : «Tu veux déjà les résultats, c’est ça ?» Ça n’arrêtera pas ; une journée de présidentielle, les politiques la passent aussi à répondre aux coups de fil et aux textos des proches qui veulent savoir avant tout le monde, dès 11 heures parfois.

«Personne ne sait vraiment. Il faut attendre 18h40. Là, on a tous les mêmes chiffres, issus de la même source. Bons, mais ce n’est pas significatif.»

Il dit cela quand, autour de midi, il reçoit le texto d’un jeune député avec les scores d’outre-mer, sourcés ministère de l’Intérieur.


« La droite incarne une politique de classe »

«J’aime bien aller voter. “ Cling ! A voté ”.» On l’a déjà dit, la parole du PS se confond désormais avec la sienne mais lorsqu’il dit que voter, «c’est un aboutissement», une banalité qu’il laisse tomber après avoir voté, rien ne sonne moins insincère.

Il dit «aboutissement», on entend «soulagement» : «Ça fait quatre ans maintenant que je fais des points presse, que je joue les opposants. Quatre ans. C’est un aboutissement.
    J’ai déjeuné avec ma femme dans un restau du XVIe. Elle travaille dans le coin. Quand je suis arrivé, le patron a ostensiblement pris son visage dans ses mains et n’a pas arrêté de dire aux clients à voix haute : “Ah ! Vous aussi vous partirez à l’étranger s’il est élu.”
    Ceux qui nous expliquent qu’il n’y a pas de conscience de classe, c’est pas possible. Les riches votent par conscience de classe. C’est revenu avec la politique de la droite et naturellement, ça a fait naître une conscience de classe chez les victimes de cette politique-là. La droite a incarné une politique et un gouvernement de classe.
    J’ai ressenti ça fortement avec les retraites, le côté “bande de feignasses” qu’il y avait derrière leur discours.»

Trappes, Solférino, rue de Ségur... la course

hamon-scooter.jpgBenoît Hamon près du scooter qu’on lui a prêté (Zineb Dryef/Rue89)

Mais il est encore tôt ce dimanche. On ignore alors encore les scores des candidats. L’avenir de Jean-Luc Mélenchon est encore radieux : «Moi, j’ai convaincu mes belles-mères [l’épouse de son père et la mère de la sienne, ndlr]. L’une est danoise et penchait pour Joly.
    Je les ai convaincues pas par la peur d’un second tour avec Marine Le Pen, je n’y crois pas, mais parce que si on veut que Hollande ait les moyens de gouverner à gauche, il lui faut une victoire nette, nette, nette. Une victoire indiscutable.
    Si le but des indécis, c’est que Mélenchon pèse sur Hollande, c’est fait.»

La journée est très longue. Il faut repasser par la rue de Solférino, pourquoi la rue de l’université n’est-elle pas neutralisée comme prévu ? Et cet échafaudage, il se monte ?

S’assurer que les 570 journalistes, la centaine d’invités, les militants – impossible de prévoir leur nombre –, soient correctement reçus. Répondre encore au téléphone. Temps long.

Dans son bureau, entre les photos de Mitterrand et Jaurès, il parcourt le tableau de ses interventions médias : «Ça m’amuse quand les télés du monde entier sont là. Là où ça m’a moins amusé, c’est quand les Américains ont débarqué aux points presse avec l’affaire DSK. Là, oui, j’étais stressé, zéro impro ces jours-là

Il s’en va. Déjeuner, dormir, changer de cravate, tromper l’attente. A 17 heures, revenu dans la cour du siège du Parti socialiste, il est à son aise dans l’atmosphère de folie qui s’installe.

«Hollande 29. Sarkozy 27», les chiffres circulent. Il s’astreint au silence : «La surprise, c’est Cheminade à 17%.»

assouline-hamon.jpgDavid Assouline dans le bureau de Benoît Hamon (Zineb Dryef/Rue89)

Tunnel de réunions avec les dirigeants du PS

L’attente encore. Derrière son ordinateur, Benoît Hamon découvre avec David Assouline l’interview de Mélenchon sur France 2, regarde les clips de campagne de Poutou. Une discussion sur la stratégie des médias belges s’achève par le visionnage de la vidéo où le premier ministre belge chante «La Marseillaise».

Il est 17h30. Il faut faire vite. Un conseil politique restreint, en conférence téléphonique avec François Hollande, doit démarrer à son QG parisien. Il faut faire vite ; quelqu’un prête un scooter. Rue de Ségur, les journalistes patientent sur le trottoir. A l’intérieur, au troisième étage, une porte se ferme derrière une grande table. Ils sont tous là.

hamon-aubry-fabius.jpgMartine Aubry et Laurent Fabius rue de Ségur (Zineb Dryef/Rue89)

Laurent Fabius ne lâche pas son téléphone. Bertrand Delanoë, dans un costume plus baby-rocker que jamais, serre toutes les mains avant de s’asseoir près de Manuel Valls, raide, très raide. Mais ils sourient. Ségolène Royal est en retard.

Ce qui doit être un point sur les résultats et une conversation déterminant la «tonalité» des déclarations à faire à la presse se prolonge.

Le score de Marine Le Pen vient d’être revu à la hausse. On parle de 20%.
Des preuves d’amour aux électeurs FN

A la sortie, les visages ne sont pas si graves. «On reste haut. Si ça se confirme, c’est surtout pour Nicolas Sarkozy que la situation est compliquée», résume Benoît Hamon. Il assure que pour Le Pen, ce n’est qu’une surprise relative : «Quand on milite, on le voit qu’elle monte. J’ai surtout peur que beaucoup des électeurs de Marine Le Pen se soient vraiment radicalisés.
    A ceux-là, pas de déclaration d’amour, mais des preuves d’amour. C’est avec la santé, l’éducation qu’on les éloignera du Front national

Les formules commencent à se travailler. «Bon cru présidentiel» sera répétée plusieurs fois pour commenter la participation, seule déclaration consentie aux médias qui s’impatientent.

Deuxième réunion, avant les résultats officiels. Au premier étage, le bureau national se rassemble. C’est bref. Stéphane Le Foll, proche de François Hollande, émerge : «C’est par où le BN ?
    – C’est terminé.»

Il revient à la charge : «T’es sûr ?» Dehors, on crie «François, François», mais les socialistes doivent encore tenir. Comme il est dur de contenir sa joie. Mais il y tient ; ne pas déroger à la règle, attendre 20 heures. Benoît Hamon explosera de joie à 20 heures très précises : «Waouh ! Ça fait du bien d’être en tête, ça fait longtemps. La légitimité de François Hollande est incontestable.»

hamon-resultats.jpgBenoît Hamon à l’annonce des résultats (Zineb Dryef/Rue89)

Près de lui, Caroline de Haas, sa collaboratrice d’Osez le féminisme, et une formidable cohue.

Cinquante minutes plus tard, on le retrouve essoré mais heureux. Il vient d’enchaîner 15 interventions télévisées : M6, BFM-TV, RFI, France 24, la RTBF, i>Télé, France 2, France 3, la télé du PS, LCI, TF1, Le Tatou, RFI en anglais.

Quelqu’un rit. «Quoi, pourquoi tu te marres ? Qu’est-ce qu’il a mon anglais ?»

« 50% ! 50% »

Ça ne s’arrête plus. Il faut galoper à l’étage, tout le PS – réuni on ne sait comment, ils semblaient tous être dans la télé – vont écouter François Hollande.

Martine Aubry, comme à son habitude, a du mal à afficher un grand sourire. Les anciens, Lionel Jospin et Elisabeth Guigou, sont les derniers. Ils trinquent (sans doute), se font d’ultimes recommandations. Même si le score est plus serré que prévu entre les deux candidats – ils le savent à cet instant –, ils s’accordent sur «la claque à Sarkozy».

hamon-bureau.jpgBenoît Hamon dans son bureau en fin de soirée (Zineb Dryef/Rue89)

«50% ! 50% !» Il hurle dans son bureau. Les yeux chargés d’enthousiasme, Benoît Hamon court dans le couloir. On l’entend crier encore «50% !».

Enfin, il revient dans son bureau. Enfin, il se laisse tomber sur une chaise : «Bon, c’est 49%, mais c’est pas la classe ?»

Les résultats de Trappes sont tombés. La journée de Benoît Hamon vient de commencer. Il est plus de 23 heures.

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 13:43

LienemannNous connaissons désormais les résultats et non plus des estimations du premier tour.

La première constatation est que pour la première fois depuis le début de la Vème République, le président sortant n’est pas en tête à l’issue du 1er tour.

La seconde constatation est que toutes les forces de gauche et écologistes ont très nettement progressé depuis 2007 : François Hollande fait 2,76% de mieux que Ségolène Royal, Jean-Luc Mélenchon fait 9,1% de plus que Marie-George Buffet et même si l’on tient compte du score très haut en 2007 d’olivier Besancenot, il gagne près de 6%, c’est d’ailleurs lui qui capitalise la plus forte progression, et Eva Joly, en dépit d’un score sans doute décevant quant à elle progresse de 0,7 par rapport à Dominique Voynet ! C’est donc près de 10 points de mieux que les partis rouges, roses verts réalisent par rapport à la précédente présidentielle ! C’est d’abord et avant tout sur le rassemblement des forces de gauche que repose la victoire le 6 mai prochain. Pas une voix ne doit manquer à François Hollande.

La troisième constatation est la persistance d’un vote Lepeniste et d’extrême droite à un très haut niveau avec une progression continue depuis 30 ans. Il est erroné de présenter ce vote comme le signe d’une simple colère et moins encore l’expression d’une « souffrance » comme le déclarait ce matin Nicolas Sarkozy! Le vote pour Marine le Pen conjugue en réalité des votes différents qui convergent sur son nom et c’est d’ailleurs ce qui est inquiétant. Il est ancré dans la contestation du système, de ses conséquences sociales terribles et autour d’une idéologie nationaliste, xénophobe. Les électeurs du FN n’ont sans doute rien à faire de la pseudo compassion de Nicolas Sarkozy et il faut prendre garde à la rhétorique de la demande de « protection » qui peut cacher l’essentiel : la volonté de nouvelles règles du jeu à tous niveaux, mondial, européen et français, d’une inversion de priorités et d’une prise en compte de la réalité telle qu’elle est et non racontée en éludant en permanence la vie d’une part importante des français ! Reste bien sûr une extrême droite classique renforcée par la légitimité que Nicolas Sarkozy et ses compères lui ont donné en reprenant ses thèses, son discours haineux et de rejet de l’autre! Bilan de cette attitude, le FN progresse et n’est en rien, comme l’UMP le prétendait, marginalisé. Pour la gauche, l’enjeu est de reconquérir les couches populaires qui font le choix Le Pen. Les thèmes de la ré-industrialisation , de la lutte contre les délocalisations et la mondialisation libérale et bien sûr la réorientation de la construction européenne !

La quatrième constatation est la confirmation que l’élection présidentielle ne se joue pas au centre et que ce dernier est souvent artificiellement gonflé par les faiblesses de l’un des partis de gauche ou de droite !

Que de temps perdu dans tous les palabres de certains qui prônait des accords avec le Modem ou annonçait la mort du PC ou de la première gauche, vantant la mutation sociale- démocrate de la gauche française. La réalité est toute autre et François Hollande comme le PS lors du congrès de Reims ont bien fait de choisir l’alliance à gauche !

Cinquième constatation : les habitants des quartiers des banlieues sont venus voter et ont massivement apporté leur soutien à François Hollande et à la Gauche.
Hollande_Dijon_3mars2012.jpgAlors ne les oublions pas et sous prétexte d’une montée de Marine Le Pen, ou des coups de boutoirs de la droite contre le pseudo « assistanat » qui ferait flores dans les couches populaires et les quartiers, ne cédons sur rien, ni sur l’égalité, ni sur l’universalisme, la laïcité et le respect de chacun, de ses droits ! L’enjeu de la période est bien de solidifier un nouveau pacte républicain qui fédère notre peuple pour redresser la France, restaurer la confiance en l’avenir et renouer avec le progrès.

Marie-Noëlle Lienemann
Sénatrice de Paris

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 10:13

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 07:01

(VOnews.fr - 12/04/2012 17:28)

Dans un communiqué deCharlotte Brun - 2010 - Cergy presse co-signé avec Francois Detton, la candidate socialiste aux prochaines élections législatives, Charlotte Brun, dit avoir accueilli le décès de Raymond Aubrac «avec une grande tristesse». Le résistant avait accepté en mars dernier de rejoindre son comité de soutien en vue du scrutin.

Suite au décès de Raymond Aubrac, Charlotte Brun a tenu à réagir, estimant qu’une «grande figure de la résistance [nous] a quitté». Elle se souvient également d’un homme «qui a dédié sa vie, avec modestie et volontarisme, à transmettre et à alerter la jeunesse des dangers qui menacent la démocratie».

Raymond Aubrac  avait rejoint cette année le comité de soutien à la candidate socialiste sur la 7e circonscription. «Nous ne le remercierons jamais assez de cet immense honneur.  Raymond Aubrac avait su faire vivre la flamme du combat pour la justice et pour la liberté. Aujourd'hui, nous avons la responsabilité de reprendre le flambeau qu'il nous a laissé en héritage», déclare-t-elle.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 19:15

Hamon_Brun_Bouffemont_17-04-2012.jpg

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 16:57

L’abstention risque d’être forte au 1er tour des présidentielles. Certains pronostiquent qu’elle pourrait être supérieure à 30%. Le triste record de 2002 (28,4%) serait alors battu. A qui la faute ? Sarkozy met au centre de sa campagne la sécurité et l’immigration. Après la tragédie de Toulouse et Montauban, il essaie de gagner des électeurs du FN afin d’arriver en tête au 1er tour, seul scénario qui peut lui laisser une chance de créer une dynamique pour le deuxième tour. Le "candidat-sortant" entraîne la campagne sur un terrain qui attise les peurs, notamment de l’électorat le plus âgé, mais qui n’intéresse pas une grande partie de nos concitoyens pour lesquels l’emploi et le pouvoir d’achat sont les deux principales préoccupations (au moins, sur ces 2 priorités exprimées par une majorité d’électeurs, tous les sondeurs semblent d’accord !).

La droite unie derrière Sarkozy

Après Christine Boutin, Hervé Morin, c’est au tour de Rama Yade et Jean-Louis Borloo de rentrer dans le rang, de «retourner au bercail». La droite regroupe les siens. Quoi de plus normal ? Sarkozy fait huer la CGT dans ses meetings, fustige les syndicalistes CFDT. Laurence Parisot monte au créneau pour dire tout le mal que le patronat pense des programmes défendus à gauche. Une fois de plus, l’affrontement électoral, le choc droite-gauche sera le reflet dans les urnes de l’opposition de classes qui se joue tous les jours sur le plan économique et social. Nicolas Sarkozy et ses amis du CAC 40 rêvent de poursuivre la politique menée au bénéfice du Capital, au détriment du Travail.

Toutes les sensibilités de gauche doivent converger sur l’objectif de battre la droite et l’extrême-droite. Celles que rassemble le Parti socialiste, tout comme celles qui se coalisent dans le Front de Gauche. Bien sûr, au Parti socialiste, on doit entendre et comprendre ce que signifie la dynamique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Tout comme aux dernières élections européennes et régionales, mais là c’était avec un bulletin de vote Europe Ecologie, une partie de l’électorat de gauche veut faire passer un message aux responsables socialistes. Un message préventif : si la gauche gouverne à nouveau, elle ne devra pas se soumettre et/ou s’adapter aux pressions libérales du capitalisme financier.

La question sociale est décisive

En démarrant sa campagne en déclarant «mon ennemi, c’est la finance», François Hollande a montré qu’il a parfaitement conscience des enjeux de la période. Seul candidat de gauche en capacité de battre Sarkozy, il doit poursuivre sa campagne en creusant le sillon ouvert lors de son discours du Bourget. En s’adressant aux ouvriers, aux employés, à tout le salariat, la force sociale numériquement majoritaire de ce pays. Les salariés actifs ou en retraite, avec un emploi "stable" ou précarisés, à temps plein ou à temps partiel expriment ce qui est majoritaire dans ce pays. Le modèle social leur apparaît être une «composante importante de l’identité nationale» pour reprendre les termes d’une récente enquête (*) : assurance-maladie, le SMIC, le Code du travail, l’assurance chômage, le système de retraite par répartition, les allocations familiales, les services publics, les minima sociaux.

Comme toujours la question sociale est décisive. Le partage et la redistribution des richesses sont bien des marqueurs essentiels du Socialisme. Répondre à la question du pouvoir d’achat sans esquiver la nécessaire hausse des salaires, mettre en avant des mesures pour l’emploi, contrôler les licenciements, lutter contre la politique européenne d’austérité et de flexibilité… Mettre ces thèmes au cœur de la campagne socialiste, c’est ce qui pourra faire reculer l’abstention. Car les enjeux paraîtront alors plus clairs à ceux de nos concitoyens qui craignent de ne pas être entendus.

C’est dès le 1er tour, le 22 avril, que se créera ou non une dynamique qui permettra de battre le "candidat-sortant" au 2nd, le 6 mai. Viendra alors le temps des législatives et celui d’un nécessaire programme commun de gouvernement PS-FdG-EELV. Ce temps n’est pas encore venu, il ne faut jamais se tromper de séquence. L’heure est à battre la droite et à l’engagement inconditionnel au désistement à gauche.

(*) Enquête Ifop pour Liaisons sociales Magazine

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