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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:22

 |  PAR LÉNAÏG BREDOUX

Sur la forme comme sur le fond, la victoire de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique prend les socialistes français à rebours. C’est le miroir inversé des années Jospin, quand le PS était hostile à la troisième voie de Tony Blair et Gerhard Schröder.

Il est le nouveau héros de la gauche radicale qui en manque tant. Depuis sa victoire à la tête du Labour, Jeremy Corbyn enthousiasme de la gauche du PS au Front de gauche, en passant par les écologistes. À la fête de l’Humanité, chaque fois qu’il a été prononcé, son nom a été vivement applaudi. « La roue de l’Histoire commence à tourner », s’est félicité Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF. Guest star du week-end dernier à La Courneuve, le Grec Yanis Varoufakis s’est fait lyrique : « Corbyn est une étincelle d’espoir, une petite bougie dans l’obscurité de l’austérité. » Et face à l’auditoire surchauffé de son meeting « Pour un plan B en Europe », Jean-Luc Mélenchon a lancé :« Vous avez raison d’applaudir Corbyn. À chaque fois qu’une hirondelle se présente, il faut croire qu’elle annonce le printemps. » Sur Twitter, Alexis Tsipras (Syriza) et Pablo Iglesias (Podemos) l’ont également chaudement félicité pour son élection.

À cela rien de surprenant. Antithèse de Tony Blair, Corbyn incarne l’aile gauche du Labour, anti-austérité, qui défend les services publics, propose de taxer les riches, s’oppose à la guerre, prône l’abandon de l’arme nucléaire et la sortie de l’Otan. Il a été élu avec un score sans appel, 59,5 % des voix dès le premier tour, au terme d’un scrutin qui a rassemblé plus de 600 000 votants (c’était 70 000 pour la désignation de Jean-Christophe Cambadélis à la tête du PS !). Au lendemain de sa victoire, ce sont plus de 14 000 nouvelles adhésions en 24 heures qui ont été enregistrées par le parti travailliste britannique.

Son homologue français, rue de Solférino, est bien embêté. Lundi, le bureau national a rapidement débattu en fin de réunion du sacre de Corbyn : l’aile gauche est ravie mais la majorité acquise à Hollande et Valls est nettement plus circonspecte, voire carrément hostile.

Officiellement, le PS a évidemment salué l’élection de Corbyn à la tête du Labour. Sous la plume de son secrétaire national à l’Europe, le député Philip Cordery, il se félicite d’un« exercice démocratique exemplaire » qui « permet aux travaillistes de se reconstruire pour proposer une alternative de gauche claire en Grande-Bretagne ». Mais à Paris, Corbyn est un parfait inconnu. « Les socialistes français forment le vœu qu'avec cette nouvelle équipe, les relations entre le Labour et le PS qui s'étaient renforcées sous l'ère d'Ed Miliband, continuent de s'approfondir afin de fortifier la social-démocratie européenne », conclut prudemment le parti socialiste.

Surtout, sur la forme, une primaire ouverte aux sympathisants, comme sur le fond, le virage à gauche, la victoire surprise de Corbyn prend le PS totalement à contre-pied. La situation est pour le moins ironique : la dernière fois que la gauche était au pouvoir, c’était entre 1997 et 2002, à l’époque de la gauche plurielle de Lionel Jospin. Ce dernier se posait en garant de la tradition socialiste et s’opposait à ses camarades allemands et britanniques, théoriciens de la fameuse « troisième voie », celle de Gerhard Schröder et de Tony Blair. Près de vingt ans plus tard, de retour au pouvoir, le PS n’a fait que glisser vers ce qu’il rejetait jadis (lire notre analyse).

À plusieurs reprises depuis 2012, François Hollande a salué les mesures de l’ancien chancelier allemand ; son « pacte de responsabilité » consacre le discours sur le coût du travail comme levier principal de la compétitivité française ; Manuel Valls a lancé « j’aime l’entreprise » au Medef, n’a que le mot de « modernité » à la bouche et a repris le concept de « pré-distribution » cher aux héritiers de Tony Blair ; son ministre de l’économie Emmanuel Macron a souvent dénoncé la théorisation de la conflictualité sociale de la gauche française.

Lionel Jospin, Gerhard Schröder, Tony Blair et Jacques Chirac le 19 juin 2000
Lionel Jospin, Gerhard Schröder, Tony Blair et Jacques Chirac le 19 juin 2000 © Reuters

Observateur privilégié des années Blair – il était conseiller ministériel sous Jospin –, le député PS Laurent Baumel, aujourd’hui animateur des « frondeurs » de l’Assemblée, est consterné : « À l’époque du blairisme triomphant, c’est le PS français qui portait la confrontation idéologique face à la troisième voie. Quinze ans plus tard, c’est le gouvernement français qui semble se mettre dans les pas du blairisme. Valls a adopté la même phraséologie et son positionnement est proche, le fondement théorique en moins… C’est un mouvement de bascule historique. » « La victoire de Corbyn devrait nous instruire, soutient aussi le député européen Emmanuel Maurel, dirigeant de l’aile gauche du PS. Aujourd’hui, Valls s’inspire clairement de Blair, à la fois sur le mode de communication en parlant de “s’émanciper des dogmes” ou de “briser les tabous” et sur le fond. Comme Blair, il a une vision autoritaire de la société et plaide pour plus de dérégulation et de flexibilité. »

« Autant sous Jospin, le PS pouvait faire figure de village gaulois, autant, cette fois, le PS est dans le bain dominant… En Allemagne, en Suède, en Autriche, en Italie, les partis restent alignés sur la ligne austérité/réformes structurelles de Bruxelles… Aujourd’hui, dans la famille social-démocrate, le Labour est bien seul », rappelle Fabien Escalona, enseignant à Sciences-Po Grenoble et spécialiste de la social-démocratie en Europe.

Pour les socialistes critiques, dont l’horizon politique est largement bouché, l’élection de Corbyn offre une bouffée d’oxygène. Et un peu de réconfort. « En fait, ça fait du bien d’entendre des mecs dire des trucs de gauche… On en est là, soupire l’eurodéputé Emmanuel Maurel. Nos leaders sociaux-démocrates sont tellement dans la triangulation qu’ils en oublient de dire des choses de gauche… Alors Corbyn, c’est positif. Et par les temps qui courent, on s’accroche aux signes positifs. »

Mélenchon ne dit pas autre chose : à la fête de l’Humanité, devant la presse, il a raconté sa dernière entrevue avec le nouveau leader du Labour. « La dernière fois que je l’ai rencontré en 2013, il était complètement dépressif. Il disait : “Il n’y a plus de gauche, je ne sais pas où tu trouves l’énergie”, “Tout ce qu’on a fait n’a servi à rien”, “On est vieux”… Bref, honnêtement, il m’a gonflé. Alors je me suis emporté et lui ai dit : “Notre âge et notre vie sont la garantie de notre liberté.” Et maintenant, il est à la tête du Labour… » Avant d’ajouter, prudent : « On voit bien tous que tout le monde est en danger, et que les points de résistance sont très peu nombreux. Les gens sont moins bloqués aujourd’hui. Podemos discute avec Piketty, moi-même j’échange avec Montebourg. L’élection de Corbyn est un nouveau point de résistance, et bien sûr qu’il va falloir discuter avec lui. Bon, on va attendre qu’il atterrisse avant… »

 

« Corbyn est un dinosaure archaïque »

Henri Weber pense tout le contraire. Ancien député européen, bon connaisseur des gauches européennes et conseiller de Cambadélis, il est consterné par la victoire de Corbyn. « Je comprends cet événement : la Grande-Bretagne subit une vraie politique de réaction au libéralisme conservateur qui exaspère la jeunesse et le salariat. C’est une réaction saine d’autodéfense », explique-t-il. Sauf qu’il « la déplore ». « Corbyn propose de sortir du blairisme mais par la mauvaise porte, par la porte arrière, insiste Weber. C’est la ligne politique des années 1970, celle qui a mené la Grande-Bretagne dans un déclin profond et le Labour dans une opposition de 15 ans. » Il fait notamment référence à Tony Benn, figure de la gauche du parti travailliste, et aux défaites systématiques du Labour de 1979 à 1994. « Corbyn est un dinosaure archaïque », juge aussi un ministre du gouvernement, sous couvert d’anonymat.

Mais comme le PS est un drôle de parti, tous les partisans de la politique de François Hollande ne sont pas aussi critiques. C’est par exemple le cas de la sénatrice des Français de l’étranger Hélène Conway-Mouret, ancienne secrétaire d’État de Jean-Marc Ayrault et élue d’Europe du Nord. « J’aurais pu voter Corbyn, dit-elle. Parce qu’il fait un vrai travail de terrain, qu’il est fidèle depuis 40 ans à ses idées et qu’il représente l’idée que je me fais de la gauche. Et puis c’est bien qu’il y ait un virage à gauche face à la politique ultralibérale des conservateurs. » Elle analyse sa victoire comme la volonté des travaillistes de renouer avec le Old Labour : « Les nostalgiques de l’avant-Thatcher ont transmis cette réalité britannique qui existait, qui pouvait exister, avec des syndicats forts, des services publics de qualité assurant une meilleure qualité de vie pour les classes populaires. »

Thomas Godard a la double casquette : militant socialiste, soutien de François Hollande depuis 2009 (quand ils n’étaient qu’une poignée à croire en ses chances), résident en Angleterre et électeur à la primaire du Labour, il a voté Corbyn. « À part sur la politique étrangère, ce qu’il demande n’est pas très différent de ce que demande le PS. Il n’a rien d’un dangereux bolchévique qui veut tuer ses enfants ! », explique-t-il. Il raconte la lassitude des travaillistes sur leur parti, dont les positions sont jugées trop proches des conservateurs, le « besoin de renouvellement du discours politique et médiatique dominant », la « crise de la représentation démocratique », les députés sortis d’Oxford et de Cambridge qui se ressemblent trop, la dérégulation brutale de la société,l’image désastreuse de Blair, la faiblesse des concurrents de Corbyn.

Jeremy Corbyn le 15 septembre 2015
Jeremy Corbyn le 15 septembre 2015 © Reuters

Mais pour lui, pas de doute : aucune comparaison n’est possible entre le contexte britannique et celui de la présidence Hollande. « 60 000 postes de profs en plus sur 5 ans, cela ferait bien rire Tony Blair ! On est à mille lieues de sa politique », juge Thomas Godard. Un avis partagé par Henri Weber : « En Grande-Bretagne, il y a eu une vraie politique d’austérité, contrairement à la France où l'on fait du sérieux budgétaire. Ils ont supprimé 500 000 postes de fonctionnaires en quatre ans. Nous, on a gelé le point d’indice, c’est tout ! »

Plus mesurée, Hélène Conway-Mouret reprend l’argument souvent entendu chez les militants socialistes des contraintes du pouvoir : « Le PS est au pouvoir, c’est toute la différence avec Corbyn. Le PS doit assumer, avec des caisses vides, et il essaie de naviguer pour ne pas appliquer la politique d’austérité imposée ailleurs en Europe. Mais pour faire du social, il faut en avoir les moyens. Au pouvoir, on ne peut pas forcément faire tout ce qu’on veut. »

Et promis juré, les éléphants du PS ne risquent pas de subir le même sort que les vieux ou nouveaux blairistes du Labour. Ils ne croient pas à un « besoin de gauche » en France. Même pas à une « envie »comme le dit le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone« Nous, comme on n’a pas appliqué les mêmes politiques libérales qu’en Espagne, en Grèce ou en Grande-Bretagne, on devrait être préservés. Et puis la France a une structure d’État qui limite les grands mouvements de société… », veut aussi croire un ministre, à l’abri du off. La Ve République est toujours ce verrou rassurant des élites au pouvoir.

Elles sont bien aidées par le reste de la gauche française, en mal d’unité. L’hypothèse d’une primaire pour 2017 semble plus que douteuse, et même celle d’un vote pour un candidat de « l’autre gauche » reste minoritaire. « C’est tout le paradoxe de la période qui s’explique par les institutions », juge le député Laurent Baumel. En réalité, défend le chercheur Fabien Escalona (lire ses articles pour Mediapart ici), « la victoire de Corbyn fait forcément réfléchir le PS qui s’est coupé de sa base et de sa jeunesse. Mais elle interpelle aussi la gauche alternative où personne, ou presque, ne veut mettre en place une primaire pour 2017 ».

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 14:37

 

Naufrages à répétition en Méditerranée, construction de barbelés et drames morbides en plein cœur de l’Europe… Ces derniers mois, les dirigeants européens n’ont eu de cesse d’afficher leur impuissance à faire face aux flux migratoires dirigés vers notre continent. En mai dernier, leur incapacité à s’accorder sur un mécanisme contraignant de répartition de 40 000 demandeurs d’asile a frôlé l’absurde: comment un continent de 500 millions d’habitants, premier ensemble économique mondial, pouvait-il échouer de la sorte, laissant des pays comme la Grèce ou l’Italie prendre en charge l’ensemble de ces populations ?

tribune-migrants

Pendant de longs mois, au fur et à mesure que la situation s’est détériorée, l’impératif de solidarité s’est fait de plus en plus urgent, jusqu’à la prise de conscience, très récente, de la plupart des gouvernements européens. S’il semble que l’Europe s’engage enfin sur la voie d’une réponse solidaire, il faut désormais tout faire pour qu’il ne s’agisse pas en réalité, une fois l’émotion retombée, d’une énième occasion manquée. Parce que pour être efficace, la politique migratoire européenne doit surtout s’inscrire dans la durée.

Il fallait une réponse solidaire car il est anormal que dans le contexte de crise mondiale de l’asile, l’Europe, souvent au mépris des conventions internationales, soit le continent accueillant le plus petit nombre de demandeurs de réfugiés. Les pays en développement, frontaliers des zones de conflit, comme la Jordanie ou le Liban s’efforcent de recevoir dignement des centaines de milliers de personnes, le tout sans les moyens financiers et logistiques dont dispose l’Europe.

Dans ce contexte, il était nécessaire de faire preuve d’honnêteté. Force est de constater que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a montré une détermination politique bienvenue en proposant des mesures de bon sens, parmi lesquelles la relocalisation obligatoire et urgente de 160 000 demandeurs d’asile à travers l’Europe, dont 24 000 en France. Gageons désormais que l’introduction de ce mécanisme de répartition, s’il est accepté par tous les chefs de gouvernement, signe à la fois la naissance d’une véritable politique européenne d’asile commune et l’acte de décès du funeste règlement de Dublin, qui soumet États situés aux frontières externes de l’Europe à une contribution disproportionnée.

Il faut maintenant une réponse durable car il serait illusoire de penser que l’introduction d’un système d’asile européen résoudra tous les problèmes. C’est pourquoi j’accueille avec une certaine circonspection le projet de mise en place de centres de tri (“hotspots”) dans les pays d’arrivée des demandeurs d’asile, destinés à établir une distinction entre potentiels réfugiés politiques et migrants économiques. Le renvoi systématique de ces derniers ne constitue pas une solution viable sur le long terme. C’est la raison pour laquelle je suis favorable, comme l’a proposé à juste titre M. Juncker, à un élargissement des voies d’accès légales à l’Europe qui désinciterait les candidats à l’immigration à emprunter des routes, terrestres et maritimes, souvent mortelles (en 2015, près d’un migrant sur vingt a trouvé la mort en traversant la Méditerranée). En parallèle, ayons le courage d’affirmer que le solde de l’immigration est positif pour nos économies et nos sociétés !

Enfin, il s’agit de tirer les leçons du passé et de préparer l’avenir de manière globale: nous ne pouvons pas vivre dans un monde de routes migratoires en perpétuelle activité, dans une géographie d’exode. Notre priorité doit être de défendre une politique étrangère plus robuste, qui participe à la recherche systématique de la paix et non à la déstructuration des États. Nous devons assumer notre rôle en matière d’aide au développement des pays de départ, et participer activement à la lutte contre le changement climatique, qui risque d’engendrer des déplacements de population d’une ampleur inégalée.

La construction européenne n’a de sens que si elle permet à l’Union de répondre à ce type de défis, globaux, qu’aucun de ses États membres ne pourrait régler de manière isolée. Plus qu’une question humanitaire, l’actuelle crise des réfugiés interroge notre conception de l’Europe comme espace de solidarité. Elle est une occasion unique de prouver que l’Union, quand elle est fidèle à ses valeurs, fait vraiment la force.

Crédits photo : ANGELOS TZORTZINIS / AFP

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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 09:44
Emmanuel Maurel, lors des universités d'été du PS à La Rochelle, samedi 30 août 2015

Emmanuel Maurel, lors des universités d'été du PS à La Rochelle, samedi 30 août 2015

Député européen et figure de l’aile gauche du PS, Emmanuel Maurel, tire les leçons de la crise grecque, critiquant au passage la discrétion de la France et de l’Italie.

propos recueillis Par Michel Soudais - 10 septembre 2015 - Politis.fr

Que vous inspire l’expérience du gouvernement Tsipras ?
Comme beaucoup de militants de gauche, j’ai vécu cette période avec espoir, avec angoisse parfois. Et le résultat a produit chez moi comme chez d’autres un effet de sidération. Cela fait longtemps qu’un événement politique ne m’avait pas touché autant, personnellement. Ça interroge notre rapport à la politique, notre façon de penser, notre action d’élu et de parlementaire. C’est pour ça que je dis que c’est quelque chose que j’ai vécu de façon intime. Pour moi comme pour beaucoup de gens la victoire de Tsipras avait suscité un vrai espoir, l’espoir de voir une gauche qui ne tournait pas dos à ses valeurs, qui était attachée à une politique de redistribution des richesses, qui voulait se battre pour la réorientation de la politique européenne. C’est un personnage que je trouve très charismatique pour l’avoir vu au parlement européen, et en même temps une détermination très tranquille que je trouvais admirable.

L’issue de la crise grecque ne vous conduit-elle pas à changer votre rapport à l’Europe ?
A l’issue de la crise grecque, qui n’est que provisoire – la solution n’en est pas une –, la question qui se pose est la suivante : est-ce qu’on peut concevoir aujourd’hui une politique alternative dans le cadre européen tel qu’il est ? À la fois une alternative au niveau national, alors qu’on est pris dans un réseau de contraintes du fait de notre appartenance à l’Union. Et à la fois une alternative au niveau européen, car même si on est plusieurs pays à vouloir infléchir la construction européenne, est-ce que le cadre actuel le permet ? Ces deux questions ne sont pas tranchées aujourd’hui. Moi je ne répondrai pas de façon péremptoire qu’on ne peut rien faire dans cette Europe-là ou que tout est encore possible. Les mois qui viennent vont nous le dire. Mais ce qui est sûr c’est que la crise du projet européen, avec l’affaire grecque et celle des migrants qui est prégnante, est assez spectaculaire. En tant que socialistes, on ne peut plus en rester à des réponses comme «l’Europe c’est notre avenir», «l’Europe c’est la paix», «c’est le niveau pertinent pour répondre», «il faut accepter la méthode des petits pas, accepter naturellement le compromis avec d’autres qui ne pensent pas comme nous»... C’est cette façon de penser qui est remise en cause aujourd’hui.

Il aurait fallu depuis 2012 assurer une confrontation avec l’Allemagne de Mme Merkel

Est-ce que la stratégie de la gauche radicale, qui était aussi celle de Syriza, et qui consistait à désobéir aux traités, n’est pas morte elle aussi ?
La question c’est celle de la masse critique. On peut ne pas respecter les traités ou ne pas rentrer totalement dans les clous, si on est suffisamment nombreux pour poser un rapport de forces. La difficulté de Syriza et de la Grèce c’est qu’ils étaient seuls, et que les alliés potentiels qu’ils auraient pu avoir au début l’ont joué mezzo voce parce qu’ils étaient eux-mêmes obsédés par leurs confrontation avec une partie de la droite conservatrice qui ne voulait faire aucun compromis.
Je pense qu’il est toujours possible de changer les choses, mais il faut avoir pour ça le rapport de forces. Et là clairement Syriza ne l’a pas eu. L’Italie et la France, les Grecs le disent eux-mêmes, sont intervenues trop tard, et peut-être trop discrètement. Il y a notamment dans notre gouvernement, l’idée que l’entente franco-allemande est décisive pour l’Union, qu’il ne faut rien faire pour l’abîmer. La réalité, c’est qu’il aurait fallu depuis 2012 assurer une confrontation avec l’Allemagne de Mme Merkel qu’on n’a pas faite. C’est toute une logique qu’il faut remettre en cause. Au Parlement européen faute de majorité claire on en est à rechercher des compromis avec les conservateurs, compromis qui sont plutôt à l’avantage de la droite.

Cela ne remet-il pas en cause l’Eurogroupe qui fonctionne comme une instance absolument non-démocratique ?
La question démocratique est présente partout, et pas seulement sur l’Eurogroupe. Est-ce que l’Europe est autre chose qu’une cour de discipline budgétaire fondée sur le principe de sanctions et de punitions en cas de désobéissance ? Comment expliquer qu’on en soit arrivé à un point tel que systématiquement quand l’avis du peuple est demandé on a des institutions européennes qui se crispent, ou en viennent même à des menaces ? On a parfois l’impression que ceux qui prophétisaient une espèce de post-démocratie, c’est-à-dire en gros une entité supra-nationale dirigée par une oligarchie et une technocratie qui ferait tout sans demander l’avis des citoyens concernés, ne serait pas en train de se réaliser.

Que faire face à cette situation ?
On doit réinterroger complètement notre rapport à la construction européenne. On ne peut pas s’en sortir en disant l’Europe c’est bien, il faut plus d’intégration, et puis un jour peut-être on sera majoritaire et ça changera. On voit bien que c’est plus compliqué que cela, que ça ne marche pas comme ça. Plutôt que de dire il ne faut pas trop construire de rapports de forces parce que sinon c’est la crise, reconnaître que la crise est là avec sa brutalité et son évidence. Il faut assumer la crise et certains blocages. Moi par exemple je suis pour qu’on dise : aucune intégration supplémentaire tant sur les questions d’harmonisation fiscale et sociale on n’a pas avancé. Il faut avoir à un moment le courage de procéder à de vraies ruptures. Il faut arrêter de craindre de casser un bel outil qui est en réalité délabré et dont les peuples se détournent aujourd’hui. On aurait du le faire dès 2012, comme c’était prévu avec le TSCG. Cela aurait au moins eu le mérite de construire un rapport de forces.

Or il faut avoir la lucidité de constater qu’au-delà des sphères militantes l’opinion n’a pas été très solidaire. Beaucoup de gens, y compris chez nous, pas seulement dans les pays de l’Est et les pays du Nord, étaient acquis à la thèse que les Grecs nous coûtent chers, ils ont vécu de manière déraisonnable, c’est normal qu’ils paient. Contre ça, il faut faire un vrai travail culturel de déconstruction. Sur les dettes, il est urgent que l’on organise une conférence qui montre pourquoi on en est arrivé là et pourquoi la réponse ne peut pas être de dire : il faut réduire la dette et les déficits et ensuite la croissance viendra.

Mobiliser les opinions en faveur d’une alternative en Europe

Que voulez-vous dire ?
La vérité c’est que la crise grecque démontre quelque chose que l’on savait déjà mais de manière spectaculaire : on a socialisé les pertes au moment de la crise de 2010 et là, à l’occasion du «règlement» de l’affaire grecque, on va privatiser les profits. C’est un des points qui m’a totalement scandalisé dans le programme imposé aux Grecs. On voit bien que l’Europe est là pour servir les intérêts des détenteurs du capital. Ceux qui vont racheter les entreprises privatisées sont ceux qui avaient intérêt aux politiques d’austérité pour que leur capital ne soit pas entamé. C’est la énième confirmation de la logique folle du capitalisme financier, une logique de prédation qui aboutit à l’appauvrissement de populations tout entières.

Que pensez-vous de l’initiative du Parti de gauche d’organiser une conférence internationaliste, qui réunirait tous les opposants aux politiques d’austérité, intéressés à réfléchir sur un Plan B ?
Tout ce qui peut contribuer à mobiliser les opinions en faveur d’une alternative en Europe est bon à prendre. Après ce doit se faire sans exclusive. Par exemple, je trouve tragique qu’on nous demande de choisir entre Tsipras et Varoufakis qui ont la même lecture des raisons de la crise. Ils ont une réponse différente parce qu’ils ne sont pas aux mêmes postes et n’exercent pas les mêmes responsabilités. Ce serait absurde d’opposer les uns aux autres. J’ai envie de faire en sorte que tous ceux qui se battent pour autre Europe puissent se retrouver.

Nota Bene : Entretien réalisé le 4 septembre pour nourrir le dossier publié dans le n°1368 de Politis (10 septembre) : «Quel plan B pour changer l’Europe ?»

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 16:20
Réaction d'Emmanuel Maurel au rapport de la Commission TAXE

« Le projet de rapport est encourageant, j’y apporte maintenant des recommandations plus explicites envers les acteurs de l’évitement fiscal »

La commission TAXE dispose d’un bon texte de départ

Suite à l’affaire Luxleaks, nous étions nombreux à soutenir l’ouverture d’une commission d’enquête. La droite européenne s’y étant opposée, le Parlement européen a néanmoins mis sur pied la commission spéciale TAXE, dans laquelle je siège. Chargée de dresser un bilan des pratiques d’optimisation fiscale agressive, et de formuler des recommandations pour y mettre un terme, elle vient de délivrer son projet de rapport.

Fruit d’un compromis entre un rapporteur libéral et une rapporteure socialiste, le texte est solide. Moins d’un an après les révélations d’Antoine Deltour sur les montages des multinationales avec le Luxembourg, il livre un bilan synthétique et sans fard des diverses pratiques utilisées, des dispositifs fiscaux « à risque », et des acteurs qui participent à ces montages.

La réforme ACCIS donne corps au projet européen

En outre, je partage son intuition générale : l’Union européenne doit pouvoir progresser vers une fiscalité plus harmonisée. Comment comprendre sinon, que les capitaux puissent circuler librement dans l’Union, mais que des Etats tentent de capter les ressources fiscales de leurs partenaires voisins ? Chacun doit avoir le droit de fixer librement son taux d’imposition, mais les exceptions à la règle, ou ses interprétations parfois laxistes (à travers les fameux « rescrits » fiscaux) doivent être encadrées et harmonisées.

C’est exactement la voie choisie par le rapport, qui poursuit une ambition à la hauteur de l’enjeu : créer une assiette d’imposition des entreprises (la base d’imposition, c’est-à-dire ce qui est taxé) au niveau de l’Union européenne. Cette assiette, serait commune pour toutes les entreprises de l’Union, et, c’est un point capital, « consolidée ». On appliquerait donc enfin l’impôt à la société en général, et non à chacune de ses filiales. Car l’impôt actuel sur les sociétés permet aux entreprises de manipuler les prix qu’elles s’appliquent en interne (prix de transfert), de filiale à filiale, pour que leurs transactions échappent à l’impôt. Ce projet, nommé ACCIS (Assiette commune consolidée d’impôt sur les sociétés), constitue à la fois une formidable opportunité de simplification, et de transparence. Elle réduirait considérablement les possibilités de concurrence fiscale par le bas entre les Etats membres.

En outre, et ce n’est pas une moindre conquête, les socialistes ont obtenu qu’un taux minimal d’imposition soit effectivement payé par les grandes entreprises. Les taux de 1, 2 ou 3% d’impôt que paient certaines multinationales qui abusent des systèmes fiscaux avec l’aide de certains Etats, doivent disparaître. Ils forment une insulte à tous les contribuables, individus, petites entreprises, qui s’acquittent fidèlement du taux réglementaire.

Contre la délinquance fiscale : prévention et répression

À de trop nombreuses reprises dans cette commission, nous avons entendu les entreprises ou les grands cabinets de conseil répéter que leurs pratiques étaient « légales ». Elles sont en réalité à la frontière de la légalité, puisqu’elles recourent à des accords qui fixent une certaine « interprétation » de la loi. Je crois que sur ce point le projet de rapport de la commission peut se faire plus explicite. Il ne cible pas suffisamment les acteurs de l’évitement fiscal. Face aux comportements des grands cabinets de conseil, qui forment un cartel de 4 giga-entreprises se partageant le marché (les Big Four), et face à des multinationales prêtes à dépenser des sommes considérables pour échapper à l’impôt, l’Europe doit se doter d’instruments concrets et efficaces de prévention et de répression.

En matière de prévention, la France, à qui il reste toutefois du chemin à parcourir, possède un outil très pragmatique : « l’abus de droit » en matière fiscale. Selon la loi française, si un montage a été conçu « dans le but exclusif d’échapper à l’impôt », alors il est considéré comme illégal. Je suis favorable à ce que l’on introduise le même dispositif dans la loi européenne. Les multinationales qui payent 2% au Luxembourg parce qu’elles ont créé un système dédié à cette optimisation fiscale ne pourront plus arguer de sa légalité.

Mais les multinationales s’appuient toujours sur l’expertise des Big Four pour optimiser leur fiscalité. Pourquoi ? Parce que ces 4 grands cabinets de conseil … sont aussi les seuls à conseiller les administrations publiques. Devant la commission TAXE, nous avons vu qu’un même cabinet, Ernst & Young, avait proposé au Gouvernement britannique un dispositif complexe de fiscalité sur les dépenses de recherche … puis avait fait la promotion des failles de ce même dispositif auprès de ses grands clients privés. Ces entreprises de conseil sont en position ultra-dominante, et en situation évidente de conflit d’intérêts. Pour casser cette collusion d’intérêts, j’ai proposé que le groupe socialiste soutienne une stricte interdiction, pour les entreprises qui conseillent des entreprises en optimisation fiscale, d’avoir aussi des activités de conseil aux administrations fiscales. L’incompatibilité ne doit pas seulement concerner les personnes, les employés d’un cabinet de conseil, mais l’entreprise entière.

Enfin, il y a un domaine sur lequel les sanctions doivent être automatiques : c’est le recours aux paradis fiscaux. La Commission européenne vient d’établir une liste de « territoires non coopératifs » (entendre : paradis fiscaux), qu’il est nécessaire d’activer. Chaque flux sortant d’un Etat membre vers un paradis fiscal devrait faire l’objet d’une retenue à la source, et la société qui l’émet devrait perdre le bénéfice de tout dispositif fiscal ou juridique qui facilite la planification fiscale.

Ce sont ces principes qui me guideront dans le travail de discussion et d’amendement qui s’ouvre au sein de la commission TAXE. Je veillerai aussi à proposer des initiatives forte pour que les pratiques fiscales des Etats européens soient corrigées, lorsqu’elles portent préjudice aux pays les moins avancés, dont le développement pâtit du manque de recettes budgétaires.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 11:05
Pourquoi le gouvernement ne doit pas suivre le rapport Combrexelle

Les propositions du rapport Combrexelle constituent une véritable bombe à fragmentation pour le droit du travail, une menace pour notre modèle social et nos principes républicains que le gouvernement se doit d’écarter.

Memo MLG Rapport Combrexelle Septembre 2015

Pourquoi le gouvernement ne doit pas suivre le rapport Combrexelle
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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 10:33

Maurel_UEPS_2015_Fraternite_29-08-2015Devant une salle plénière peu fréquentée (les précédentes n'ayant pas non plus attiré les foules des années passées), ce qui rappelle la moindre mobilisation des militants pour cet université d'été 2015, les intervenants se sont succédés de manière inégale avant qu'Emmanuel Maurel ne conclut cette dernière plénière de l'université. Vous trouverez ci-dessous le compte-rendu mis en ligne par le PS et la vidéo de la table ronde.

Latifa Ibn Ziaten, la mère du soldat assassiné par Mohammed Merah a ouvert les débats sur la fraternité, lors de la dernière plénière sur la République, samedi. Elle a livré un plaidoyer émouvant en faveur de l’éducation. « Si Mohammed Merah avait été bien élevé, bien éduqué, mon fils serait encore là. » Et aujourd’hui, elle est au chevet de ceux qui n’ont rien avec l’association « Imad Ibn Ziaten pour la jeunesse et la paix » qu’elle a fondée. 

La fraternité est la dernière venue dans la devise de la République, a rappelé Sandrine Mazetier. Or, « la société de défiance percute la fraternité, ce ciment qui devrait nous rassembler ». Pour Yann Algan, économiste spécialiste du bien être, c’est une valeur essentielle, qui « ne se décrète pas ». « Nous sommes très loin de la fraternité en France », a-t-il souligné : « les Français se distinguent par leur défiance forte envers les institutions et les autres en général ». C’est un paradoxe, ils se disent heureux dans le privé, mais très méfiants envers ceux qu’ils ne connaissent pas. « Beaucoup considèrent qu’il faut être corrompu pour réussir, mais ne sont pas plus tendres pour les laissés pour compte puisqu’une majorité de Français estime que les chômeurs sont responsables de leur situation », a souligné l’économiste. En outre, « nous sommes encore dans une société très hiérarchique où nous n’apprenons pas la collaboration. » Mais il y a encore de l’espoir car « la fraternité se construit ». Cela commence « dès l’école », en encourageant le travail collectif, comme le fait Najat Vallaud-Belkacem dans sa réforme du collège, ce qui réjouit Yann Algan. 

Nacer Kettane président de Beur FM a jugé pour sa part que la fraternité n’était pas un penchant naturel de l’homme. Elle ne doit donc pas être « une posture », ni « une déclaration pieuse », mais se décliner en actes. Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo a lui insisté sur la différence entre fraternité et solidarité, car « la fraternité n’attend pas de contreparties, c’est un effort éthique ». Il a constaté « un manque de mobilisation » de la société qui devrait « faire pression sur les politiques », notamment pour agir sur la situation des migrants. Il a estimé que cette « effondrement de l’imaginaire de la fraternité » était lié à la fois à un certain discours politique – Nicolas Sarkozy, entre autres, et ses nombreuses attaques contre des communautés pointées du doigt - et à une série de « nœuds passionnels », que l’on préfère mettre sous le tapis : la colonisation, les débats entre juifs et arabes, la question de l’islam etc. 

Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement, a cité en exemple les associations comme « lieux où se construisent le mieux la fraternité ». « Pour que reculent les inégalités, il faut construire un rapport de force en faveur de la solidarité, développer un sentiment de responsabilité vis à vis de gens que l’on ne connaît pas », a-t-elle ajouté. Une œuvre forcément collective.  

Revenant sur les interventions de ses prédécesseurs, Emmanuel Maurel a contesté la vision de Nacer Kettane sur le penchant naturellement anti-fraternel des hommes. Il a abondé dans le sens de Dominique Sopo, différenciant fraternité, « je peux être heureux si les autres le sont », et solidarité, « l’Etat considère qu’il faut coopérer pour une société viable ». Il a ajouté qu’en France, « une politique fraternelle nécessitait une législation différente sur les étrangers ». Et en conclusion, il s’est interrogé sur la compatibilité entre la fraternité et la société capitaliste. Pour lui, « il n’y a pas de fraternité dans une société de marché dominée par les forces de l’argent, qui chosifie les gens ». La réponse socialiste « doit être fraternelle » et a une implication politique car elle passe par la régulation du marché. 


Université d'été 2015 : La République pour la... par PartiSocialiste

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 20:28
Emmanuel Maurel, lors des rencontres de la motion B à Marennes, le vendredi 28 août 2015

Emmanuel Maurel, lors des rencontres de la motion B à Marennes, le vendredi 28 août 2015

Emmanuel Maurel intervenait le vendredi 28 août 2015 à Marennes pour conclure les Rencontres de la motion B "à gauche pour gagner !"


Emmanuel MAUREL - Rencontres de Marennes 2015 par agauchepourgagner

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 19:34
Pierre Joxe, lors des rencontres de la motion B à Marennes, le 28 août 2015

Pierre Joxe, lors des rencontres de la motion B à Marennes, le 28 août 2015

Les jeudi 27 et vendredi 28 août 2015, la motion B "à gauche pour gagner !" organisait ses premières rencontres militantes. Deux demi-journées de débat et de formation, une soirée de convivialité et de fête... Le plaisir d'y recevoir et écouter des témoins phares du renouveau de la gauche en Europe, représentants Podemos et Syriza, ou encore Edouard Martin, député européen de Moselle, et Pierre Joxe, ancien ministre de François Mitterrand et ancien membre du conseil constitutionnel.

Retrouvez en cliquant ici l'ensemble des vidéos

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 20:16
Lettre ouverte de Marie-Noëlle Lienemann à Manuel Valls

newlogoDans cette lettre ouverte de Marie-Noëlle Lienemann à Manuel Valls, en réponse à sa tribune dans le journal Les Echos du 25 août, la sénatrice socialiste, ancienne ministre et membre du bureau national du PS, exhorte le premier ministre à changer de cap. «(...) le chemin choisi n'est pas le bon et la France continue à se fragiliser et à s'endetter pour rien. Nous maintenons que la réduction de la dette et des déficits exige un tournant de la relance et non la poursuite de la politique actuelle.»

vous pouvez aussi trouver cette lettre ouverte sur le site de Mediapart

* * *

Monsieur le premier ministre, cher Manuel,

Tu viens en cette rentrée de publier une tribune  «Croissance, emploi, impôts : nous devons poursuivre les réformes». Tous ces mots plaisent aux Français et les communicants les suggèrent pour qualifier les politiques à suivre, et cela depuis plus de 30 ans maintenant. Trois mots qui bien que proclamés sont à rebours de la réalité.

La croissance serait de retour. Pourtant, même en considérant que le rebond du premier trimestre se confirme - ce qui n'est pas certain -, elle demeurera faible et insuffisante pour faire reculer de façon significative un chômage qui a atteint des sommets jamais connus.

Mais tout dans les choix du gouvernement bride les chances de croissance. D'abord à cause de l'alignement à l'orthodoxie monétariste posant comme préalable la réduction des dépenses publiques, la modération salariale - souvent la baisse - et la flexibilité généralisée qui est un frein permanent à la croissance. Cette dernière ne peut reposer uniquement sur la demande externe et les exportations. Les entreprises qui voient fondre leurs carnets de commande le savent bien. Et la conjonction d'une baisse du prix du pétrole et d'un Euro moins fort ne suffira pas. Nous avons besoin d'un plan de relance de l'activité qui se fonde sur un soutien au pouvoir d'achat des ménages modestes ou moyens et aux investissements modernisateurs et porteurs d'avenir dans le public, comme dans le privé. Nous n'avons cessé de faire des propositions en ce sens sans être écoutés. Force est de constater, non sans regrets, que nos prévisions se confirment : le chemin choisi n'est pas le bon et la France continue à se fragiliser et à s'endetter pour rien. Nous maintenons que la réduction de la dette et des déficits exige un tournant de la relance et non la poursuite de la politique actuelle.

L'emploi. Ne revenons pas sur les annonces sans cesse différées d'inversion de la « courbe du chômage » dont l'échéance recule à mesure qu'on avance. Mais surtout nul ne sait clairement de quoi on parle. Parle-t-on de la catégorie 1, c'est à dire ce ceux qui n'ont absolument pas travaillé ? Ou de l'ensemble des catégories ? Car, on peut observer une baisse des chômeurs catégories 1, mais une hausse des autres catégories. Mais alors, dans tous les cas, il s'agit de personnes qui ne peuvent vivre de leur travail et cherchent un emploi. La réalité est que le nombre de travailleurs pauvres, ou à temps partiel s'accroît et que le chômage se poursuit. Dans le même temps, le recul de l'emploi et de l'activité industrielle du pays demeure alarmant. Le CICE et le pacte de responsabilité, sans ciblage vers les secteurs productifs ayant besoin de soutien, notamment pour exporter, sans contreparties ni en investissements, ni en emploi constituent un phénoménal gâchis d'argent public qui devrait être mieux utilisé.

Quant aux impôts, tu reprends l'antienne sur l'ampleur de la pression fiscale sans parler un instant de la justice fiscale. Oui la pression fiscale a augmenté de façon considérable sur les ménages pendant qu'elle diminuait de façon inconsidérée et aveugle en direction des entreprises. Oui il n'eut pas fallu augmenter la TVA, impôt injuste qui frappe particulièrement les plus modestes et que nous nous étions engagé à ne pas accroître. Nous n'avons cessé de le dire alors même que selon l’exécutif, la politique de l'offre justifiait tout.

Tu ne parles pas non plus des niches fiscales récemment accordées, dans la loi Macron, aux plus aisés : plus de 400 millions d'Euros d'avantages fiscaux, principalement en direction des cadres des multinationales pour le versement d'actions gratuites, ou encore pour les cadres étrangers domiciliés dans notre pays. Alors baisser les impôts, mais de qui ? Payer ceci par quelles réductions des services publics ou des dotations aux collectivités, si tu veux rester enfermé dans le carcan des engagements européens ?

La France a besoin d'une véritable réforme fiscale pour restaurer un grand impôt citoyen, progressif, payé par tous à proportion de leurs facultés respectives. De ce point de vue, supprimer des tranches de l'impôt sur le revenu n'est pas la bonne méthode car elle tend à délégitimer et réduire l'impôt progressif et du coup à accroître dans notre fiscalité le poids des prélèvements indirects. Il est essentiel de mettre en œuvre une étape majeure vers la convergence entre l'impôt sur le revenu et la CSG, ce qui passe par la mise en œuvre rapide de sa progressivité.

Le prélèvement à la source ne doit pas faire illusion, il ne modifie pas l'injustice structurelle de notre système fiscal. Il est impératif dans le même mouvement de prendre des initiatives courageuses pour réduire l'évasion et l'optimisation fiscale. Il est étonnant qu'ayant, comme tous tes prédécesseurs, sans cesse le mot « réformes » à la bouche, tu n'évoques jamais la réforme de notre système d'impôts et de prélèvements.

Au passage, je ne suis pas certaine que ces annonces permanentes de baisses d'impôts soient de nature à changer l'avis de nos concitoyens sur les gouvernants. J'ai en souvenir les propos péremptoires du ministre des finances de Lionel Jospin qui, un an et demi avant les présidentielles de 2002, expliquait que ce qui pourrait faire perdre la gauche était les impôts. Ils furent alors massivement réduits. On voit ce qu'il en a été.

Le gouvernement ne peut rester sourd aux attentes prioritaires des Français. Il y a un problème majeur de pouvoir d'achat pour un nombre croissant de familles. Même lorsqu'ils travaillent, même dans la fonction publique au bas de l'échelle. Il y a urgence tant pour des raisons sociales qu'économiques d'y pallier. Il y a toujours des problèmes de logements pour les jeunes et les plus modestes et là le compte n'y est pas. Les annonces budgétaires sont inquiétantes. Il y a des problèmes de fonctionnement des services publics. Dans les hôpitaux mais aussi dans la police et la justice par exemple. Les quartiers populaires ne voient pas concrètement une amélioration de l'encadrement scolaire et des conditions d'enseignement.

Nos concitoyens ne voient pas non plus les perspectives d'un rebond industriel et technologique du pays. Les récents mouvements dans l'agriculture et l'agro-alimentaire montrent l'impérative nécessité de plans de filières fondés sur une modernisation de nos méthodes et outils de production. La loi sur la transition énergétique fixe des objectifs mais les moyens et actions demeurent très aléatoires. C'est pourtant un des piliers avec le numérique de la nouvelle révolution industrielle et culturelle que nous devons engager.

Aussi, cher Manuel, je crains que les mêmes causes créent les mêmes effets. Une politique qui n'a pas marché, ne marchera pas. On connaît le leitmotiv, soyez patients, les résultats vont venir. L'UE nous fait le coup avec le libre-échange généralisé et l'austérité, nous annonçant sans cesse un avenir meilleur et c'est l'inverse qui se produit. Bien sûr, un jour ou l'autre, le chômage cessera de grimper, mais quand ? Dans quel état sera le pays? Bien sûr, un jour ou l'autre, des améliorations de la conjoncture seront observées, mais quand ? Et qui en profitera ?

Nous ne pouvons attendre des jours prétendument meilleurs et moins encore avaliser les nouvelles remises en cause du droit du travail qui se concoctent dans des cercles restreints, par quelques technocrates très inspirés par les thèses du Medef. Nous te le disons tout net, il faut rapidement des changements à défaut du changement. D'ailleurs, le bureau national du PS avait pris soin avant les vacances d'adresser un message et des propositions d'inflexion que tu n'as visiblement pas l'intention de prendre en considération. Pourtant elles reprennent le texte de la motion que tu avais, toi-même, signé lors du congrès de Poitiers.

Les Échos présentaient cette tribune comme ta rentrée politique avant l'université du PS et celle du Medef. Manifestement tu as plus cherché à satisfaire les derniers que les premiers. Mais au-delà des socialistes, une large partie de notre peuple ne se contente plus de promesses non tenues et d'annonces lénifiantes.

Ne confond pas solidité et obstination. La grandeur des politiques est de partir du réel pour aller vers l'idéal. Il est temps que tu regardes le réel et n'oublie pas l'idéal de la gauche. Il en va aussi du destin de la France.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 09:43
Communiqué de presse – Suite au vote du Parlement sur "l'accord" entre l'eurogroupe et la Grèce

communiqué de presse de la motion B - 15 juillet 2015

L’accord intervenu le lundi 13 juillet a permis d’éviter le pire : la mise au ban de la Grèce, contre sa volonté, de la zone Euro et du projet européen. Le Grexit n’a pas eu lieu, contrairement à ce que souhaitaient les plus durs de nos « partenaires » européens et l’opposition autour de Nicolas Sarkozy. La France a permis de l’empêcher.

Mais nous savons qu’exiger de la Grèce un tel prix pour rester dans l’Euro change radicalement le contenu du projet européen : mise sous tutelle d’un parlement souverain par des instances non élues, maintien de la peine d’endettement perpétuel sans qu’une perspective de restructuration de la dette ne soit sérieusement envisagée …  

Ces derniers jours, c’est un camp qui a voulu en vaincre un autre sur le terrain essentiel de la démocratie et du respect dû à chaque peuple. La brutalité des créanciers restera longtemps dans les mémoires…

Nous sommes solidaires de la démarche politique engagée par le gouvernement grec, et nous avons bien conscience que nous ne pouvons nous substituer aux Grecs eux-mêmes.

Nous savons aussi que la « feuille de route » imposée à Alexis Tzipras, en dépit de ses propositions et de sa démarche de réhabilitation de l’Etat, contient un ultimatum commandé par l’Eurogroupe aux grecs, et qu’il est faux de nommer accord. Le premier ministre grec lui-même d’ailleurs le qualifie de mauvais, reflète un rapport de force très inégal et de soutiens insuffisants, ces derniers jours ayant montré à la face du monde combien la France manquait d’appuis dans les discussions en cours.

Nous ne saurions entraver le courage des grecs et de son gouvernement et donc ne rejetterons pas ce qu’il a lui-même accepté, même contraint.

Mais nous ne saurions valider une pédagogie de la force, anti-démocratique et anti-européenne. Nous ne pouvons entériner le fait que le projet européen se résumerait désormais à l’équation suivante : sortir de l’euro ou accepter des logiques d’austérité économique et de violation démocratique qui sont, on le sait, en réalité mortifères pour l’Europe.

Si les positions au sein de l’Union européenne n’ont pas rendu possible aujourd’hui une autre issue pour la Grèce, il nous faut œuvrer à ce que d’autres chemins puissent se dessiner demain pour qu’à l’avenir, les positions défendues ces derniers jours par la France trouvent d’autres appuis.

C’est le sens de notre vote aujourd’hui sur l' »accord », que nous l’ayons approuvé ou non : signifier que les conditions imposées par l’Eurogroupe n’entraînent pas la fin de la tentative démocratique portée par Alexis Tzipras, mais bien le commencement d’un autre rapport de force européen ; constituer un utile relais à toutes celles et ceux qui, dans de nombreux pays, au-delà de l’Espagne et de la Grèce, aspirent à une autre perspective.

Enfin, à travers l’accord sur la Grèce, c’est clairement la question de la réorientation européenne qui est aujourd’hui posée. Si les peuples n’ont pas d’autres perpectives que des politiques punitives, nous devons nous reposer la question du sens et des objectifs de l’engagement européen. Une remise à plat est indispensable. C’’est elle qu’il faut exiger désormais.

Que reste-t-il de notre ambition d’une Europe démocratique, sociale et indépendante ?

Notre Europe n’est pas celle que nous voyons voir venir demander l’impossible remboursement d’une dette qui étouffe, après des années passées à sacrifier les emplois et l’industrie. 

Notre Europe n’est pas celle des égoïsmes intransigeants de quelques-uns. Notre Europe n’est pas celle qui favorise la montée du Front National en France ou de l’Aube dorée en Grèce, par la poursuite d’une politique d’austérité absurde.

Le Président de la République a esquissé une piste : celle de la consolidation et de la démocratisation de la gouvernance de la zone euro. Nous sommes disponibles, toujours constructifs, pour contribuer à cette réorientation. Elle signifie un nouveau modèle de développement économique, une ambition écologique véritable et la reformulation de son projet politique aujourd’hui vampirisé par des dogmes et des traités injustes, hors de réel cadre démocratique.

C’est vers cet avenir pour l’Europe que nous devons aujourd’hui nous tourner.

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