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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 14:28

Congrès du PS: les signataires de la motion de l'aile gauche entendent "peser"

Lenouvelobs.fr - 10-10-2012 à 09h02

Emmanuel Maurel Paris 2PARIS (AFP) - Les signataires de la motion de l'aile gauche du PS entendent bien "peser" sur le Parti socialiste les cinq prochaines années et s'organiser, le congrès de Toulouse fin octobre étant le "commencement" de leur action, a déclaré mardi leur chef de file, Emmanuel Maurel.

Si la motion ou texte d'orientation politique de l'aile gauche "fait 10%, 15%, 18%, 20%, alors oui, inéluctablement, l'orientation politique de la gauche pour les cinq ans à venir en sera changée", a déclaré le vice-président socialiste de la région Ile-de-France, devant deux à trois cents militants à Paris.

Emmanuel Maurel est le premier signataire de cette motion (dite 3) sur laquelle les militants se prononceront jeudi, ainsi que sur les quatre autres motions, dont celle à vocation majoritaire, emmenée par le premier secrétaire par intérim du PS, Harlem Désir.

Interrogé par l'AFP, Emmanuel Maurel a souhaité simplement un score "à deux chiffres" pour sa motion.

"Nous allons nous organiser au sein du PS. Ce n'est pas une motion jetable, une motion one shot (...) Nous sommes en train de préparer quelque chose. Et ce quelque chose, le congrès (de Toulouse, du 26 au 28 octobre) n'en est pas l'aboutissement. Il en est évidemment le commencement", a poursuivi Emmanuel Maurel devant les militants.

"Dès le lendemain du congrès, a-t-il souligné, nous allons organiser une tournée des fédérations, (...) parce que nous avons bien l'intention de ne pas en rester là, nous avons l'intention de peser dans la vie du Parti socialiste pendant les cinq ans à venir".

Prenant en exemple la période 1997-2002, il a mis en garde contre un parti "atone".

"Notre soutien (au gouvernement) est sans faille, a-t-il relevé, (mais) le soutien seul, ce n'est pas suffisant. Il faut aider le gouvernement à tenir bon" face aux "résistances", "attaques" ou "ravages de la pensée unique".

"Quand 10% des députés socialistes ne votent pas le traité (budgétaire européen), je crois qu'ils sont en phase avec au moins 10% du PS, ce qui vous donne une indication sur ce que nous représentons au moins dans ce congrès", a assuré aussi le député Jérôme Guedj.

Souhaitant "un congrès dans lequel on débat", il a rejeté l'hypothèse d'un PS qui ne soit "pas capable de faire autre chose que le service après-vente ou l'agence de communication de l'action gouvernementale", évoquant pour ce faire la période 1997-2002.

"Moi, je veux un PS qui ait un temps d'avance sur l'action gouvernementale", a-t-il ajouté.

"Nous sommes sur une base de départ qui est très forte. Cela augure de ce qui doit se passer dans quelques heures à l'intérieur du PS", a souligné aussi l'ancien député PS, Julien Dray, en analysant le vote des députés socialistes qui se sont prononcés mardi contre la ratification du traité budgétaire européen.

Emmanuel Maurel a indiqué d'autre part à l'AFP que la décision de maintenir ou pas sa candidature au poste de premier secrétaire du PS, pour le vote des militants socialistes le 18 octobre, dans l'hypothèse probable où sa motion arriverait jeudi en deuxième position après celle conduite par Harlem Désir, n'avait pas encore été prise.

"On verra ça jeudi soir en fonction des résultats" du vote, "la décision n'est pas prise", a-t-il dit.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:26

arton302.jpgLes députés français ont adopté mardi par 477 voix contre 70 le projet de loi qui autorise la ratification du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) au sein de l'Union économique et monétaire. Il y a eu 21 abstentions, tandis que 9 députés n'ont pas pris part au vote.

Le traité a recueilli une majorité de gauche des votes exprimés (282 voix de gauche pour une majorité des exprimés à 274 votes).

Toutefois, le texte n'a pas été voté par une majorité absolue de voix de gauche parmi l'ensemble des députés (celle-ci étant fixée à 289). Le groupe socialiste a largement voté pour, mais 20 de ses membres ont refusé le texte, malgré les mises en garde de l'exécutif et des partisans du "oui".

Nous nous félicitons de cette résistance des députés de gauche qui sera un point d'appui concret pour exiger une profonde réorientation démocratique, sociale, écologique et industrielle de la construction européenne.

GerardSebaounNous rappelons que ce traité impose de réelles contraintes JeanPierreblazy.jpgbudgétaires et juridiques, qui limitent la possibilité des Etats de choisir leur politique économique - notamment en sacralisant une règle d'or impliquant une marche forcée vers les 3 puis 0,5% de déficit - en imprimant des théories et des pratiques néo-libérales, qui ont démontré et démontrent chaque jour un peu plus leur nuisance pour les peuples d'Europe.

Nous saluons le courage de Jean-Pierre Blazy et Gérard Sébaoun, députés socialistes valdoisiens, qui sont allés au bout de leurs convictions et ont voté avec cohérence contre un traité Merkozy, qui n'a pas été renégocié, dont pas une virgule n'a été modifiée.

Vous trouverez ici la liste intégrale concernant les votes des députés du jeudi 9 octobre 2012.

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 13:02

logo MLG 22012 fut une année très riche : après la victoire du Parti Socialiste et de ses alliés au Sénat en 2011, la Gauche a enfin gagné l’élection présidentielle, et les élections législatives ont donné dans la foulée la majorité absolue au Parti Socialiste au Parlement.

Dans le Val-d'Oise, six députés sur dix appartiennent désormais à la majorité élue pour réaliser le changement, dont cinq socialistes. Dans les quatre autres circonscriptions, les scores de nos candidates ou de nos partenaires furent par ailleurs extrêmement encourageant.

Nos députés et nos sénateurs vont pouvoir agir au Parlement pour réaliser le changement. Mais le rôle du parti ne saurait uniquement se limiter à expliquer sur le terrain l'action de notre gouvernement et de nos parlementaires, les enjeux liés à ce Congrès de Toulouse sont donc essentiels. Nous devons impérativement préparer le Parti à tenir un double rôle : soutien du gouvernement bien sûr, car notre objectif est bel et bien un second mandat de François Hollande, mais en même temps rester un parti de débats et générateur d’idées nouvelles, capable de débattre et de préparer la mises en œuvre des 60 engagements et orientations du Président de la République.

Notre responsabilité est grande, les Français ont placé beaucoup d’espoirs en nous. Nous n’avons pas le droit d’échouer.

41108 461807314458 137443399458 6408796 2893706 nC’est pourquoi nous vous présentons notre projet pour la fédération du Val-d’Oise, pour un parti dynamique, avec un renouvellement des dirigeants, et au service de ses militants.

Dès aujourd'hui, mettons-nous d'accord sur quelques grands objectifs pour que la fédération du Val-d'Oise se donne un temps d'avance :

  • un Parti de conquête
  • un Parti de débat
  • un Parti de combat

Et au service de ces objectifs, une fédération efficace et proche des militants…

Vous pouvez télécharger en cliquant ici la version PDF de la contribution fédérale.

bandeau SF 2008-2012 UMA

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 08:46

LE MONDE | 05.10.2012 à 10h30 • Mis à jour le 05.10.2012 à 11h46

Par Propos recueillis par Bastien Bonnefous

Premier signataire de la motion "Maintenant la Gauche !", Emmanuel Maurel représente l'aile gauche du PS au congrès de Toulouse du 26 au 28 octobre. Vice-président de la région Ile-de-France, il s'oppose à la ratification du traité européen par "refus de l'austérité" et dit vouloir jouer le rôle d'"alerte constructive" auprès de François Hollande.

Maurel_Chimie_1.jpgLe traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance européenne (TSCG) va être voté à l'Assemblée, peut-être même avec une majorité absolue de voix de gauche. C'est un échec pour vous ?

Je suis résolument contre ce texte qui est le traité "Merkozy" non renégocié. Depuis quinze ans, le même débat, jamais tranché, traverse le PS sur l'Europe. A chaque nouveau traité, on nous dit que c'est une étape nécessaire pour construire une Europe sociale qui ne vient jamais. Le vote du TSCG ne va pas éteindre le débat sur la rigueur et l'austérité.

Comment mener ce débat ?

On le mène dans le parti à l'occasion du congrès. Quand on a commencé à parler de ces sujets en juin, nous étions très isolés. Aujourd'hui, des personnalités aussi diverses que Claude Bartolone, Harlem Désir ou Jean-Christophe Cambadélis commencent eux-mêmes à dire que l'objectif de réduction des déficits publics à 3 % n'est peut-être pas forcément tenable. Mais la vraie question est de savoir si c'est tout simplement souhaitable.

L'émergence de ce débat n'est-elle pas aussi opportuniste ?

Harlem Désir et les principaux dirigeants de sa motion ont compris que ce débat monte chez les militants. Il y a donc de leur part une tentative tactique de le circonscrire. Mais je pense aussi que nous avons réussi à convaincre du côté "pensée magique" des 3 %.

C'est quand même incroyable que, dans un parti laïque comme le PS, il n'y ait plus qu'une seule chose sacrée, les 3 %, dont on sait par ailleurs que c'est un machin inventé sur un bout de papier par des technocrates !

Le congrès de Toulouse se prépare-t-il dans de bonnes conditions ?

Il y a la tentation chez certains dirigeants du PS d'en faire un non-événement et d'expédier ce moment démocratique. Avant, au PS, on débattait de la ligne politique puis on choisissait un leader.

Ensuite, on a décidé de faire les deux en même temps. Là, on prend les choses à l'envers: on a commencé par installer un n° 1, puis un n° 2, un n° 3, et même un n° 4 ! Tout ça avant d'avoir le débat d'orientation.

Craignez-vous une démobilisation militante ?

La mobilisation, c'est vrai, n'est pas à son comble, mais il faut dire que rien n'a été organisé pour qu'elle le soit. Un seul exemple : les militants viennent à peine de recevoir les textes des motions alors qu'ils sont censés voter dans moins d'une semaine !

Maurel_Chimie_2.jpgLe PS remplit-il actuellement son rôle ?

Le PS doit mobiliser davantage nos élus et nos militants. On aurait pu, par exemple, vanter davantage les mesures fortes du début du quinquennat, comme les emplois d'avenir. La conférence sociale s'est formidablement bien passée avec les syndicats. Le PS s'en est-il vraiment fait l'écho ? On ne doit pas être un parti atone, mais un parti d'action qui pèse dans la lutte sociale.

Ne reproduisons pas les erreurs du passé ! On ne doit pas s'interdire de produire des idées nouvelles par rapport aux 60 engagements de François Hollande.

Lesquelles ?

Qu'est-ce aujourd'hui qu'un Etat stratège ? Est-ce qu'on assume, par exemple, qu'un certain nombre de biens fondamentaux peuvent faire l'objet de nationalisations ? Pour moi, ce mot n'est pas tabou. Le PS doit aussi dialoguer avec le reste de la majorité et même, au-delà, avec le Front de gauche. Je propose qu'il organise des "Assises de la gauche" où chacun puisse débattre.

L'aile gauche du PS a éclaté à l'occasion du congrès, puisque Benoît Hamon a rejoint la motion majoritaire. Est-ce le fruit d'un désaccord stratégique ou d'une divergence de fond ?

C'est un désaccord stratégique. Benoît et ses proches sont d'accord avec nous sur le TSCG, sur la question de la rigueur, sur la politique salariale à mener, mais leur argument est d'opportunité : ils pensent que ces débats doivent s'ouvrir plus tard. Moi, je pense qu'à force de dire que c'est trop tôt, un jour, c'est trop tard !

Êtes-vous déçu par le choix de M. Hamon ?

Sa position est particulière, il est ministre. Jean-Pierre Chevènement disait "un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne". A l'occasion du congrès, ce qui peut être vrai pour un ministre, ne doit pas l'être pour un militant. Un militant doit ouvrir sa gueule ! Je me voyais mal, comme Benoît, faire partie d'une grande motion consortium, avec des gens qui disent oui au TSCG et d'autres non mais qui se mettent tous d'accord sur un texte alambiqué. Nous, on a privilégié le débat de convictions dans la clarté.

Au congrès de Reims en 2008, la motion de l'aile gauche avait fait 18 %. Vous ferez sans doute moins à Toulouse. Ne craignez-vous pas de vous affaiblir ?

Je pense qu'on fera de nouveau un score à deux chiffres. Notre objectif était d'être une caisse de résonance sur un certain nombre de sujets: le pari est déjà réussi.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 17:00
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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 20:51
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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 10:05

L’État doit sauver Florange et ses ouvriers – La sidérurgie française et européenne ne doit pas disparaître

acieries.jpgLe ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, a assuré jeudi à Florange les salariés de l’aciérie ArcelorMittal, que l’Etat ferait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver un repreneur aux deux hauts-fourneaux du site, dont l’arrêt définitif pourrait être annoncé lundi 1er octobre par la direction.

Nous saluons l’engagement du gouvernement. Nous considérons inacceptable la mort annoncée de la sidérurgie française et européenne ; nous dénonçons le comportement rapace d’ArcelorMittal et de son PDG Lakshmi Mittal, qui a manipulé pendant des années les salariés de la sidérurgie.

Montebourg-Florange.jpgMalheureusement la reprise partielle du site semble peu probable ; mais nous ne pouvons accepter la fermeture du site de Florange : la nationalisation temporaire de cette aciérie peut répondre à l’urgence du maintien de l’activité et préparer la restructuration de la filière acier en France. Nous demandons au gouvernement de prendre immédiatement les dispositions permettant cette reprise par la puissance publique au cas où d’autres repreneurs ne se manifesteraient pas et ne garantiraient pas le maintien de l’activité de Florange dans la durée.

Au-delà du seul cas de Florange, nous proposons au gouvernement de lancer la contre-offensive industrielle et de se donner les moyens concrets du redressement productif.

La motion 3 « Maintenant la Gauche » développe de nombreuses propositions qui peuvent aider le gouvernement à réussir le changement attendu par les Français.

La future Banque Publique d’Investissement doit être solidement dotée et ne saurait se limiter à réunir des structures déjà existante. Elle devrait privilégier, en lien avec les Régions, les aides aux entreprises sous forme de capital, plutôt que sous forme de simples prêts, en particulier dans les entreprises qui pourraient être rachetées ou partir à l’étranger. La réintroduction de capital public, voire même des nationalisations, fussent-elles temporaires, peuvent constituer des protections majeures dans des secteurs stratégiques ou vulnérables aux prédateurs.

Les lois prévues contre les licenciements économiques abusifs, sur l’obligation de reprise lorsqu’un repreneur crédible se présente et que le propriétaire de l’entreprise veut la fermer sont urgentes et essentielles comme le droit de préférence accordé aux salariés qui sont prêts à reprendre l’entreprise.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 09:24

Les Inrocks - dimanche 30 septembre 2012 - par Serge Kaganski

Il nous parle avec le ton posé du vieux sage universitaire, mais les analyses de Joseph E. Stiglitz sur notre système économico-politique ne sont pas éloignées de celles d’un Mélenchon. Sa parole critique est d’autant plus précieuse qu’elle est américaine et nobélisée.

stiglitz604-604x453.jpgNotre système économique, financier et politique est à bout de souffle. Quelles sont les principales raisons de ce grave dysfonctionnement ?

Joseph E. Stiglitz - Un des points sur lesquels j’insiste dans mon dernier ouvrage, Le Prix de l’inégalité, c’est l’imbrication entre le système financier et le système politique américains. On a laissé se développer des inégalités économiques béantes, qui ont amené à l’inégalité politique, qui fait que ceux du sommet de la pyramide dirigent et contrôlent tout, ce qui amène à encore plus d’inégalités ! C’est un immense cercle vicieux.

On a ainsi assisté ces trente dernières années aux États-Unis à un très étrange phénomène : les inégalités se sont creusées et les gouvernements en ont fait de moins en moins pour les corriger !

Votre vision critique du système américain s’applique-t-elle à tout l’Occident, voire au monde entier ?

Les forces du marché sont globales, mais ses effets diffèrent selon les pays. Les situations dépendent en partie des politiques menées localement. Il y a un aspect optimiste à ce constat, c’est que les inégalités peuvent être combattues par un changement de politique. Le Brésil en est un bon exemple : l’action du président Lula a réduit les inégalités, même si tout n’est pas parfait. L’aspect pessimiste, c’est que le type de cercle vicieux entre politique et finance tel qu’on l’observe aux États-Unis rend le changement politique très ardu – l’économie y est modelée par la politique mais la politique y est modelée par les puissances économiques et financières.

Vous utilisez une formule très parlante sur l’état de nos démocraties rongées par la finance : le principe “1 habitant-1 vote” a été remplacé par le principe “1 dollar-1 vote”…

Cela illustre la thèse principale de mon livre : nous payons nos inégalités au prix fort. Tendre vers plus d’égalité, c’est bien sûr une question de morale, d’éthique, de justice, mais pas seulement. Les inégalités affaiblissent l’économie, dégradent la démocratie, fracturent la société. Les banques qui pratiquent le crédit prédateur ou spéculent sur des actifs pourris, les dirigeants qui touchent de gigantesques bonus, les entreprises qui s’assurent des situations de monopole, tout cela distord l’économie et met en péril la cohésion sociale. Quand le contrat social se rompt, on ne peut plus obtenir les investissements publics nécessaires dans l’éducation, les infrastructures… Quand l’argent est siphonné vers le haut de la pyramide, la demande diminue parce qu’il y a davantage de pauvres et que les riches ne dépensent pas toute leur fortune. La faiblesse de la demande est la principale cause de la faiblesse de l’économie actuelle.

Vous montrez bien comment le “1 %” du sommet a convaincu le reste de la société que ses intérêts particuliers coïncidaient avec l’intérêt général, ce qui est faux…

C’est un des aspects les plus saisissants de la situation actuelle, notamment aux États-Unis. Comment est-il possible que, dans une démocratie, les richesses ne profitent pas à la majorité des citoyens mais au 1 % du sommet ? Premièrement, tout est fait pour décourager les citoyens d’aller voter. Deuxièmement, on persuade ceux qui votent de voter pour quelque chose qui n’est plus vrai. Ceux qui sont au sommet excellent dans cet exercice, et pour cela, ils ont l’argent, les médias, le savoir-faire psychologique qui s’appelle aussi le marketing… Mon ouvrage tente de démonter toutes ces idées fausses, comme par exemple la croyance que les États-Unis sont le pays de la possibilité de réussir. C’était peut-être vrai jadis, mais ça ne l’est plus depuis trente ans. Ou l’idée que lutter contre les inégalités coûterait très cher à la société. Je démontre qu’au contraire la société et l’économie se porteraient mieux.

Le 1 % s’enrichit en détruisant l’économie, la société, la démocratie. Mais si la société s’effondre, les ultrariches s’effondreront avec, comme sur le Titanic. Pourquoi le 1 % ne réalise-t-il pas que l’intérêt général est aussi son intérêt à long terme ?

Vous évoquez là le concept d’intérêt bien entendu. C’est Tocqueville qui l’a élaboré dans son livre De la démocratie en Amérique, où il notait que cet intérêt bien entendu qui profite aussi bien à la collectivité qu’aux plus riches était le génie de l’Amérique. Mais nous l’avons perdu. Cependant, des gens faisant partie du 1 %, comme Warren Buffett ou George Soros, sont conscients de ces problèmes et tentent d’agir, comme quand Buffett a déclaré qu’il trouverait normal que l’on augmente significativement ses impôts. Malheureusement, la majorité des 1 % ne voit que ses intérêts à court terme. En France, vous venez de connaître un exemple frappant de ces ultrariches qui privilégient leur intérêt individuel à l’intérêt général (Stiglitz fait allusion à la demande de nationalité belge de Bernard Arnault – ndlr).

Notre Président, François Hollande, qui avait mené campagne contre la finance égoïste, vient d’annoncer aux Français deux années d’austérité. Qu’en pensez-vous ?

C’est très déconcertant, d’autant que l’austérité va détériorer encore plus l’économie française. Merkel, Hollande et d’autres dirigeants européens disent “l’austérité n’est qu’un volet, l’autre, c’est la croissance”. Beau discours, mais qui n’est pas du tout suivi par les actes. Le volet européen de croissance est très marginal et l’austérité massive va la tuer dans l’oeuf. On a l’impression qu’ils craignent les réactions des marchés, comme quand Clinton est arrivé au pouvoir. Malgré tout, Clinton avait su convaincre les marchés qu’en période de récession il fallait accepter les déficits et être fiscalement responsable, le temps de retrouver de la croissance puis des surplus budgétaires.

Comment expliquez-vous que Barack Obama n’ait pas su être à la hauteur de ses promesses ?

Depuis deux ans, il fait face à un Congrès majoritairement républicain, mais ça n’explique pas tout. Comme Clinton, Obama a été intimidé par les marchés mais les a moins bien gérés. Les marchés lui ont dit : “Gardez les choses en l’état, ne faites rien. Donnez-nous tant de milliards de dollars, nous allons nous stabiliser et l’économie reprendra. Et puis choisissez comme conseillers économiques des gens en qui nous pouvons avoir confiance.” C’est-à-dire des hauts responsables financiers qui ont créé la crise ! N’importe quelle personne sensée aurait pensé que c’était là une option absurde, mais pas lui. Je pense qu’au fond de lui-même, Obama est d’un tempérament conservateur. Il se dit : ne secouons pas le navire, restons dans la continuité des choses”.

Mais le navire est déjà très secoué par la crise, il est peut-être même en train de couler ?

C’est la grande erreur d’Obama : s’être entouré de gens qui ont euxmêmes secoué le navire, en spéculant, en prenant des risques énormes avec l’argent des ménages, en inventant des produits financiers incompréhensibles, etc. Ces financiers ont dit à Obama : “Faites-nous confiance, on va réparer les dégâts.” Évidemment, ils n’ont rien réparé et ont aggravé les problèmes.

Si Obama est réélu, si les démocrates redeviennent majoritaires au Congrès, n’aura-t-il pas la voie grande ouverte pour réformer ?

Je l’espère, mais les probabilités sont faibles. Deux raisons à cela. La première, comme je l’ai dit, c’est sa personnalité prudente, son manque d’audace. En matière de santé, il a amélioré les choses mais n’a pas osé bouleverser notre système en créant une vraie sécurité sociale. La seconde raison, c’est le Congrès. Les liens entre sénateurs, représentants et lobbies financiers sont encore plus problématiques qu’à la Maison Blanche. Même une majorité démocrate ne garantirait pas que les décisions que pourrait prendre Obama pour réduire les inégalités seraient suivies d’effets. Le choix de l’élection présidentielle est quand même clair : soit un grand pas en arrière avec Romney, soit un minime pas en avant avec Obama. Mais je crains que le futur des États-Unis aboutisse à une société improductive, fondée sur une économie duale, où de plus en plus de gens seront marginalisés, aliénés, où seule une petite minorité vivra confortablement. Ce scénario est déjà en germe, il suffit de se balader pour le constater. Je donne une statistique parlante dans le livre : le salaire moyen d’un facteur est aujourd’hui plus bas qu’en 1968 !

Si vous étiez président des États-Unis, quelles seraient vos actions prioritaires ?

D’abord, réformer le système éducatif de façon à retrouver l’égalité des chances. Ensuite, réinstaurer des règles éthiques pour les banques et pour les dirigeants de multinationales. Réorienter toute notre législation en fonction de ce qui sert les 99 % et non les 1 %. Je suis partisan de laisser libres d’agir des adultes consentants, à condition que l’équité d’information de chacun soit garantie. Mais quand il y a exploitation de l’ignorance de l’autre, non. Quand les banques vendent en connaissance de cause des produits risqués à des clients ignorants, quand se produisent des scandales comme celui du Libor, ce n’est pas acceptable. Ma troisième priorité serait de créer un véritable système d’imposition progressif. Comment une démocratie peut-elle tolérer que le taux réel d’imposition des plus riches soit seulement de 15 % ? Romney paie 13 % d’impôt sur ses revenus déclarés, alors que chacun sait que la plus grosse part de sa fortune est déposée aux îles Caïmans ! Comment une démocratie peut-elle accepter qu’un fraudeur fiscal de cette ampleur puisse se présenter à l’élection présidentielle ? Et Romney n’est pas gêné du tout, ne présente aucune excuse. C’est incroyable !

Et si vous étiez Merkel ou Hollande, que feriez-vous pour la zone euro ?

Déjà, vous êtes en meilleure position que les États-Unis parce que vous avez de bons systèmes de santé et de protection sociale. Le plus gros problème de la zone euro, ce sont ses règles ! Chaque pays peut garder ses particularités culturelles, mais il faudrait tendre vers un fédéralisme économique, fiscal et financier tout en conservant votre modèle social.

Si l’Europe faisait cela, vous pourriez ensuite définir une stratégie de croissance commune. De plus, ce fédéralisme empêcherait la spéculation des marchés contre tel ou tel pays. Mais je crains que les courants libéraux l’emportent et que l’Europe tende plutôt vers le modèle américain que vers le modèle scandinave. La situation de l’Allemagne n’est pas aussi florissante qu’on le dit. On met souvent en avant les statistiques allemandes, le PIB allemand, mais on parle moins de la condition du travailleur moyen qui n’est pas si reluisante. Oublions un peu le PIB et observons les conditions de vie de la majorité des citoyens, car un système économique qui ne profite qu’à la minorité au sommet est pour moi un échec.

Comment faire remonter vos analyses jusqu’au pouvoir politique et les transformer en actes ?

Certains conseillers d’Obama lisent nos ouvrages, comme Alan Kruger, chef de son conseil économique. Il existe des voix qui relaient nos idées, mais le système politico-financier en place est très lourd à bouger.

À un certain point d’inégalités et de souffrances, croyez-vous à un développement de mouvements comme Occupy Wall Street et à un soulèvement du peuple américain ?

Si on regarde l’histoire des États-Unis, on constate plutôt une passivité relative du peuple américain. Je crois plutôt, hélas, au scénario d’une société duale, avec une majorité appauvrie et aliénée. Et ce que je crains dans cette hypothèse, c’est l’apparition de démagogues qui pourront dire à juste titre “le système ne fonctionne plus, votez pour moi”. On le voit déjà avec le Tea Party. Une de leurs analyses dit “Bush et Obama ont donné des milliards aux banques, coupables de la crise. Les présidents ne nous protègent donc pas. L’État est une partie du problème !” Ils oublient que ce serait encore bien pire s’il n’y avait plus d’État. Une civilisation a besoin de règles, d’une puissance publique. S’il n’y avait pas de code de la route, chacun aurait la liberté de tuer l’autre en roulant vite et n’importe comment. Les feux rouges rendent le trafic plus efficace et plus sûr pour tout le monde.

Le Prix de l’inégalité de Joseph E. Stiglitz (Les Liens qui libèrent), 510 pages, 25 €

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 12:20

banniere maintenant la gauche2 jours avant le vote du 11 octobre sur les motions, cette réunion manifestera la dynamique de rassemblement autour des propositions portées par Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, Gaël Brustier, Nicolas Pagnier et les militant-e-s de la motion 3 "Maintenant la gauche, le social au cœur, l'écologie en avant!"

MARDI 9 OCTOBRE 2012

GYMNASE HAUTPOUL
50 rue d'Hautpoul PARIS XIXème

à 19h30

intervenant_9-10-2012_Paris.jpg

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:13

alternatives_economiques.jpgNous approuvons la volonté manifestée par François Hollande de rétablir l’équilibre des finances publiques au cours de son quinquennat après une décennie de cadeaux fiscaux aux plus aisés et aux entreprises qui ont notablement contribué à creuser ces déficits et à gonfler la dette publique française. Mais pour atteindre cet objectif, il est indispensable de tenir compte de la conjoncture. L’économie française stagne depuis de longs mois et elle est probablement entrée en récession l’été dernier. C’est aussi le cas, depuis plus longtemps encore, de la zone euro dans son ensemble. Dans ces conditions vouloir ramener de 4,5% en 2012 à 3% du PIB les déficits publics dès 2013 risque de plonger l’économie française dans la dépression et de faire bondir le chômage alors que celui-ci vient déjà de battre les records établis dans les années 1990. Une hausse qui serait socialement et politiquement inacceptable. D’autant plus que, au bout du compte, l’objectif de 3% de déficit ne serait pas atteint et que l’endettement public continuerait à s’accroître comme le montrent les exemples de l’Italie, de l’Espagne ou encore de la Grèce. Compte tenu du poids de l’économie française, seconde économie européenne, une telle politique risquerait de plus d’aggraver de façon significative les difficultés de la zone euro et de relancer la crise des dettes souveraines européennes.

Dans ces conditions, il nous paraît indispensable de repousser le retour à 3% de déficit public comme la plupart des économistes le recommandent. Tenir ses engagements est incontestablement une qualité pour un dirigeant politique et François Hollande a montré depuis le 6 mai dernier qu’il y est attaché. Mais il est aussi indispensable pour un homme d’Etat de savoir s’adapter aux circonstances lorsque celles-ci ont changé. Et c’est manifestement le cas de la situation économique française et européenne depuis le moment où François Hollande avait formulé en 2011 l’engagement de ramener les déficits publics sous la barre des 3% dès 2013. Quoi qu’on pense par ailleurs de leur pertinence, les réformes récentes de la surveillance budgétaire européenne, basées sur la notion de déficit structurel, fournissent de solides arguments pour dévier de cet engagement. Les investisseurs eux-mêmes, très inquiets de voir la zone euro s’enfoncer dans la récession du fait des politiques budgétaires trop restrictives menées en son sein, comprendront un tel geste.

En conséquence, François Hollande doit se sentir libéré de cette promesse intenable et contreproductive et trouver les moyens de convaincre ses collègues européens de la nécessité de repousser cette échéance. Il vaut mieux affronter aujourd’hui les difficultés liées à un tel renoncement que de constater demain qu’on n’a pas atteint les 3% de déficit après avoir plongé le pays dans la récession et accumulé des dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires

Vous pouvez rejoindre cet appel en "participant" à cet "évènement" Facebook

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