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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 22:50

Le Monde.fr | 20.05.2014 à 13h35 | Par Collectif de candidats socialistes aux élections européennes

Si nos exigences ne sont pas respectées, nous rejetterons l'accord, annoncent plusieurs candidats socialistes aux élections européennes, dont Pervenche Berès, Vincent Peillon, Emmanuel Maurel et Sylvie Guillaume...

Depuis juillet 2013, des négociations se sont ouvertes entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur un partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, plus connu sous les sigles TAFTA ou TTIP.

Cette perspective soulève de nombreuses et légitimes interrogations chez les Français. Pour leur permettre de faire un choix éclairé le 25 mai prochain, chaque formation politique doit faire connaître sa position. La nôtre repose sur une analyse exigeante qui ne saurait se contenter d'une posture facile et électoraliste, consistant à se réfugier dans le rejet pur et simple d'un accord commercial… qui n'est en rien finalisé.

Notre vision de la mondialisation, c'est le juste échange. Celui où la protection sociale, nos préférences collectives dans la santé ou l'environnement sont défendus et non bradés au profit du «tout marché» et du libre échange.

4401419_3_ef63_le-traite-transatlantique-tafta-vise-a_6a181.jpgNotre position sur cet accord est claire et ferme : avec pragmatisme nous devons évaluer les potentialités d'un accord géostratégique mais, avec vigilance nous devons également mesurer les risques qu'il pourrait faire courir à l'Europe et ses citoyens. Parce que nous sommes des Européens convaincus, nous savons que c'est à l'échelle de l'Union que nous devons dialoguer avec les Etats-Unis alors que l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) est en panne.

Nous n'en sommes qu'au tout début des discussions. Notre exigence est que toute la transparence soit faite sur les négociations. Notre candidat à la présidence de la Commission européenne, Martin Schulz, est le seul à avoir pris l'engagement, s'il est élu, de demander la publication complète du contenu des échanges entre les deux parties et de former un groupe de travail rassemblant société civile, experts et syndicats.

Cette longue période qui s'ouvre nous permettra d'organiser un débat de fond, démocratique, public et transparent avec les acteurs de la société civile et les partenaires sociaux.

A l'heure de la compétition entre Etats-continents, nous devons examiner lucidement les perspectives de débouchés porteurs d'activité et d'emplois pour nos économies. A l'heure des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), nous devons jouer notre carte dans la définition des normes et standards mondiaux de biens et services. L'Europe a vocation à peser de tout son poids pour réguler la mondialisation et faire valoir ses intérêts.

N'est-il pas temps de nous battre pour que les Etats-Unis appliquent enfin les normes de l'Organisation Internationale du Travail ? N'est-il pas temps d'imposer aux Etats-Unis une réelle réciprocité ? Les marchés publics européens sont ouverts à 85% aux entreprises étrangères, ceux des Etats-Unis ne le sont qu'à 35%. Le juste échange que nous défendons vise à assurer un rééquilibrage des échanges pour que l'Union européenne ne soit pas «l'idiot utile» de la mondialisation.

A l'initiative des socialistes français, les services audiovisuels, la Culture ainsi que la Défense ont déjà été exclus du champ de la négociation. Nous demandons le respect d'un haut niveau de protection de l'environnement et des normes sociales en vigueur dans l'Union européenne. Nous exigeons de la Commission européenne qu'elle respecte scrupuleusement le mandat qui lui a été confié. Il ne pourra être question de bœufs aux hormones, de poulets javellisés, ou de remise en cause du principe de précaution sur les OGM ou le gaz de schiste. Pour les socialistes français et européens, l'accord conclu au terme de ces négociations devra respecter nos choix de société, nos modes de vie et notre modèle social.

réustmalo-700x300Nous serons intransigeants sur nos normes sociales, environnementales et sanitaires européennes, comme nous l'avons été, pour les droits et libertés des Européens en rejetant l'accord commercial anti-contrefaçon (ACTA). Cet accord devra être avantageux pour les deux parties et pour l'ensemble des citoyens européens, ou il ne verra jamais le jour !

C'est pourquoi nous avons formulé les exigences suivantes qui conditionneront notre vote :

  • la non-introduction d'un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats qui permettrait à une entreprise étrangère de contourner les juridictions nationales pour attaquer un pays devant une Cour internationale d'arbitrage si elle estime qu'une loi a lésé ses intérêts. Les multinationales ne doivent pas obtenir plus de garanties que les politiques publiques !
  • la non remise en cause de nos choix de société en matière d'éthique, de droit du travail, de santé et de sécurité alimentaire qui constituent nos « préférences collectives » et fondent le modèle social européen ;
  • la protection des données personnelles ;
  • la préservation des indications géographiques comme les appellations d'origine contrôlée (AOC) ;
  • la protection de la propriété industrielle et intellectuelle ;
  • la préservation de la qualité des services publics.

Nous défendrons cette position en exerçant notre devoir de vigilance et notre pouvoir d'influence tout au long des négociations.

Nous continuerons à faire entendre notre voix grâce à un triple verrou démocratique : les chefs d'Etat et de gouvernement, les parlements nationaux des 28 Etats-membres et le Parlement européen devront chacun se prononcer pour ou contre ce Traité à la fin du processus.

Candidats à l'élection européenne du 25 mai prochain, nous prenons un engagement clair et ferme : si l'une de nos exigences n'était pas respectée, nous, socialistes français, prendrons nos responsabilités et rejetterons cet accord.

Signataires : Pervenche Berès, Guillaume Balas, Vincent Peillon, Sylvie Guillaume, Edouard Martin, Catherine Trautmann, Isabelle Thomas, Emmanuel Maurel, Jean-Paul Denanot, Karine Gloanec-Maurin, Virginie Rozière, Eric Andrieu, Gilles Pargneaux, Claude Roiron, Philippe Le Constant, Marie-Claude Tjibaou.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 19:26

logo_MLG_95.jpg

Chers Amis, Chers Camarades,

Maintenant la Gauche s'est réunie en Assemblée générale régionale le 29 avril dernier, nous vous proposons de nous retrouver dans le Val-d'Oise en Assemblée Générale de la motion 3 le

Mardi 27 mai 2014
à 20h30
Salle du Conseil
Hôtel de Ville de Gonesse,
66, rue de Paris
(la salle du conseil est située derrière l'Hôtel de Ville – invitation et plan à télécharger ici)

Voici les points qui seront abordés dans l'ordre du jour en présence de notre camarade Emmanuel Maurel :

  •     bilans des scrutins municipaux et européens ;
  •     situation politique nationale et fédérale ;
  •     actions et initiatives du courant et de nos partenaires ;
  •     projet départemental du PS ?
  •     questions diverses.

reustmalo-700x300.jpgD'ici n'hésitez pas à vous mobiliser avec détermination pour la dernière ligne droite de la campagne des élections européennes, la place de premier groupe au Parlement européen se joue à quelques sièges près.

Comptant sur votre présence nombreuse,   
Amitiés socialistes,   
Frédéric FARAVEL   
Mandataire fédéral de la motion 3

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 19:32

Propos recueillis par , publié le 15/05/2014 à 13:02

Décidément, le cap politico-économique de François Hollande ne passe pas pour certains socialistes... Les plus déçus rejoindront peut-être le "Club des socialistes affligés", lancé par Liêm Hoang-Ngoc, membre du bureau national du PS et de l'aile gauche du parti, économiste et eurodéputé sortant.

Des "socialistes affigés" par le "nouveau discours officiel" du PS et de l'exécutif, une "orientation politique néfaste et démobilisatrice": les mots de votre manifeste sont lourds...

Le terme de socialistes "atterrés" aurait également convenu, pour faire écho au "manifeste des économistes atterrés", que j'avais signé en 2010. Mais la marque "atterrée" était "déposée" par mes amis. Le terme de socialistes "affligés" est néanmoins plus fort. Il reflète le sentiment des électeurs de gauche et des militants socialistes qui sont déboussolés et qui ne se tournent pas pour autant vers le Front de Gauche. Ils ne comprennent pas le choix opéré par François Hollande. Son virage libéral est un choix structurant qui peut conduire le PS à la déroute. 

En quoi le cap de François Hollande vous "afflige"-t-il et nuit-il au PS, à vos yeux?

En France, le PS s'est toujours démarqué de la troisième voie initiée par Tony Blair au Royaume-Uni et Gerhard Schröder en Allemagne. Les politiques de l'offre sont aussi impopulaires qu'inefficaces. Elles conduisent désormais la zone euro au bord de la déflation. L'austérité budgétaire et salariale, coordonnée dans toute l'Europe, a engendré un jeu à somme négative dont la conséquence est désormais une insuffisance de demande dans la zone euro. La BCE a certes réagi. Mais la politique monétaire, seule, est impuissante dans ce contexte. 

Les politiques de l'offre sont aussi impopulaires qu'inefficaces

François Hollande a fait ce choix dès sa conférence de presse de novembre 2012 et l'a imposé sans débat au PS. Le rapport commandé à Louis Gallois dès l'été 2012 avait auparavant déminé le terrain du CICE et du pacte de responsabilité.  

Aujourd'hui, le malaise est réel au PS et parmi les parlementaires socialistes. Je ne fais que dire tout haut ce que beaucoup pensent, croyez-moi. Dans leurs permanences, beaucoup sentent le risque des défaites à venir. D'ici 2017, nous allons perdre des régions comme nous avons perdu des villes. Aurons-nous un second tour entre la droite et l'extrême-droite à l'élection présidentielle? Combien de députés socialistes restera-t-il? Une quarantaine? 

Que proposez-vous ?

Il faut réfléchir avec un coup d'avance pour rebondir en cas de déroute de notre camp. La recomposition de la gauche se fera vraisemblablement autour d'un axe rose, vert, rouge. La famille des socialistes doit plus que jamais maintenir des liens avec des formations comme le Front de Gauche (FDG) et Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) au lieu de construire de nouvelles majorités avec l'UDI... 

La recomposition de la gauche se fera autour d'un axe rose, vert, rouge 

Ce club a pour vocation de contrebalancer le poids des think tanks sociaux-libéraux que sont Terra Nova et Jean-Jaurès. Social-démocratie et social-libéralisme ne sont pas des synonymes. Nous voulons ainsi montrer qu'une politique keynésienne pro-européenne est bien plus crédible que la politique de l'offre. Il faudra notamment rouvrir le débat sur les politiques budgétaires nationales, excessivement contraintes par les textes européens, et accroître le rôle du budget communautaire. 

Le 12 avril dernier, Liêm Hoang Ngoc était aux côtés de Jean-Luc Mélenchon (FDG) et Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale en Grèce, lors d'une manifestation anti-austérité à Paris.

Le 12 avril dernier, Liêm Hoang Ngoc était aux côtés de Jean-Luc Mélenchon (FDG) et Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale en Grèce, lors d'une manifestation anti-austérité à Paris.

AFP PHOTO / PIERRE ANDRIEU

Que répondez-vous au porte-parole du PS, Carlos Da Silva, qui estime que votre manifeste est nourri par "l'amertume" de ne pas avoir été reconduit sur les listes du PS pour les élections européennes ?

C'est une basse polémique, qui trahit le fait qu'on nous prend enfin au sérieux... L'idée de ce club germe depuis la première conférence de presse du président de la République, en novembre 2012. Le moment est venu cette semaine de le rendre public, dans la foulée du débat initié par les 90 parlementaires à l'Assemblée nationale et de l'appel des socialistes contre l'austérité qui circule dans les fédérations du parti.  

En amont de cette future "nébuleuse rose-rouge-verte" que vous envisagez, quels sont vos liens actuels avec les frondeurs du PS ? Et avec le Front de Gauche et EELV, dont les représentants sont invités au premier colloque organisé le 7 juin ?

J'ai signé l'appel des 90 parlementaires [pour un nouveau contrat de majorité, publié en avril dans le Journal du Dimanche, ndlr]. S'abstenir était le plus que mes collègues pouvaient faire à l'Assemblée nationale sans ouvrir de crise de régime. Le programme de stabilité a été adopté avec les voix de l'UDI. Ceci indique que la base politique et sans doute sociale de la politique du gouvernement est très étroite. 

Pour ce qui est du FDG et d'EELV, nous avons des atomes crochus évidents. Cécile Duflot a compris qu'il fallait sortir du gouvernement pour ne pas cautionner ce tournant majeur. Quant au FDG, ses dirigeants sauront certainement dialoguer car la droite et l'extrême droite seront bientôt aux portes du pouvoir.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 13:53

marie-noelle lienemann 1Le gouvernement a annoncé une mesure pour les ménages modestes visant à faire sortir 650 000 contribuables de l’impôt sur le revenu. Beaucoup d’annonces, peu d’éléments précis : qui est concerné par cette mesure ?

Rappelons d’abord que l’année dernière, avec la poursuite du gel du barème de l’impôt sur le revenu décidée par Nicolas Sarkozy en 2011, 840 000 contribuables étaient ainsi rentrés dans les barèmes de cet impôtimpot. Est-ce que ce sont ces contribuables qui vont ainsi sortir de l’obligation de payer l’impôt cette année ? C’est peu probable, or bon nombre d’entre eux se croient concernés par cette annonce. Quelle sera leur réaction s’ils apprennent qu’en réalité elle ne concerne que ceux qui auraient du rentrer cette année dans les barèmes de l’impôt sur le revenu du fait du maintien du gel en 2014 ?

De fait, cette annonce risque bien d’être illisible pour ceux de nos concitoyens qui en bénéficieront et qui risquent même d’ignorer qu’ils ont été ainsi épargnés. Cette situation risque de donner une nouvelle fois un fort sentiment de cafouillage et je reste pour ma part fortement convaincue de l’urgence d’une réforme fiscale d’ampleur telle qu’annoncée pendant la campagne présidentielle. Elle seule pourra remettre de la lisibilité et de la justice dans notre système fiscale. Elle seule sera de nature à redonner confiance dans l’impôt.

Marie-Noëlle Lienemann

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 14:50

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 21:30

Maxime_Lonlas.jpgCirculez, il n'y a rien à voir. Laissez nous faire nos petites affaires tranquillement, et ne venez donc pas "politiser" le débat. Parce que la politisation, c'est vilain ! C'est en substance ce que nous dit Hermann Van Rompuy, l'inexistant président permanent du Conseil européen, issu du PPE.

Maxime Lonlas

Le 10 octobre 2013, lors d'un débat sur l'avenir de l'UE, il a même déclaré : "Vous ne devez pas chercher de solutions quand il n'y a pas de problème. Rechercher des "visages" pour guider l'UE n'est pas une solution". Heureusement, Hermann a une influence sur le processus électoral en cours dans l'Union tout à fait proportionnelle à son image dans la plupart des Etats européens : inexistante. Bref, on a envie de lui répondre qu'il peut en effet circuler, et nous laisser un peu nous, citoyens européens, politiser le débat.

Les conservateurs européens à reculons

Martin_Schulz.jpgA l'origine de cette déclaration de l'ectoplasmique président du Conseil, il y a bien sûr l'investiture de l'Allemand Martin Schulz par le Parti Socialiste Européen en novembre 2013 pour briguer la présidence de la Commission européenne. En cascade, toutes les autres grandes formations européennes ont été obligées de suivre : la gauche européenne a désigné en décembre Alexis Tsipras, leader du parti grec Siriza ; puis les libéraux ont élu le Belge Guy Verhofstadt en janvier ; les Verts européens ont mis un peu de temps mais ont fini par trancher en faveur de Ska Keller, écologiste allemande, contre le Français José Bové ; le PPE enfin, a bien dû s'y mettre, mais vraiment à contrecœur, et a choisi Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre luxembourgeois.

Que les conservateurs européens du PPE choisissent pour candidat à la présidence de la commission un ancien Premier ministre de paradis fiscal n'est guère étonnant. Mais dans cette affaire, l'élément signifiant est que le PPE a dû suivre le mouvement. Il a dû accepter de se doter d'un candidat de sa couleur politique et d'aller à l'encontre de ce petit entre-soi européen (les "milieux autorisés", comme aurait dit Coluche) qui veut que le président de la Commission soit issu de savantes tractations sur lesquelles les citoyens n'ont aucune influence et que le Parlement européen doit valider sans trop discuter.

Certes, politiser le débat ne veut pas automatiquement dire "faire campagne". Juncker lui-même s'en abstient bien volontiers. Il ne faudrait pas que tout cela se voit trop. Il serait bien dommage que la dynamique politique nouvelle que souhaite incarner Schulz se mette à fonctionner... L'ancien Premier ministre luxembourgeois précise même dans une interview au journal Le Monde le 17 mars dernier : "Nous sommes d'accord sur de nombreux points [avec Martin Schulz]." Dans ces conditions, quel sens y a-t-il à faire campagne ?

L'UMP, qui ne compte que sur le rejet du PS pour l'emporter, ne fait d'ailleurs absolument rien pour soutenir son candidat. Divisée entre les fédéralistes tels Lamassoure et les anti comme Wauquiez, sans aucune ligne claire sur la question européenne, elle ne souhaite pas que d'autres paramètres viennent perturber le jeu. Après avoir échoué à soutenir Michel Barnier contre Juncker, Jean-François Copé et ses amis jouent la carte de la discrétion. Il faut dire que Juncker n'est pas un candidat affriolant pour les militants et sympathisants UMP : ambiance technocrate et austéritaire avec paradis fiscal en bonus, ce n'est pas tellement dans l'air du temps...

Bref, dans cette campagne européenne, le PPE et les conservateurs européens y vont, mais à reculons. Et le fait que l'Europe soit dirigée par une Commission marquée à droite depuis maintenant plus de dix ans avec un bilan bien peu fameux est une explication tout à fait incomplète. Car le véritable enjeu n'est pas celui de la seule élection qui vient : il est celui de l'équilibre des institutions européennes et de l'avenir démocratique de l'Union européenne, rien de moins.

Politiser le débat pour infléchir le processus démocratique

Un président de Commission qui se présente comme issu d'un camp politique, cela change tout. Ne soyons bien sûr pas dupes : Martin Schulz, s'il l'emporte, ne va pas s'inventer au lendemain du 25 mai une âme de de grand progressiste. Il reste un social-démocrate très mesuré. Dans l'immédiat, une victoire du PSE ne révolutionnerait pas l'UE, même si le positionnement contre l'austérité à l'échelle européenne et contre un euro fort est salutaire, notamment pour l'état du débat public sur ces questions.

Mais à long terme, cette inflexion du processus démocratique est essentielle. Elle est la condition sine qua non à un avenir politique de l'UE. Il ne s'agit pas d'une question d'incarnation de la politique européenne, d'avoir un visage à aimer ou à détester, mais de montrer qu'en Europe aussi, le débat politique est possible et plusieurs choix s'offrent aux citoyens. Un président de la Commission issu du camp qui remporte les élections européennes est un bon vecteur pour mettre fin à cette idée que la Commission doit être neutre, comme une sorte de représentante de l'intérêt général européen, au dessus du débat politique et des égoïsmes nationaux.

Car c'est bien comme cela qu'a été pensé la Commission durant les débuts de l'Europe communautaire: un organe détaché des débats partisans, permettant de réduire la défiance interétatique et d'adopter des stratégies dépassant les contingences nationales. Sauf que nous ne sommes plus aux débuts, justement, de l'Europe communautaire : l'UE, aujourd'hui, ce sont des milliers et des milliers de pages de règlements, de directives, de traités. C'est aussi et surtout un ensemble de règles économiques libérales, une politique monétaire et un encadrement extrêmement strict des politiques budgétaires des Etats. Cette Union européenne là, puissante dans son impact sur nos vies, ne peut plus rester en dehors du jeu démocratique.

L'équilibre actuel qui, selon le mot de Vivien Schmidt, consiste à avoir au niveau des Etats membres "la politique sans les politiques" ("politics without policies") et au niveau de l'UE "les politiques sans la politique" ("policies without politics") n'est plus tenable. Il n'est surtout plus acceptable ni accepté par les citoyens, depuis quelques années déjà : les Français ont rejeté le projet de Traité constitutionnel européen en 2005, de même que les Néerlandais. L'imposition d'un traité similaire au TCE par voie réglementaire n'a d'ailleurs en rien arrangé l'image anti-démocratique d'une Europe dont les compétences s'élargissent par ailleurs sans cesse.

Que Van Rompuy réduise cette nouveauté à une histoire de "visages" est d'ailleurs éminemment révélateur du combat mené par les forces conservatrices contre l'idée qu'en Europe, les citoyens pourraient peser directement sur les grandes orientations. Les citoyens ne seraient donc pas capables de voter en conscience sur des orientations idéologiques et des propositions politiques ? Ils ne mettraient un bulletin dans l'urne que pour la barbe bien taillée de Schulz où le côté bon vivant de Juncker ? Mépris révélateur s'il en est...

Qu'Angela Merkel refuse toujours de lier de manière organique le résultat des élections au Parlement européen et le candidat qui sera proposé à la présidence de la Commission est tout aussi révélateur : la si puissante cheffe du gouvernement allemand, accepter de s'en laisser compter par un président de la Commission qu'elle n'aura pas choisi ? On rêve...

"There is an alternative !"

Au fond, derrière cette extrême frilosité du camp conservateur européen à toute politisation du débat, il y a deux idées indissociables : le peuple est idiot, et on ne peut pas le laisser mettre son grain de sel dans les choses sérieuses; politiser le débat européen est inutile et dangereux car il n'y a qu'une seule "politique" réellement sérieuse, la politique libéralo-austéritaire actuelle. "There is no alternative", disait Mme Thatcher. Il ne faudrait surtout pas briser ce bel outil qu'est l'actuelle Union européenne pour les conservateurs du PPE : une formidable machine pour imposer aux peuples récalcitrants les mauvaises potions orthodoxes que leurs dirigeants nationaux ont du mal à leur faire avaler...

Martin Schulz et le PSE, en choisissant de présenter un candidat "coloré" politiquement à l'échelle européenne, ont donc jeté la première pierre d'un nouvel équilibre des pouvoir, d'une nouvelle architecture du débat européen, qui permettra à terme aux citoyens de s'en saisir, d'avoir le sentiment que leur vote est utile et qu'il peut peser sur la politique de l'Union. Ce ne sera surement pas pleinement le cas en 2014... Peut-être pas complètement non plus en 2019... Mais en 2024 et pour les élections suivantes ?

Car il ne faut pas sous-estimer l'importance historico-politique de ce type d'inflexions. Quand Philippe Auguste se présente pour la première fois comme Roi de France (Rex franciae) à la fin du XIIe siècle, il pose les bases embryonnaires d'une conscience nationale. C'est l'un des éléments qui permet cinq siècles plus tard au peuple de France, avec la conscience qu'il a d'être français en plus d'être bourguignon ou gascon, de prendre la Bastille et le pouvoir. Martin Schulz, en politisant volontairement le débat européen et en se présentant comme candidat d'un parti européen, permettra peut-être à un peuple européen, avec la conscience qu'il aura d'être européen sans toutefois oublier qu'il est aussi français, grec ou danois, de se saisir du pouvoir à l'échelle de l'Union. Ce ne sera peut-être pas une étape suffisante, mais elle est éminemment nécessaire.

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 09:16

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 14:50

AlstomL’entreprise Alstom est extrêmement importante pour l’avenir industriel de la France.

Elle intervient dans deux secteurs clefs. Le ferroviaire, en particulier  avec le TGV qui est une vitrine internationale de la technologie française. Et l’énergie avec les turbines, les éoliennes et les hydroliennes.

Comment ne pas mesurer qu’il s’agit d’activités stratégiques, importantes pour l’indépendance nationale ?

Le carnet de commande d’Alstom est garni même si les politiques  d’austérité européennes ont plutôt diminué les investissements  et, du coup, réduit les commandes alors que les discours sur la transition énergétique fleurissent sans se traduire dans les faits. L’entreprise traverse des difficultés financières, mais nul ne mets en cause sa viabilité.  

Alors tout doit être fait pour sauver l’unité des activités d’Alstom et la capacité de notre pays à peser  sur les orientations de cette grande entreprise qui joue un rôle majeur  dans des filières décisives de notre industrie.

Il faut très rapidement que l’Etat acquière du capital d’Alstom pour pouvoir directement être associé aux choix stratégiques.  

Et qu’on arrête de nous dire que nous n’en avons pas les moyens. A supposer même, que ces moyens ne soient pas disponibles avec la BPI et la Caisse des Dépôts et Consignations, chacun voit bien qu’emprunter à moins de 3 pour cent pour acquérir des actifs ne pose pas de réels problèmes.  D’autant que ces actifs ont un rendement bien supérieur à ce taux de prêt !!

Il faut donc afficher très rapidement une détermination politique absolue pour stopper toutes velléités de vente à la découpe d’un des fleurons de l’industrie française.

On a déjà suffisamment laissé filer nos grandes entreprises sous domination étrangère, avec des effets catastrophiques sur l’emploi et la désindustrialisation du pays. Et ce, par le biais des privatisations qui ont constitué une fragilisation majeure de nos capacités productives.

Ainsi le préalable est l’entrée de l’Etat au capital mais sans doute aussi de mobiliser de grandes entreprises AREVA, Thales, Safran.

Ensuite, il est bien sûr utile qu’Alstom puisse nouer des partenariats avec d’autres acteurs mondiaux intervenant dans le champ de l’énergie, qui est actuellement à coup sûr le plus stratégique.

Si l’Europe était cohérente et appuie la création de géants européens capables de s’affirmer avec force  sur les marchés mondiaux, une alliance avec Siemens  aurait du sens. Mais l’on peut craindre qu’en l’état actuel des textes et politiques de l’UE, tout rapprochement entre Alstom et Siemens soit accompagné d’exigences de réduction du périmètre de certaines activités, des ventes partielles au motif de garantir la concurrence intra européenne et de combattre des tendances monopolistiques.  Aussi paradoxalement, et c’est d’ailleurs l’une des grandes critiques que l’on doit faire à l’actuelle union européenne l’alliance européenne est à haut risque.  Et tous les discours sur l’airbus de l’énergie seront  des rideaux de fumées tant que les traités, les directives sur la concurrence et les aides d’état ne seront pas radicalement modifiées. Ce qui ne semble pas – hélas être à l’ordre du jour. Alors ne soyons pas dupes !

Sans compter que lorsque je parle d’alliance, de partenariat, de rapprochement, je n’imagine pas le rachat par Siemens  de la branche énergie d’Alstom tandis que la France ne conserverait que le ferroviaire. Au passage, le ferroviaire sans les commandes publiques françaises serait bien fragile aussi aucun étranger ne va s’y aventurer. Mais surtout le gros du chiffre d’affaire et l’avenir se jouent dans l’énergie, d’où  l’intérêt des prédateurs.  

Le problème est différent avec général électrique, entreprise américaine présente en France, avec laquelle Alstom avec le site de Belfort a déjà nouer des accords. Car Alstom doit pouvoir élargir dans le champ de l’énergie sa capacité d’intervenir hors de l’union européenne.

Mais, pour l’heure ce qui se joue avec General Electric n’est pas non plus une alliance stratégique, mais bel et bien un rachat et ce n’est pas acceptable pour la France.

L’Etat n’a pas craint d’entrer au capital de Peugeot en même temps qu’un constructeur chinois. A coup sûr si le capital d’Alstom devait  être ouvert à divers partenaires étrangers, le capital public devrait permettre à l'Etat de sauvegarder l’intérêt national, les sites, la technologie et l’emploi en France.

Alors, le Président de la République doit mesurer que le gouvernement sont en face d’un choix quasiment historique au regard du redressement productif et industriel du pays et ne  pas craindre l’indispensable audace.

Obama n’a su nationaliser General Motors pour la sauver, la France doit mettre toute ses forces  à conserver dans le giron national les deux branches d’Alstom.

François Hollande n'a pas répondu à l'attente des Français pour sauver Alstom

Marie-Noëlle Lienemann s’inquiète le 6 mai du traitement qui semble réservé par l’exécutif au dossier Alstom, pourtant essentiel pour l’avenir industriel de la France, la maitrise de technologies majeures pour l’avenir, la transition énergétique, pour l’emploi et les salariés.

hollande_bourdin_06-05-2014.jpgInterrogé sur BFM TV, le président de la République a indiqué que la France avait “suffisamment de moyens de pression” pour obtenir une meilleure offre, souhaitant “faire en sorte que les offres soient enrichies en termes d’emplois”. “Le rôle de l’Etat, c’est d’obtenir des réponses à toutes les questions et faire en sorte que l’intérêt national puisse être préservé”.

A un mois de l’échéance, ces déclarations semblent tout à fait lénifiantes au regard de l’importance des enjeux et de l’urgence de la situation.

Le Président n’aborde pas d’autres voies que celle du dialogue avec d’éventuels repreneurs et en aucune façon, une stratégie permettant de préserver l’unité du groupe entre sa branche transport et celle de l’énergie. Par ailleurs, il n’indique à aucun moment la volonté de garantir que pour ces deux entités, la maitrise des choix industriels et des investissements d’avenir comme des brevets et des futures implantations demeurera française.

Or cette entreprise est un acteur clef de l’avenir industriel de la France. La production d’Alstom dans les turbines, les éoliennes et les hydroliennes permet de développer des innovations utiles au pays tout comme elle est favorable à l’exportation de technologies environnementales. Or c’est l’un de nos grands fleurons nationaux qui est en passe de partir sous contrôle étranger.

Le président de la République aurait dû  poser clairement le principe de l’entrée du capital public afin de garantir l’avenir et l’unité d’Alstom.  C’est la seule façon d’engager  une stratégie inscrite dans la durée qui assure développement de l’entreprise tant par le soutien aux technologies d’avenir que par la diversification de ses exportations. Si des partenariats industriels peuvent être noués ils ne doivent pas avoir pour conséquence le passage sous contrôle étranger d’un secteur industriel clef pour la France sauf à valider la poursuite du déclin industriel du pays.

10 ans après la prise de participation de l’Etat à hauteur de 21% du groupe, malheureusement dilapidée 2 ans plus tard suite à une revente de ses parts à Bouygues, Marie-Noëlle Lienemann demande au Président de la République d’assurer une prise de contrôle décisive par du capital public et national pour sauver Alstom.

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 15:01

L’Assemblée nationale a adopté hier le programme de stabilité présenté par le Premier ministre au nom du gouvernement par 265 voix pour, 232 voix contre et 67 abstentions dont 41 de la part de députés du groupe socialiste.

AN2La dynamique engagée depuis plusieurs semaines au sein du Parti Socialiste pour souligner qu’il n’y a pas qu’une seule politique possible s’étend donc : 11 députés avaient décidé de s’abstenir lors de la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre, près d’une centaine d’entre eux s’étaient réunis pour proposer un «nouveau contrat de majorité». Ce sont désormais 41 députés socialistes qui ont clairement signifié leur désaccord avec une orientation économique inspirée de politiques qui démontrent leur caractère inefficace dans toute l’Europe.

Maintenant la Gauche salue la cohérence et le courage de ces 41 élus socialistes - et tout particulièrement dans le Val-d'Oise Jean-Pierre Blazy et Gérard Sébaoun - qui ont, malgré les pressions, la dramatisation et les propos souvent outranciers, fait preuve de constance sur le fond et montré qu’une politique économique plus équilibrée est possible. Des coupes sombres dans les dépenses liées à la protection sociale et la réduction des capacités d’investissement public relèvent d’une logique erronée alors que l’atonie de notre économie appelle au contraire des mesures de relance substantielles. Les mesures annoncées risquent de plus d’impacter durement le pouvoir d’achat des ménages.

Face aux menaces floues mais répétées de dissolution de l’Assemblée, alors même que le gouvernement n’avait pas engagé sa responsabilité sur ce vote, ces parlementaires dont font partie les députés "Maintenant la Gauche" ont fait preuve d’une grande responsabilité en demeurant fidèles au programme validé en 2012 par les électeurs.

Force est de constater que l’assise politique de la majorité est une nouvelle fois fragilisée avec une opposition claire des parlementaires du Front de Gauche mais aussi une prise de distance de plus en plus nette des députés écologistes comme de ceux du MRC.

Nous appelons l’ensemble des socialistes à retrouver le sens de la mise en œuvre des engagements du candidat François Hollande. Le pacte de responsabilité ne s’inspire pas de l’esprit de la campagne présidentielle ni du projet socialiste adopté à l’unanimité en 2011, pas même de l’orientation adoptée majoritairement par le PS lors du congrès de Toulouse.

Il n’y a aujourd’hui pas plus qu’hier une seule politique possible.

Il est urgent de redonner la parole aux militants en les consultant sur des choix de politique économique qui n’ont pas jusqu’ici été débattus au sein du parti majoritaire.

Maintenant la Gauche continuera à défendre des solutions concrètes et réalistes pour redresser notre pays dans la justice et réorienter de toute urgence la construction européenne, comme nous l’avons fait en présentant en 2013 un plan de relance écologique et sociale ou encore une contribution au débat autour de la réforme fiscale. La situation économique appelle une nouvelle étape de redistribution des richesses qui redonne du pouvoir d’achat aux Français et  alimente le carnet de commande des entreprises pour créer à nouveau des emplois. Nous serons aux côtés des députés socialistes qui ont démontré hier leur détermination pour la rendre possible.

Maintenant la Gauche

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 21:20

Retrouvez cette tribune dans Le Monde lundi 28 avril et sur lemonde.fr

Par Emmanuel Maurel, vice-président de la Région Île-de-France, membre du Bureau national du PS

En désignant le « monde de la finance » comme « notre adversaire », le candidat à la présidentielle François Hollande avait fait preuve d’un salutaire bon sens. Ce n’est pas à la masse des citoyens de payer les errements et les fautes des principaux responsables de la crise. D’où son mot d’ordre de campagne, le « redressement dans la justice ».

L’indispensable redressement du pays – celui de l’emploi, de notre appareil productif, et secondairement de nos comptes publics – allait de pair avec la lutte, consubstantielle au projet historique de la gauche, contre les inégalités sociales largement aggravées après dix ans de politique de droite.

Ce mot d’ordre, qui a conduit à la victoire de 2012, battait en brèche la thèse libérale de « la préférence française pour le chômage », qui laisse à penser qu’il faudrait arbitrer entre efficacité économique et justice sociale, entre production et redistribution, entre offre et demande. C’est la fierté des socialistes de ne pas être tombés dans le piège tendu par une partie de la droite française selon laquelle, pour faire baisser le chômage et restaurer les marges de nos entreprises, il faudrait sacrifier une protection sociale de qualité, un droit du travail protecteur, des services publics utiles et enviés par nombre de nos voisins.

Nous avons gagné en tenant bon sur cette idée forte : la compétitivité est fille de la cohésion sociale. Rien ne saurait être plus vain et plus néfaste que de s’engager dans une course au moins-disant social. Et cela vaut aussi pour l’Europe. En faisant de la réorientation de la construction européenne une priorité française, le président de la République rappelait que l’Union ne survivrait pas à la compétition généralisée et à l’austérité à perpétuité.

Emmanuel_Maurel_CN.jpgUNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE DÉSÉQUILIBRÉE

Deux ans après, je considère que les analyses et les préconisations du chef de l’État étaient les bonnes. Et je regrette, comme nombre de socialistes, qu’il s’en soit éloigné. Nous menons une politique économique déséquilibrée. Le pacte de responsabilité et le plan d’économies annoncé la semaine dernière par le nouveau premier ministre, Manuel Valls, en témoignent.

La logique de ce pacte repose sur un postulat aussi simple que contestable. Le « coût du travail » pèse sur les entreprises. Pour aider celles-ci à restaurer leurs marges et à embaucher plus tard, il faut donc baisser les cotisations sociales et réduire les impôts sur les sociétés. Pour financer ce manque à gagner pour l’État, le gouvernement avait dans un premier temps augmenté la fiscalité indirecte. Il propose aujourd’hui de faire des économies, ce qui ne manquera pas de réjouir une Commission européenne finissante qui ne jure que par les « réformes de structures » et la baisse des dépenses publiques.

Le premier problème posé par ce pacte, c’est que les aides aux entreprises ne sont ni ciblées ni conditionnées. Ainsi, toutes bénéficieront des largesses de l’État, qu’elles soient ou non soumises à la concurrence internationale, qu’elles soient artisanales ou multinationales, en difficulté ou florissantes. Un exemple : le secteur de la grande distribution touchera près de 3,5 milliards d’euros du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), soit presque autant que l’industrie. Dans ce cas, l’effet d’aubaine joue à plein.

Le deuxième problème, c’est que la seule contrepartie identifiable au pacte de responsabilité, c’est l’extrême rigueur budgétaire. Les sommes engagées en faveur des entreprises sont ainsi compensées, quasiment à due concurrence, par les budgets de l’État, des collectivités et de la Sécurité sociale. A supposer que cette « politique de l’offre » se justifie au regard de la situation objective des entreprises, la baisse des investissements dans le service public national et local peut avoir une conséquence grave : déprimer un peu plus la demande intérieure. Et donc casser la timide reprise de la croissance observée ce semestre.

Mais il y a plus préoccupant encore. Ce sont les salariés et les ménages, y compris les plus défavorisés, qui financent la baisse des cotisations et des impôts pour les entreprises. Cinq millions de fonctionnaires, quinze millions de retraités et huit millions de pauvres – dont les revenus seront à peine revalorisés, contrairement à ce que prévoyait le « plan pauvreté » présenté récemment par l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault – sont ainsi mis à contribution.

LA PROTECTION SOCIALE EST MENACÉE

Emmanuel_Maurel_Le_Monde.jpgLe risque, c’est évidemment la précarisation du monde du travail. Risque d’autant plus élevé que le financement de la protection sociale est menacé, avec un total des baisses de prélèvements – cotisations patronales, salariales, cotisation sociale de solidarité des sociétés – de près de 15 milliards d’euros.

Alors disons-le brutalement. Pour une personne de gauche, la question sociale ne saurait se résumer à la lutte pour l’emploi. Nous ne pouvons accepter de nous laisser enfermer dans un débat autour de la seule question de « l’efficacité ». Quand bien même il y aurait baisse du chômage, si la politique économique menée plonge des millions de travailleurs dans la pauvreté, si elle bride le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, si elle ne répond pas à la question cruciale des inégalités, alors l’échec politique et social sera au rendez-vous.

Il n’y aura pas de redressement sans justice. La réduction des déficits n’est pas un objectif politique en soi. En période de croissance atone, elle n’est pas forcément synonyme de relance de l’activité et de baisse du chômage. Comme le notait justement Arnaud Montebourg, ministre de l’économie, du redressement productif et du numérique, c’est même parfois l’inverse. Mourir guéri n’a aucun intérêt. Alors, restons vivants ! Pour ne pas étouffer la reprise, faisons le choix du pragmatisme.

A l’échelon européen, la France peut opposer au funeste pacte de stabilité une stratégie de relance fondée sur l’investissement et la construction de convergences sociales. En cela, nous serons en phase avec le programme du Parti socialiste européen, qui veut « imposer une nouvelle croissance » sur le continent. Dans l’immédiat, nous devons engager un rapport de force avec la Commission en lui signifiant notre refus de respecter dans les délais les critères de déficit restrictifs qu’elle nous assigne.

Au plan intérieur, la relance de l’investissement et de la consommation permettra d’accompagner le regain encore fragile de la croissance. Réservons les aides aux entreprises soumises à la concurrence internationale et aux secteurs d’avenir, renforçons les moyens de la Banque publique d’investissement (BPI), permettons aux collectivités territoriales d’innover localement et de préparer l’avenir.

NOTRE ÉLECTORAT ATTEND DES ACTES

Enfin, il est urgent d’agir pour le pouvoir d’achat. Il ne s’agit pas de faire des « gestes » ou d’envoyer des « signaux ». Notre électorat attend des actes. La réforme fiscale est un outil pour améliorer le quotidien des Français les plus modestes. Mais l’augmentation substantielle du smic lors de sa revalorisation annuelle et le dégel des salaires des fonctionnaires nous paraissent tout aussi nécessaires.

Le sursaut est possible : il est souhaité par nombre de parlementaires de gauche, par des dizaines de milliers de militants, par des millions d’électeurs. A l’occasion des élections européennes, les socialistes prétendent, avec raison, « imposer une nouvelle croissance ».

En montrant la voie, la France pourra s’enorgueillir d’avoir contribué à la rendre possible.

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