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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 15:04
Contribuez sur "Ne les laissons plus faire !"

La pandémie est toujours là, mais il n’est pas question de laisser nos gouvernants confisquer l’invention du « monde d’après » ; ils feraient tout pour enterrer l’idée d’une alternative réelle au monde d'avant.

« Ne les laissons plus faire ! » est un outil à votre disposition pour inventer ensemble l’Après :

https://www.facebook.com/Neleslaissonsplusfaire/

Vous souhaitez contribuer : Rien de plus simple, il vous suffit d'écrire sur la messagerie de la page, ou d'y joindre un document, un enregistrement ou de courtes videos (3-4 min) ou des textes : ces textes et ces vidéos seront publiées sur la page (si vous envoyez un texte ou un enregistrement audio, vous pouvez aussi envoyer votre photo pour qu'elle soit publiée avec...).

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30 juillet 2019 2 30 /07 /juillet /2019 10:46
UNIVERSITÉ DE RENTRÉE – LE PROGRAMME

Nos universités de rentrée communes entre GRS et NCC auront lieu les 6, 7 et 8 septembre au palais des Congrès de Rochefort (73 rue Toufaire) en Charente Maritime. Vous recevrez bientôt le programme détaillé de nos universités de rentrée mais vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire en ligne pour réserver vos places. Nos travaux commenceront le vendredi 6 à 13h et s’achèveront le dimanche 8 à 13h. Découvrez le programme du week end.

pour s'inscrire à l'université de rentrée de la Gauche Républicaine & Socialiste et de "Nos Causes Communes"
pour s'inscrire à l'université de rentrée de la Gauche Républicaine & Socialiste et de "Nos Causes Communes"

 

Vendredi
13h – Formation sur l’animation des réunions à l’attention des militants – formation organisée par l’institut « accolade »
18h – Bilan d’étape avec les suivis régionaux et les responsables départementaux
19h – Projection d’un film suivi d’un débat

Samedi
9h30 – Discours d’ouverture

10h30 – Plénière | La clé internationale : Comment changer le monde ?
L’ordre international forgé après la seconde guerre mondiale traverse une crise profonde. La globalisation financière, la montée en puissance de la Chine, la multiplication de zones de guerre, le dérèglement climatique, les migrations, la marginalisation des organisations internationales, la montée en puissance des nationalismes et des « tribalismes » font voler en éclat le multilatéralisme. La mondialisation sauvage génère partout de l’instabilité. Devant ces menaces, que peut-on faire en France ? En Europe ?

10h30 – Atelier | Préparation à la campagne des élections municipales
Donner les clés légales et pratiques aux futurs candidats pour mener la campagne des municipales : obligations légales, constitution de listes, rythme de la campagne, communication, rédaction de tracts, etc.

12h – 14h : pause déjeuner

14h – Plénière | La clé économique et sociale
Depuis 40 ans, les politiques économiques et sociales se suivent et se ressemblent : restrictions budgétaires, flexibilisation du travail, fiscalité avantageuse pour les classes aisées. Les politiques de l’offre ont entrainé la captation par les actionnaires de la croissance produite, au détriment des salariés et du travail. Aujourd’hui, quelles sont nos marges de manœuvres économiques pour rétablir la justice sociale ?

14h – Atelier | Éducation en détresse
L’école de la République ne remplit plus ses missions : inégalités territoriales, baisse générale du niveau des élèves, professeurs sous-payés, fuite vers le privé, comment redresser la situation ?

15h45 – Plénière | La clé politique
Face à la généralisation de la défiance citoyenne, comment réinvestir l’espace public ? Face aux divisions et aux désillusions, quelles nouvelles formes de mobilisation et d’organisations peut-on adopter ?

15h45 – Atelier | Quelles propositions pour une écologie populaire ?
Les questions environnementales, la dégradation de la biodiversité et l’urgence écologique sont des enjeux majeurs dont se sont saisies massivement les opinions publiques occidentales. La transition écologique de nos sociétés ne peut reposer sur la seule responsabilité individuelle ou sur la seule initiative privée.
Comment l’Etat peut-il offrir une réponse à l’ampleur des défis par la planification ? Quelle politique de redistribution des richesses pour entraîner l’adhésion des classes populaires à la transition écologique ?

18h – Meeting sur le Référendum d’Initiative partagée sur la privatisation d’ADP.


Dimanche

10h – Plénière | Le « Produire en France », l’avenir de notre pays. 
L’Etat a laissé nos agriculteurs et nos ouvriers seuls face à la concurrence mondiale de travailleurs sous-payés et de produits « low cost » : abandon de toute souveraineté économique, refus catégorique du protectionnisme qu’il soit agricole ou industriel, abandon et délocalisations de nos usines, impuissances face aux multinationales et aux GAFAM… Le résultat est connu : un gâchis monumental de compétences et des territoires dévastés où l’extrême droite prospère.
Face à un tel gâchis, nous devons renouer avec le volontarisme économique en mettant l’idée du « Produire en France » au cœur de nos politiques industrielle, agricole, économique et environnementale.

11h30 – discours de clôture

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 08:48

communiqué de presse du lundi 15 octobre 2018 des membres de « L'Union & l'Espoir » au sein du PS du Val-d'Oise

Élus locaux et responsables valdoisiens du Parti socialiste, nous annonçons aujourd'hui notre départ du PS avec d'autres militants.

Nous nous sommes engagés parce que nous voulions une société plus juste, une société plus libre, une société plus démocratique, parce que nous voulions agir pour améliorer la vie de nos concitoyens, au plus près d'eux évidemment, mais aussi plus largement porter des réformes qui mettent en œuvre un idéal révolutionnaire – Liberté, Égalité, Fraternité – pour changer la vie.

Le socialisme est né de la conscience de l'égalité humaine, alors que la société où nous vivons est tout entière fondée sur le privilège. Longtemps, il nous est apparu que le PS était l'organisation politique capable de transformer le réel dans ce sens. Nous constatons avec tristesse et regret qu'il a cessé de l'être.

Depuis 25 ans, l'ensemble de la social-démocratie européenne a peu à peu cédé devant le Libéralisme et a cessé de résister devant les multinationales et les intérêts privés des groupes financiers. Pendant quelques années, le PS a semblé moins atteint par la dérive initiée par Tony Blair. Las, le mandat de François Hollande a démontré qu'au pouvoir nous avions également abdiqué devant la « pensée unique ». On connaît les conséquences : des réussites ténues, mais une politique injuste socialement, inefficace économiquement, des écarts sur nos valeurs républicaines (politique migratoire, déchéance de nationalité), une incompréhension puis un rejet par nos concitoyens, par le peuple de gauche.

La déroute électorale du PS a laissé s'affronter un populisme libéral (Emmanuel Macron) et un populisme xénophobe (Marine Le Pen). Nombre de dirigeants « socialistes » étaient prêts en 2017 à vendre leur âme pour un soutien du nouveau Président.

On aurait pu imaginer que le PS apprendrait de la double déroute présidentielle et législative : il n'en est rien. Le congrès d'avril 2018 a reconduit une équipe renouvelée en apparence mais dans la continuité de ceux qui nous avaient menés au désastre : aucun bilan du quinquennat, un parti en pleine inertie, incapable de parler au reste de la gauche et au mouvement social, sans orientation, inaudible des Français. La « Renaissance » promise aux militants ressemble à une glaciation.

À l'approche des élections européennes, la direction du PS a fait adopter un texte qui ressemble à une belle lettre au Père Noël, comme à la veille des précédents scrutins européens. Mais elle refuse d'être cohérente en posant des conditions à la social-démocratie européenne : alors que celle-ci fait les yeux doux à Emmanuel Macron, les dirigeants nationaux du PS ont annoncé qu'ils se plieraient aux choix du PSE pour leur programme électoral et leur candidat à la présidence de la Commission européenne.Ils refusent l'idée même de proposer à la gauche française de s'unir aux Européennes. Les mêmes logiques produiront les mêmes effets : compromissions avec les droites européennes et des promesses qui n'engagent donc que ceux qui y croient… au risque à nouveau de perdre toute crédibilité.

Nous voulons faire cesser donc une mascarade ou tout du moins cesser de lui apporter notre caution. Nous partons d'un PS qui pour nous ne porte plus le Socialisme.

Nous partons mais nous conservons tout notre respect et toute notre amitié pour les militants du PS valdoisien et nombre de leurs responsables. Nous pensons que comme beaucoup d'autres ils ont été abusés. Les uns et les autres, même séparés, nous resterons des socialistes ; malgré tout, nous resterons des frères, des camarades, qu’aura séparés une querelle, mais une querelle de famille, et qu’un foyer commun pourra encore réunir.

Nous partons construire une Alternative à la fois républicaine, écologiste et socialiste aux côtés d'Emmanuel Maurel, député européen, notre camarade d'Ecouen. Nous partons construire une des bases du foyer commun.

Signataires :

Frédéric Faravel, secrétaire fédéral démissionnaire du PS95, membre démissionnaire du conseil national du PS (Bezons), mandataire départemental démissionnaire de la motion l'Union & l'Espoir

Adélaïde Piazzi, conseillère municipale de Montmorency, secrétaire fédérale démissionnaire du PS95, membre démissionnaire du conseil national du PS, Sébastien Lombard, conseiller municipal de Persan, secrétaire fédéral démissionnaire du PS95, membre démissionnaire du conseil national du PS, Maya Sebaoun, conseillère municipale de Franconville, membre démissionnaire du Bureau fédéral du PS95, Didier Dague, conseiller municipal de Courdimanche et conseiller communautaire de Cergy-Pontoise, secrétaire de section démissionnaire, membre démissionnaire du conseil fédéral du PS95, Aboubacar Sylla, membre démissionnaire du conseil fédéral du PS95 (Eaubonne), Michelle Rinaldelli, conseillère municipale de Persan, Shaista Raja, membre démissionnaire du conseil fédéral du PS95 (Sarcelles), Thierry Garcin, conseiller municipal de Maffliers, membre démissionnaire du BFA du PS95, Guillaume Poisson, adjoint au Maire de Bouffémont, secrétaire de section et membre démissionnaire du conseil fédéral du PS95, Bruno Crinon, membre démissionnaire du BFA du PS95 (Fosses), Fabrice Rizzoli, conseiller municipal de Deuil-la-Barre, Jean-François Dupland secrétaire de section adjoint d'Herblay et de nombreux autres militant.es du PS95

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 22:14

Retour aux fondamentaux. Face au naufrage électoral du PS français, Emmanuel Maurel se penche sur le berceau du socialisme pour en rappeler la raison d'être et la place qu'il doit prendre.

Marianne - tribune publiée dans l'édition du 9 au 15 février 2018

Emmanuel Maurel lors du conseil national du Parti socialiste du samedi 27 janvier 2018

Emmanuel Maurel lors du conseil national du Parti socialiste du samedi 27 janvier 2018

Dans un paysage politique compliqué, tâchons d'entrer avec quelques idées simples. En France, la donne électorale est profondément bouleversée. Il est trop tôt pour dire si les résultats de la présidentielle et des législatives marquent le début d'une ère nouvelle, ou s'il s'agit d'une simple parenthèse comme la vie publique en a parfois connu. Reste que le président de la République peut se targuer d'avoir réussi son pari : il est à la tête d'un bloc central dominant, qui rassemble ceux qui, venant de la droite comme de la gauche, ont été séduits par un message "optimiste" et « moderne » (la "Start-up nation").

La droite résiste un peu, car son socle sociologique est plus solide qu’il n’y parait. En revanche, concurrencé à gauche par la France Insoumise, et menacé à sa droite par En Marche !, le Parti Socialiste flirte désormais avec la marginalité électorale, au moins dans les scrutins nationaux.
Les raisons hexagonales du désastre sont connues : bilan calamiteux (au sens littéral du terme), campagne difficile émaillée de trahisons, confusion et ambiguïté au lendemain de l’élection du nouveau président.

Mais la double déroute du printemps dernier s’inscrit dans un processus plus large, celui de la crise structurelle de la social-démocratie européenne. Une crise qui n’épargne quasiment aucun parti de la « gauche de gouvernement » et qui a des racines à la fois idéologiques, stratégiques et sociologiques.

Confrontée à la dynamique nouvelle du capitalisme et à ce que le penseur allemand Hartmut Rosa a appelé la « société de l'accélération », la social-démocratie ne peut plus en revenir aux solutions traditionnelles qui étaient les siennes dans le cadre de l'Etat-nation. Mais elle n’a pas été suffisamment hardie, suffisamment courageuse, pour essayer d’en imaginer de nouvelles dans le cadre qui était pourtant censé être le plus pertinent, celui de l'Union européenne. Au mieux social-défaitiste, au pire sociale-libérale, elle est la grande perdante des dernières décennies.

Sa défaite n’est pas seulement électorale, elle est avant tout culturelle. Quand elle ne se livrait pas carrément à d’hasardeuses expérimentations de triangulation (voir Tony Blair ou Gerard Schröder), elle a singulièrement manqué de vigilance face à l’offensive menée par les idéologues du néo libéralisme qui ont toujours pris la vie de l’esprit au sérieux. Et qui, faute de combattants, parviennent à imposer leur grille de lecture du monde et leur vocabulaire : le travail devient un « coût », les usagers des « clients », le salaire différé des « charges », l’action politique se dilue dans la « gouvernance ».

A cette perte de repères s’ajoute une hésitation stratégique que la situation du SPD allemand illustre en ce moment même : pour avoir, à plusieurs reprises, refusé de gouverner avec le reste de la gauche, les sociaux-démocrates allemands, malheureux, en sont réduits à diriger leur pays avec Madame Merkel, accréditant par la même la thèse de l’indifférenciation entre la droite et la gauche. La Grande Coalition, présentée comme un rempart à l’extrême droite menaçante, ne contribue en réalité qu’à la nourrir davantage. Mais les partisans de l’alliance avec la droite ou le centre droit ne désarment pas pour autant, et ils sont nombreux en Europe (à commencer par l’italien Matteo Renzi) ceux qui rêvent à voix haute d’un scenario « macronien » de dépassement des clivages prétendument anciens

Si la conscience de classe s'est étiolée, la réalité de l'exploitation demeure.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant de voir la base sociale traditionnelle des partis socialistes, à quelques heureuses exceptions près, s’en détourner progressivement. Le décrochage de l’électorat ouvrier est incontestable. En France, il est spectaculaire.

Longtemps "interclassiste", le PS a été ce que la science politique appelle un "catch all party", un "Parti attrape tout". Maintenant qu'il n'attrape plus grand monde, il est bon de repartir de la sociologie.

Renouer avec le corps central de la société n'est pas seulement un impératif électoral. C'est avant tout une obligation morale. Le socialisme est né de l'indignation devant les injustices : sa mission historique, sa raison d'être, c'est l'amélioration des conditions de vie matérielle de celles et ceux que le système accable. Or si la conscience de classe s'est étiolée, si les frontières entre les groupes sociaux sont plus poreuses qu'hier, la réalité de l'exploitation (oh le gros mot !) demeure. Le rôle d'un parti de gauche c'est d'homogénéiser les revendications de ceux qui se croient dissemblables. Oui, en dépit des mutations de la société, les ouvriers, les employés du public et du privé, les jeunes en formation, les chômeurs, la majorité des retraités, les intellectuels précarisés, les artisans, et même les patrons de PME, ont un intérêt objectif à ce que le travail soit préféré à la rente, la production à la spéculation, etc.

De cet objectif prioritaire il faut tirer les conséquences programmatiques : sans nier les mutations qu’il subit, il est bon de rappeler la centralité du travail, les conditions dans lesquelles il s’exerce, les salaires qui en constituent le prix, les moyens d’en donner au plus grand nombre. Mais cela implique aussi de s’attacher aux effets de la mondialisation sur la géographie, et de remettre l’égalité entre les territoires au cœur de nos préoccupations : le refus du « tout métropole » qui condamne des départements entiers (et ses populations) à la relégation, la défense et la promotion des services publics de proximité, une action résolue en faveur du logement accessible et des transports.

Renouer avec nos fondamentaux, c’est ainsi assumer que dans une société qui exalte le risque et l’individu, nous préconisions de construire des protections collectives. Protéger notre environnement, protéger les salariés et ceux qui aspirent à l’être, protéger nos entreprises, nos savoir faire et nos territoires d’un libre-échange dévastateur : ceux qui se croient modernes parce que le monde les a changés plus qu’ils n’ont changé monde trouveront surement à redire.
Mais les archaïques ne sont pas ceux que l’on croit. A bien des égards, le " nouveau monde" ressemble furieusement à l'ancien régime. Les logiques de domination s’y expriment avec une étonnante brutalité. Quand un plan de licenciement massif entraine une envolée du cours de bourse, quand les denrées alimentaires font l’objet de répugnantes spéculations, la régulation seule s’impose comme une réponse rationnelle. Quand la compétition de tous contre tous s’avère épuisante pour ceux qui s’y adonnent comme pour ceux qui la subissent, la coopération apparait plus désirable et plus efficace. Enfin, au moment où des multinationales n’ont que faire des Etats, des frontières et des règles, et rêvent tout haut d’entreprises sans usine et de marché sans entrave, la belle et grande idée de souveraineté recouvre toute sa pertinence. Car c’est peut-être l’aspect le plus préoccupant de la modernité libérale : cette contestation par le marché de la démocratie, de l’apparente raideur de ses rites, de la lenteur de ses procédures et du caractère collectif de ses délibérations.
 
Régulation, coopération, souveraineté : le socialisme moderne se reconstruira à partir de ces grands principes. Comme il se nourrira des luttes qui s’organisent, souvent au niveau mondial, esquissant, sans s’en rendre compte, les contours d’une nouvelle Internationale : celle qui épouse la cause écologique sous toutes ces formes, dénonce les risques des mega accords commerciaux, combat la malbouffe et l’insupportable gaspillage alimentaire, se mobilise contre l’évasion fiscale, contre l’invasion publicitaire, contre l’uniformité culturelle. Comme il s’inspirera de l’action de nos collectivités territoriales qui expérimentent les circuits courts et le produire local, les territoires zéro chômeur de longue durée, le revenu de base, et des centaines choses encore qui sont autant de résistances à l’emprise de la société de marché sur nos vies.

Par un curieux paradoxe dont la vie politique a le secret, ce sont des vieux messieurs aux cheveux blancs et aux convictions inébranlables (Bernie Sanders et Jeremy Corbin), longtemps marginaux dans leur propre famille politique, qui sont entrés en résonance avec le monde nouveau, mobilisant, contre toute attente une jeunesse avide de sens autour d’un slogan simple mais fécond : « for the many, not the few ». Nous ne sommes pas obligés de les imiter. Mais cette synthèse entre les fondamentaux du socialisme et les luttes nouvelles est à coup sûr une piste à suivre. 

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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 14:03
Emmanuel Maurel, député socialiste européen, candidat au poste de premier secrétaire du Parti socialiste, le 22 janvier 2018

Emmanuel Maurel, député socialiste européen, candidat au poste de premier secrétaire du Parti socialiste, le 22 janvier 2018

Au lendemain de l'accord des sociaux-démocrates allemands avec les conservateurs de la CDU, où va la social-démocratie ? Quel avenir pour les socialistes français alors que se prépare le congrès de la "refondation". Pour en parler, Emmanuel Maurel, candidat de l'aile gauche du PS pour en prendre la tête, était l'invité de #LaMidinale.

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17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 13:35

Nous entrons dans la phase active de préparation du congrès d’Aubervilliers. Dans cette perspective, je t’invite à prendre connaissance du texte ci-dessous et à le signer si tu en es d’accord. Le conseil national du 9 décembre a supprimé les contributions générales. Ce texte n’en est donc pas une. 

Il est un texte d’entrée de Congrès et de positionnement général dont la visée est un rassemblement large à vocation majoritaire sur des positions claires et sans ambiguïté. Il sera suivi par un texte d’orientation-nouveau nom des motions. 

Vous pouvez signer ce texte en envoyant un email à emmanuelmaurel2018@gmail.com en indiquant vos nom, prénom, fédération et vos éventuels responsabilités internes et mandats.

Emmanuel MAUREL

UNE RESPONSABILITÉ HISTORIQUE.

Notre parti, le Parti socialiste, connaît une situation inédite. La double déroute du printemps 2017 n’a en effet pas d’équivalent dans notre histoire politique. En 2012 nous avions tous les leviers pour transformer la société. Cinq ans plus tard, nous n’en avons pratiquement plus aucun. Jamais, sous la Vème République, un parti n’est passé si vite de l’omniprésence politique à la marginalité électorale.
Ce vote-sanction ne saurait s’expliquer par la seule « usure du pouvoir ». Pour nombre de nos compatriotes de gauche, ce quinquennat a représenté une perte des repères spectaculaire. Pacte de responsabilité, loi travail, déchéance de nationalité : les Français ne se sont pas reconnus dans ce que nous avons fait, et, finalement, ne nous reconnaissent plus.

Dans ce paysage politique profondément bouleversé, il serait déraisonnable de penser que nous reviendrons mécaniquement aux responsabilités. Il faudra plus que les fautes des uns ou les échecs des autres pour revenir au pouvoir. La reconquête requiert un travail collectif méthodique, humble, sérieux, et l’ambition assumée de changer la société : pour ceux qui souffrent le plus, la reconquête ne peut pas attendre.

Nous en sommes capables ! Parce que nous continuons à croire à l’actualité du message socialiste. Parce que, sur le terrain, des milliers de militants et d’élus continuent d’agir sans rien renier de nos principes communs. À celles et ceux qui ont eu le courage de rester, nous proposons de relever la tête, de viser l’horizon et de redonner l’espoir.

1. CE QUE NE DOIT PAS ÊTRE LE CONGRÈS D’AUBERVILLIERS.

Nous n’avons pas le droit ou le luxe de reproduire les figures habituelles. Évitons :
Un Congrès de « gouvernance », dans « l’entre soi », dont l’enjeu serait le choix du prochain syndic de copropriété, uniquement chargé de faire la police du bruit dans les étages du Parti. Au contraire : du bruit, il faudra en faire pour être à nouveau entendus. Et pour faire du bruit, il nous faudra être rassemblé autour d’une voix forte et claire.
Un Congrès « règlement de comptes » refaisant, dans l’indifférence des Français, le match du quinquennat. Bien sûr, nous devons tirer le bilan de l’expérience de 2012-2017. Mais à quoi bon se renvoyer la balle sur la responsabilité des uns et la faute des autres ? Cela nous ferait oublier qu’un parti vivant doit regarder en avant et pas systématiquement dans le rétroviseur.
Un Congrès « hors-sol », une juxtaposition de slogans creux et de digressions thématiques intéressantes mais sans rapport avec les vraies questions qui nous sont posées au lendemain d’une telle débâcle. Quelles réponses apporter aux enjeux économiques, sociaux, géopolitiques, régaliens, culturels qui interrogent, voire déstabilisent notre société démocratique ? Les Français ne nous jugeront dignes d’être à nouveau écoutés qu’à la condition de travailler sérieusement ces problèmes.

2. CE QUE DOIT ÊTRE LE CONGRES D’AUBERVILLIERS.

Le Congrès d’Aubervilliers doit constituer une première étape déterminante dans la reconstruction de notre unité et de nos perspectives collectives.

1. Réaffirmer la nécessité d’une voie socialiste distincte du social-libéralisme.

A l’heure où les inégalités se creusent à une échelle jamais observée dans l’Histoire, la social-démocratie se trouve comme paralysée. Alors que sa mission historique était de porter un meilleur compromis entre le capital et le travail au niveau des États-nations, elle semble y avoir renoncé depuis l’avènement de la globalisation. Pire, elle donne le sentiment de s’accommoder, voire, parfois, d’accompagner un nouvel ordre planétaire inégalitaire, individualiste, marchand.

Ce “modèle” de développement est pourtant condamné. Il détruit les solidarités et les écosystèmes. Il va même jusqu’à corrompre l’intégrité de la personne et de la conscience, sous l’emprise de la marchandisation et du consumérisme. Il est à proprement parler insoutenable.

C’est le paradoxe du moment  que nous vivons : au moment où la gauche peine, nous n’avons jamais eu autant besoin d’un socialisme républicain, antilibéral, écologiste. 

2. Assumer clairement les conséquences stratégiques qui s’imposent : opposition à la politique d’Emmanuel Macron, unité des forces de transformation de la société

Le Parti socialiste doit être sans ambiguïté dans le contexte national issu des élections. Nous sommes un parti  d’opposition et certainement pas la force supplétive d’une majorité clairement marquée à droite. 

Les six premiers mois du quinquennat (ordonnances Travail, suppression de l’ISF, flat tax sur les revenus financiers, baisse des APL, contrôle des chômeurs…) ont démontré de manière éclatante qu’on ne peut pas être socialiste « et en même temps » dans la complaisance à l’égard de Macron. Le cap a été donné, il ne changera pas. Idéologiquement, politiquement, économiquement, Emmanuel Macron est le Président des riches.

Pendant ce temps, la société civile continue d’évoluer et d’élaborer des revendications nouvelles. Ce faisant elle a produit de nouvelles formes de contestation et d’intervention dans le champ politique : la lutte pour la cause des femmes, les nouveaux comportements de consommation, la dénonciation des paradis fiscaux, la solidarité avec les migrants, la mise en accusation des pollueurs, la révolte devant l’avidité sans limites du capitalisme financier…

Ces nouvelles aspirations ont d’ailleurs été reconnues et prises en compte par la gauche. Dans les collectivités locales, les élus socialistes expérimentent et innovent. Beaucoup ont choisi les circuits courts face à la grande distribution et la malbouffe, de se battre pour faire reculer la pollution, la précarité ou la désindustrialisation, certains expérimentent le revenu de base… À leur échelle, ils contribuent déjà à la transformation écologique et sociale de la France.

Le Parti socialiste devra reconnaître et étendre ces expériences, tout en leur offrant un débouché politique à l’échelle de notre nation et du continent. C’est pourquoi sa ligne stratégique doit être celle d’un dialogue avec toutes les forces de gauche qui veulent transformer la société en profondeur. 

3. Pour renouer avec le corps central de la société

Nous considérons que la renaissance du Parti socialiste implique de renouer avec le corps central de la société, c’est-à-dire les millions d’ouvriers et d’employés qui se sont progressivement détournés de nous à partir des années 2000. Cela suppose de donner une priorité réelle dans nos programmes à des questions trop souvent esquivées ces dernières années, telles que le pouvoir d’achat des salariés ou la présence des services publics sur les territoires.

Partager les richesses

Le néolibéralisme déstructure et déshumanise, il empêche de bien travailler et sa rengaine de « l’insuffisante compétitivité » ajoute la démoralisation au stress, alors même que la productivité du travail est en France parmi les plus élevées du monde.

Les salariés attendent de nouvelles perspectives sur leur pouvoir d’achat, sur la sécurité sociale, la protection de l’emploi et la démocratie dans l’entreprise. Ils attendent aussi que nous ripostions fermement à la précarisation et l’atomisation sociale dont usent et abusent les entreprises « innovantes » et « disruptives » du monde merveilleux de l’ubérisation.

Aujourd’hui, les socialistes doivent continuer de se mobiliser contre les ordonnances Macron et la loi travail. Mais c’est aussi leur rôle de mener campagne pour l’augmentation du SMIC (au moment où le mode de calcul de celui-ci est remis en cause), de proposer une « loi islandaise » d’interdiction du moindre écart de salaire entre les hommes et les femmes.

Pour l’écosocialisme

Au risque de l’accaparement des richesses par une minuscule oligarchie, s’ajoute celui d’un désastre écologique et climatique, alors que l’on sait aujourd’hui que les engagements internationaux actuels demeurent insuffisants pour le conjurer, voire juste le limiter.

Qui ne voit, à gauche du moins, que les deux phénomènes, l’ultra-domination économique et financière des « 1% » et la catastrophe climatique, sont inextricablement liés ? L’extrême polarisation des richesses, les conditions insensées de l’exploitation du travail et des ressources naturelles, la dilatation des rapports de production et des profits dans la sphère financière : tout se tient.

Écosocialistes, nous lions le combat social et le combat écologique en renouant avec nos fondamentaux, et en renonçant à la course effrénée au profit et au productivisme, des périls mortels pour le genre humain.

Pour une relance des services publics

Enfin il n’y aura pas d’égalité sociale – et encore moins d’égalité entre les territoires – sans une relance des services publics. Nous avons laissé transformer La Poste, la SNCF, EDF, GDF, France Telecom, en entreprises sinon complètement privées, du moins complètement livrées à la concurrence.

Faut-il répéter que c’est là un pur non-sens ? Les services publics doivent fournir des services de qualité accessibles partout et à tous, ce que ne permet pas le marché. Ils nécessitent des investissements à 30 voire 50 ans. Comment pourraient-ils fonctionner correctement dans un cadre concurrentiel dont le long terme se mesure en mois ? Interrompre la marche folle à la marchandisation des services publics : voilà un axe politique majeur – et un sujet sur lequel mettre en scène la réfutation en actes des contraintes européennes.

4. Pour une Europe au service des peuples

En n’ayant pas su associer engagement européen et souveraineté démocratique, la gauche a été punie et il en a résulté une désaffection grandissante des peuples. Cette crise de confiance suppose de briser la logique austéritaire et inégalitaire de l’Europe et d’en revenir à son ambition initiale : celle d’un espace de solidarité, de prospérité et de protection pour tous.

Mais pour ce faire, nous ne pouvons plus nous payer de mots et d’incantations (« et maintenant l’Europe sociale »). Le risque d’une confrontation doit être assumé clairement, à l’avance, particulièrement pour ce qui relève de la gestion de l’euro, des politiques budgétaires, industrielles et de l’harmonisation sociale. La France doit cesser de sous-estimer sa capacité d’influence ; elle doit rompre avec l’illusion qu’on n’est « crédible » qu’en se montrant l’élève le plus docile et zélé de la classe européenne.

Notre responsabilité européenne nécessite aussi de s’opposer au règne du libre-échange intégral, sous-tendu ces dernières années par la multiplication de projets d’accords bilatéraux (CETA, Mercosur, Corée du Sud, Vietnam, Australie, Mexique…) dont les conséquences risquent d’être dévastatrices pour nos industries et notre agriculture. Les autres grands ensembles géopolitiques (USA, Chine…) veillent à leurs intérêts économiques, pourquoi l’Europe serait-elle la seule refuser de le faire ?

Enfin, comme on l’a observé à l’occasion des Panama Papers, Luxleaks et Paradise Papers, l’Europe s’est montrée faible face au pouvoir de l’argent. Certains États-membres, comme les Pays-Bas, le Luxembourg, se comportent en véritables paradis fiscaux. L’Union européenne est encore trop timide pour lutter contre la fraude. Ce n’est plus supportable. Dans ce domaine aussi, la France doit prendre l’initiative, en assumant le risque de la confrontation.

Les Français veulent se protéger et se projeter : se protéger des menaces de désindustrialisation, de précarisation, de communautarisme et de dérèglement climatique, et se projeter dans l’avenir, comme ils l’ont toujours fait jusqu’ici, en relevant les défis du monde. Entre d’un côté les partisans, au pouvoir, d’une libéralisation de tout et de tous et, de l’autre, les bonimenteurs du repli sur soi, notre Parti peut incarner cette double mission de protection et de projection. Il le peut, il le doit ; reste à le vouloir. C’est l’enjeu de ce Congrès.

5. Un parti conquérant

La lucidité impose de le reconnaître : parmi les causes de l’échec du quinquennat, il y a le rapport trop peu critique aux institutions de la Vème. L’acceptation du présidentialisme qui implique que tout soit soumis à l’exécutif, la trop grande influence de la technostructure d’État et de certains milieux d’affaire, ont nui considérablement à notre exercice du pouvoir. Dans le même temps, renonçant à son autonomie, le Parti a été volontairement inaudible.

Or le rôle du Parti socialiste, c’est d’être l’acteur vigilant de la transformation quand nous gouvernons.

Dans l’opposition, il s’engage dans des mobilisations exemplaires (et en premier lieu celle de ses élus locaux qui s’insurgent légitimement contre les premières mesures du nouveau pouvoir) et prépare la reconquête avec méthode.

Nous voulons que les militants soient les acteurs de la reconquête. Pour cela, nous proposons la tenue trimestrielle de grandes conventions, et le recours régulier au référendum militant pour trancher certaines questions essentielles. Il faudra également produire un effort réel pour apporter une forte formation aux militants.

Ensemble, réfléchissons à une nouvelle organisation qui valorise toutes les formes d’implication et d’engagement : local, bien sûr, mais aussi thématique, dans un secteur professionnel ou en entreprise.

Enfin, il faudra mettre en chantier l’élaboration d’un manifeste pour le socialisme des temps nouveaux dont l’objectif sera de confronter les fondamentaux de notre doctrine aux défis contemporains (numérique, biotechnologies, etc.) qui bouleversent l’humanité.

***
L’UNION ET L’ESPOIR !

Le Congrès d’Aubervilliers doit constituer une première étape déterminante dans la reconstruction de notre unité et de nos perspectives collectives.
En 74, un jeune premier, libéral et prétendument surdoué, parvenait à l’Élysée en incarnant l’aspiration au changement, tout en poursuivant une politique plus favorable aux rentiers qu’au monde du travail. La gauche rassemblée le battit dès la fin de son premier mandat.

En 93, le Parti socialiste perdait les trois quarts de ses députés. Par les commentateurs, il était condamné à des décennies d’opposition, voire à une disparition prochaine. Quatre ans plus tard, il dirigeait à nouveau la politique de la Nation, accomplissant la réduction du temps de travail et mettant en place la CMU.

À chaque fois, les conditions du succès furent les mêmes : l’union et l’espoir.

Certes, comme l’expérience militante nous l’a appris, l’union est un combat. Certes, l’espoir ne se décrète pas : il renaît lorsque nous dégageons l’horizon des Français et des Européens, lorsque nous refusons les fatalités qui aliènent, et lorsque nous proposons des mesures qui permettent à chacun d’entrevoir qu’une autre vie, au quotidien, est possible. L’espoir naît du droit aux bonheurs. Dans quatre ans, si elle redevient elle-même, la gauche gagnera.

À nous d’éclairer le chemin et plus nous serons nombreux, plus vite renaîtra parmi nos concitoyens l’espoir d’un monde différent.

Oui, un nouvel avenir est possible pour le Parti Socialiste et pour la Gauche !

L'ambition de gagner - avec Emmanuel Maurel

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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 12:36
Paul Klee, Roses héroïques, 1938

Paul Klee, Roses héroïques, 1938

Faudra-t-il que chaque socialiste se fasse collapsologue ? On le sait, la science de l’effondrement a le vent en poupe. Les civilisations et les sociétés sont mortelles, c’est encore plus vrai des partis. Au terme d’un quinquennat éprouvant, le paysage politique français est dévasté : seuls les indécrottables optimistes sont assurés que le Parti Socialiste y jouera un rôle demain.

Il y a en effet peu d’exemples, lointains ou récents, d’un mouvement qui se redresse rapidement après avoir subi de telles défaites. Au-delà de “l’accident industriel” de la présidentielle (6,36%), le résultat des législatives (moins de 30 sièges et à peine 2 millions de voix, soit  8 de moins qu’en 2012 et plus de deux fois moins qu’en 1993 !) témoigne de l’ampleur du désaveu.

Et chacun de pronostiquer une “SFIO-isation” du PS (un délitement lent mais irréversible), voire même une peu glorieuse “PASOK-isation” (une dégringolade rapide). Rares sont ceux qui nous assignent un rôle autre que celui de simple supplétif : destin indigne de ce que fut notre parti, indigne de ce qu’il représenta dans l’histoire de la Vème République.

Sans être des fétichistes de l’organisation, tous les adhérents et les sympathisants du PS, et ce quelles que soient leurs convictions et leurs options dans la période récente, souffrent de cette image dégradée, de cette impression d’effondrement politique.

La foi dans la survie et le redressement du PS tient donc bien du pari, au sens quasi existentiel du terme. Un pari qu’il faut relever, mais en faisant preuve d’une humilité et d’une lucidité dont nous ne sommes pas coutumiers.

Humilité donc. Il est hardi d’affirmer péremptoirement ce qu’il convient de faire. Il est peut-être un peu plus simple d’énumérer ce qui, selon nous, il faut absolument éviter.

Le déni et la stratégie de la « volvation »

Premier écueil : ne pas verser dans le relativisme, voire le simple déni. Je sais qu’il est tentant, par temps de crise, de s’adonner à ce que, dans le règne animal, les zoologistes appellent la volvation : l’action de se rouler en boule, de se recroqueviller sur soi-même pour se protéger d’un monde hostile, d’une menace.

Relativiser, c’est ce que font les camarades qui pensent que la politique, à l’instar de l’économie, est régie par des cycles plus ou moins réguliers. En vertu d’une loi quasi naturelle, ce qui a été défait hier triomphera à nouveau demain. En bref, le PS, du fait des erreurs des uns et de l’impéritie des autres, serait mécaniquement appelé à retrouver la faveur des électeurs. On sait que ce cas de figure advint : Le redressement socialiste le plus spectaculaire intervint au milieu des années 90 : quatre ans à peine séparent la Berezina de 1993 de la victoire de 97. Dès lors, il suffirait d’un bon vieux ripolinage, agrémenté de couplets solennels sur la nécessaire “refondation” pour reprendre tranquillement la route : "business as usual". Mais la nouvelle configuration du paysage électoral et l’ampleur du désenchantement démocratique rendent ce scénario peu probable.

Peu probable aussi, la survie du PS sans un débat sérieux et approfondi sur notre bilan. Je comprends que certains, pas forcément mal intentionnés, jugent opportun d’enjamber la discussion sur le quinquennat passé, qui, inévitablement, ferait apparaître entre nous de vraies divergences à un moment où nous n’en avons pas besoin. Le risque est grand en effet que la discussion se résume à une confrontation entre un paresseux “c’est la faute de François Hollande” et un contestable “c’est la responsabilité des frondeurs”. Je fais le pari que nous formons un collectif suffisamment intelligent pour ne pas en rester là.  D’autant que rien ne nous empêche  de nous livrer à une lecture critique élargie à la dernière décennie. Mais il faut le faire, et vite. Si nous mettons le débat sous le tapis, les Français ne verront pas de raison d’interrompre ce qu’ils ont commencé, c’est à dire un grand coup de balai.

Ne pas verser dans le déni, ne pas occulter la nécessité d’un retour critique sur nos années de pouvoir, dresser lucidement la liste de nos faiblesses et de nos forces, de nos handicaps et de nos atouts.

Parmi ceux-là, il y a incontestablement la puissance de notre réseau d’élus. Pour autant, je ne crois pas que le salut viendra des seuls “territoires”.  Je suis loin de partager l’analyse de Jean-Christophe Cambadelis, qui, dans un récent entretien, nous assignait comme ambition de former “une confédération d’élus locaux qui conduisent une décentralisation écologique et participative”. C’est se rassurer à bon compte que de considérer que la persistance d’un socialisme local nous prémunit de graves déconvenues. La SFIO croupissante elle-même s’enorgueillissait de cette tradition d’implantation municipale qui la rendait supposément invincible. Ce maillage territorial peut retarder la disparition du parti, mais pas enrayer un processus. Le dévouement de nos édiles, les innovations dont nous sommes légitimement fiers, tous les brevets de bonne gestion imaginables, constituent des points d’appui intéressants. Mais ils ne pourront pas se substituer à un projet global et à une organisation nationale.

De la clarté avant toute chose

Sortis essorés d’un quinquennat qui nous aura vu tourner le dos à bon nombre d’engagements, malmener certains de nos principes les plus élémentaires et, par-là, décontenancer parmi nos électeurs les plus fidèles, il nous revient, pour rebondir, de sortir d’une ambiguïté mortifère.

La campagne de la présidentielle, mais surtout celle des législatives, laissera des traces durables. Au film navrant du divorce en direct entre un candidat légitimé par des primaires et des dirigeants tourneboulés a succédé le spectacle tragi-comique d’une panique générale, d’un concours parfois peu ragoûtant de « sauve qui peut »

Le nouveau pouvoir, dans sa grande mansuétude et avec une pointe de sadisme, a certes décidé d’épargner une poignée de députés sous prétexte qu’ils faisaient montre de bonne volonté (pendant que d’autres affrontaient le suffrage universel avec les seuls poing et rose). Mais la confusion ainsi entretenue ne pouvait que décourager jusqu’à nos électeurs les plus indulgents. Confusion qui devait se prolonger lors du vote de confiance au nouveau gouvernement, au cours duquel le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, pourtant réduit à portion congrue, se divisa en trois.

On me rétorquera que c’est l’honneur des socialistes que de savoir privilégier la nuance, la pensée complexe, et de fuir le manichéisme comme la peste. Mais si le clair-obscur a fait la fortune de certains grands peintres, il ne réussit guère aux politiques dans les périodes troublées. Pour être audible, nul besoin de grosse caisse : mais il faut que le coup d’archet soit net et précis pour être perçu distinctement dans le brouhaha.

D’où l’importance du débat sur notre positionnement par rapport au nouveau pouvoir. Nous sommes pleinement dans l’opposition. Cela ne signifie pas que nous versions dans la mauvaise foi. Mais que nous soyons capable, sans barguigner, de caractériser le “macronisme”. Les premiers mois du gouvernement Philippe nous y aident, et devraient, enfin, déciller les yeux de ceux qui “attendaient pour voir” ou qui rêvaient tout haut d’un “deuxième temps social-démocrate” du quinquennat. Car derrière le récit parfois habile et l’affichage volontariste, il n’y a rien d’autre qu’une grande entreprise, celle de la normalisation libérale au service d’une minorité de possédants.

Pour une refondation idéologique

Il est banalement évident qu’un parti de gouvernement comme le nôtre ne peut en rester à la seule dénonciation du pouvoir en place, même si celle-ci est un préalable. L’élaboration de contre-propositions est indispensable, quoique compliquée pour un parti qui vient de quitter le pouvoir : les gens nous ont vus à l’œuvre !

Certes, au delà du jugement sévère qu’ils portent sur le quinquennat (et singulièrement sur les deux dernières années qui nous virent sombrer avec la déchéance de nationalité et la loi travail), ils savent que nous ne manquons ni de bons techniciens, ni de bons gestionnaires. Mais cela fait longtemps que ce qui fut notre “base sociale” ne comprend plus quelle est notre visée ultime. Or un projet se nourrit d’une vision du monde, d’une grille de lecture de la société (j’ajouterai aussi d’un vocabulaire, tant celui ci, appauvri et technocratisé à l’extrême, semble souvent déconnecté de la réalité du monde réel). Aujourd’hui, à l’instar de bien des partis frères, nous ne nous contentons souvent que d’une vague allusion au “progressisme”, mot qui ne rassure guère tant il a été galvaudé.

Peut être serait-il donc utile d’en revenir aux fondamentaux : il n’y a pas de socialisme sans contestation radicale du système économique et de l’idéologie dominante qui le sert. Situation ô combien paradoxale ! Jamais la nature morbide du capitalisme n’est apparue aussi crûment dans la lumière. Violent, destructeur, irrationnel, générateur d’inégalités. Invivable donc, pour la majorité des habitants de la planète, et pour la planète elle même. Bref “une force qui va”, certes, mais surtout un système d’accumulation sans morale, sans autre but que sa perpétuation et sa “croissance” illimitée, alimentée par une consommation délirante. Or son emprise culturelle est telle que ceux qui sont censés lui opposer une alternative, à tout le moins organiser la résistance à sa course folle (les mouvements de gauche, et donc le nôtre) paraissent de plus en plus tétanisés, comme effarés par une dynamique qu’ils ont fini par croire irrépressible.

On invoque doctement la “complexité du monde” pour légitimer nos reculs et nos renoncements, là où, justement, les grandes mutations que nous connaissons (numérique, robotisation, urgence écologique, transhumanisme, etc.) rendent plus nécessaires encore la promotion d’une doctrine fondée sur l’émancipation, l’égalité, le primat du politique, le refus de l’argent roi, la souveraineté populaire.

La social-démocratie meurt de ne rien oser. Sa pusillanimité légendaire (quand elle ne se borne pas, au nom de l’audace réformatrice, à singer purement et simplement la droite) peut passer pour de la prudence bienvenue dans ce monde violent et incertain. Faute d’affronter le “mur de l’argent” et de construire un rapport de forces social susceptible d’imposer un compromis favorable au monde du travail, le camp progressiste en est réduit, trop souvent, à promouvoir comme seul et piteux message “avec nous, c’est mieux que si c’était pire”, certes enrubanné dans une communication parfois réussie. Ce social-défaitisme, qui n’est rien d’autre que la théorisation de notre résignation, explique que nous ayons été, progressivement, abandonné par les classes populaires que nous étions censés prioritairement défendre, sans convaincre les classes moyennes qu’on confond, à tort, avec les seuls habitants des métropoles intégrées.

Condamnée à lancer de vains anathèmes contre les “populismes” qui ne se nourrissent que de ses défaillances, à dénoncer le conservatisme “sociétal” de la droite pour mieux s’en approcher sur les questions économiques, la social-démocratie s’éteindra à bas bruit si elle ne reprend pas confiance dans l’actualité de son message et la pertinence de son combat. Cela implique de remettre l’égalité au cœur de son programme. Et d’en tirer toutes les conclusions que cela implique en matière de politiques publiques.

Je n’ai évidemment pas la place ici de développer ce que pourraient être les grandes lignes d’un programme de transformation sociale dans lequel le partage des richesses, des pouvoirs et des savoirs, aurait toute sa place. Je me contenterais d’affirmer qu’en France, le socialisme sera anti-libéral et républicain ou ne sera pas. Car la visée émancipatrice ne concerne pas seulement la sphère économique : la “société de marché” s’accommode en effet fort bien des communautarismes et des différentialismes. A nous de pas renoncer à promouvoir l’idée d’un individu autonome de toutes les tutelles et de tous les clergés (d’où l’importance, par exemple, de la laïcité), dans une société régulée par le garant de l’intérêt général, l’Etat.

En finir avec la théorie des gauches irréconciliables

La plupart d’entre nous en sommes convaincus : Le redressement passera forcément, à terme, par une forme de dépassement. Il serait vain de se référer à des modèles historiques aussi prestigieux qu’anachroniques (le congrès d’Epinay en est un), mais rien n’interdit d’en méditer les logiques qui furent à l’œuvre.

S’affirmer puis se rassembler. Cela devrait être, en quelque sorte, notre viatique. Je ne crois pas utile de raisonner en terme “d’espace politique”. Nous ne sommes pas une part de marché. La question n’est donc pas tant celle de la “place” laissée entre LREM et FI que celle de notre utilité historique. Nous croyons que le socialisme est une idée neuve, c’est aussi simple que ça.

Faut il pour autant en rester à la théorie de l’équidistance, ou, dit autrement, à celle du “ni-ni” (ni Macron, ni Mélenchon) ? Je ne le crois pas. Et notre électorat non plus. Unitaire, il l’est davantage que nous, lui qui se reporte quasiment à 100% sur les candidats de la France Insoumise au deuxième tour des législatives quand ceux-là sont opposés aux candidats d’En Marche ou de LR. Car, aussi choquant que cela puisse paraître à certains, nos différences avec la France Insoumise sont de degré quand celles avec En marche sont de nature.

Rien de ce qui est à gauche ne nous est étranger, et rien de grand ne se fait dans ce pays, pour le monde du travail, sans rassemblement de la gauche.

Ben sûr, celle-ci, dont les contours sont mouvants et l’histoire équivoque, a toujours été plurielle, diverse, traversée par de sérieuses contradictions. Mais notre rôle de militant est précisément de tout faire pour rapprocher les points de vue, unifier les mots d’ordre, en vue de l’action transformatrice commune.

Contre vents et marées, contre les tentations centrifuges, les réflexes boutiquiers, les provocations verbales, nous devons toujours, inlassablement, plaider pour le rassemblement le plus large possible. C’est pourquoi, à la mortifère théorie des “gauches irréconciliables”, nous opposerons toujours la convergence des luttes. Celle-ci viendra. Le plus tôt sera le mieux.

 

A paraître prochainement dans le numéro d'octobre 2017 de la revue de l’office universitaire de recherche socialiste

Emmanuel Maurel, lors du congrès de Poitiers en juin 2015

Emmanuel Maurel, lors du congrès de Poitiers en juin 2015

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 13:59

Intervention de Gérard Filoche

Gérard Filoche intervenait le dimanche 11 septembre 2016 vers 10h00 devant les militants et sympathisants de la motion B "à gauche pour gagner !" du Parti Socialiste, lors des Journées d'été de ce courant organisées à La Rochelle. 
Il introduit la première table ronde de la matinée intitulée "pour en finir avec le chômage de masse".


Intervention de Gérard Filoche aux Journées d... par agauchepourgagner

Intervention d'Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg, candidat à la présidence de la République dans le cadre des primaires de la gauche, intervenait le dimanche 11 septembre vers 11h pour conclure la plénière intitulée "En finir avec le chômage de masse" lors des Journées d'été de la Motion B "à gauche pour gagner !" à La Rochelle.


Intervention d'Arnaud Montebourg à La Rochelle... par agauchepourgagner

Intervention de Benoît Hamon

Benoît Hamon, député PS des Yvelines, intervenait le dimanche 11 septembre 2016 vers 11h10 du matin devant les militants et sympathisants de la motion B "à gauche pour gagner !" du Parti Socialiste. 
Il introduisait la table ronde "Pour une nouvelle offensive démocratique".


Intervention de Benoît Hamon aux Journées d'été... par agauchepourgagner

Intervention de Marie-Noëlle Lienemann

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste de Paris et candidate aux primaires de la gauche pour l'élection présidentielle de 2017, intervenait, devant les militants réunis lors des Journées d'été organisées par la motion B "à gauche pour gagner !" du Parti Socialiste, pour conclure la table ronde "Pour une nouvelle offensive démocratique".


Intervention de Marie-Noëlle Lienemann aux... par agauchepourgagner

Intervention de Christian Paul

Christian Paul, député socialiste de la Nièvre et premier signataire de la motion B du PS, intervenait dimanche 11 septembre 2016, devant les militants et sympathisants de la motion "à gauche pour gagner !" pour conclure les Journées d'été organisées par ce courant du PS à La Rochelle.


Intervention de Christian Paul aux Journées d... par agauchepourgagner

Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, Christian Paul et Arnaud Montebourg, après la conclusion des Journées d'été de la motion B du PS dimanche 11 septembre à La Rochelle

Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, Christian Paul et Arnaud Montebourg, après la conclusion des Journées d'été de la motion B du PS dimanche 11 septembre à La Rochelle

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 14:17
La motion B du PS a lancé un nouvel appel le samedi 10 septembre 2016 à des primaires de toute la gauche

La motion B du PS a lancé un nouvel appel le samedi 10 septembre 2016 à des primaires de toute la gauche

La Rochelle, samedi 10 septembre 2016,

 

Seule une grande primaire de toute la gauche et des écologistes peut garantir l’espoir d’une alternative crédible et prémunir contre l’immense défaite annoncée.

Car tout l’indique désormais : si rien ne change, la gauche française sera effacée de l’élection présidentielle, absente du second tour. Nous devons briser cette fatalité. Personne ne peut ignorer que derrière notre effacement durable, viendraient la revanche de la droite ou la conquête du pouvoir par le Front National.

Sourd à nos alertes, l’exécutif persévère dans son erreur. Il est le principal responsable de la dislocation de la gauche et de l’affaiblissement sans précédent du Parti socialiste.

Ce quinquennat tant espéré a suscité une déception d’une ampleur inédite. La France, pays meurtri, a besoin d’un projet optimiste.

Partout existent des énergies, des idées, des volontés de progrès et de transformation. C’est l’idée même de rassemblement qu’il faut désormais faire vivre.

Nous, À Gauche Pour Gagner, adressons cet appel à tous, Françaises et Français, qui se reconnaissent dans nos valeurs, et à toutes les forces politiques de la gauche sans exception :

  • Nous appelons à une grande primaire citoyenne et ouverte, de toute la gauche et des écologistes, sans exclusive et sans préalable. Son organisation doit garantir une loyauté totale et une transparence que chacun pourra contrôler. Il est grand temps de la mettre au cœur du débat public.

  •  La primaire ouvre la perspective d’une alternance venue de la gauche. En France et Europe, les gauches sont confrontées à des choix historiques. Nous pouvons convaincre. Nos idées sont des antidotes aux crises économiques, sociales ou écologiques qui frappent d’abord les plus faibles. Elles sont majoritaires dans la gauche française. Aux citoyens de le confirmer. Nous ne devons pas craindre la primaire. Avec À Gauche Pour Gagner, nous la préparons en allant, par étapes, vers une candidature unique.

  • Seul un grand événement démocratique, un débat franc et fécond, peut devenir attractif pour des millions de citoyens et redonner à la gauche l’espoir qui lui fait cruellement défaut.

L’esprit de responsabilité conduira au rassemblement, pas à une unité éphémère. La primaire le rend possible. A nous de rendre ce rassemblement désirable !

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 19:22

Paris, le 23 mai 2016

Monsieur le président,

Une situation exceptionnelle exige une attitude et des actes exceptionnels.

Nous étions cinquante-six députés de gauche et écologistes à signer mercredi 11 mai 2016 un projet de motion de censure afin d’exprimer notre opposition à la loi Travail, élaborée à contre-sens de nos engagements et qui produit une profonde fracture dans notre pays.

Le Premier secrétaire de notre parti a saisi la Haute autorité éthique afin d’examiner cette situation inédite. Ainsi choisit-il de traiter devant une instance éthique un problème politique grave.

Nous sommes fondés à nous étonner de cette « judiciarisation » du débat politique. Il serait plus conforme à notre démocratie de discuter devant le prochain conseil national des raisons qui conduisent de nombreux socialistes à agir ainsi en conscience et en responsabilité.

Nos désaccords doivent être clairement exposés :

  • un projet de loi voulant réformer le code du travail provoque une tension dans la société française qui n’a pas d’équivalent depuis 1981 dans les périodes où la gauche est au pouvoir. Des mouvements sociaux se multiplient contre cette loi et s’installent dans la durée. Dans le même temps, des actes de violences inacceptables se produisent à travers le pays. Des élu(e)s socialistes ont été directement visé(e)s par des attaques que nous dénonçons fermement ;
  • un agenda politique délétère, contraire à tout bon sens stratégique, a été imposé après les défaites électorales dans la majorité des régions françaises. Il a vu se succéder un projet de réforme constitutionnelle prévoyant une mesure de déchéance de nationalité que 120 député(e)s socialistes n’ont pas votée, puis la loi Travail, qui provoque un divorce durable entre le PS et le monde des salariés ;
  • au mépris du débat parlementaire, l’outil constitutionnel le plus autoritaire, l’article 49-3, a été utilisé dès l’amorce de l’examen de la loi Travail. Jamais les socialistes ne l’avaient employé – à une seule exception – quand ils disposaient d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Nous nous étions engagés à le supprimer ;
  • un signal ferme et sans précédent à l’intention de l’exécutif est venu de toutes les gauches, sous la forme d’une motion signée par des députés de chaque formation de gauche représentée à l’Assemblée nationale.

Les choix et les méthodes marquant cette période d’exercice du pouvoir nourrissent au sein du Parti socialiste une ambiance explosive et une démoralisation collective, qui servent les intérêts de nos seuls adversaires, à droite comme à l’extrême-droite, tournés vers l’horizon 2017.

L’un des motifs de votre saisine évoque la possibilité d’un vote mêlant les voix de droite et de gauche. Nos intentions et toutes nos déclarations indiquent le contraire et notre hostilité à une « majorité de circonstances ». Les dirigeants de la droite avaient eux-mêmes déclaré qu’ils ne voteraient pas cette motion. Sans doute aurait-il fallu une égale vigilance quand se préparait, avec Nicolas Sarkozy, un vote convergent sur la réforme constitutionnelle et la déchéance de nationalité.

* * *

Mais par respect pour la Haute autorité que vous présidez, nous entendons, au nom de l’éthique, vous apporter également les éléments suivants, qui éclairent une situation sans précédent dans notre parti.

À la vue des événements récents, nous ne doutons pas que l’éthique soit de notre côté.

  • Interpellés, nous répondons d’abord par l’éthique de conviction.

Rien dans les choix socialistes, dans nos programmes récents ou notre histoire au XXème siècle, rien dans nos engagements présents ou dans l'ensemble des motions du congrès de Poitiers ne vient étayer ce projet de loi dans ses aspects contestables. Bien au contraire. Ainsi, la motion A, signée par le Premier secrétaire et tous les ministres, comportait un passage explicite : « Il faut rétablir la hiérarchie des normes : la loi est plus forte que l’accord collectif et lui-même s’impose au contrat de travail »… L’éthique de conviction s’oppose à ce que la gauche se livre au double langage, l’un dans l’opposition, l’autre au pouvoir ; l’un dans les congrès, l’autre dans l’action. De ces grands écarts, nait l’immense défiance dont nous sommes désormais la cible.

  • Il en va aussi de l’éthique de discussion et de décision.

Rappelons que la direction du Parti socialiste a toujours refusé qu'une position précise sur la loi « Travail » soit exprimée et votée par le Bureau national, alors même que nous l'avions demandée à maintes occasions. Au vu du long débat conduit en Bureau national en présence de la ministre du Travail, on peut penser que seule une minorité y était favorable. C’est probablement pour cela qu’aucun vote majoritaire n’y fut sollicité. Aussi, nous n'étions donc engagé(e)s par aucune décision de notre parti sur les aspects régressifs de ce projet de loi : inversion de la hiérarchie des normes du droit du travail, facilitation des licenciements, rémunérations des heures supplémentaires, etc.

Devant le groupe SRC, un vote émis le 10 mai sans être annoncé a réuni moins d’un tiers de l’effectif total du groupe.

Mais partout dans nos fédérations, des voix s’élèvent demandant le retrait ou de profondes modifications du texte.

  • Enfin, nous revendiquons fermement notre éthique de responsabilité.

Depuis de nombreux mois, les virages idéologiques sans préavis divisent la majorité, et fracturent la gauche. Le Premier ministre théorise pour la gauche politique comme pour le monde syndical ces fractures soi-disant irrémédiables. Comment faire barrage à la droite et reconstruire notre parti dévitalisé, si nous n’endiguons pas ces dérives qui poussent au schisme ?

* * *

Nous assumons notre démarche. Nous ne nous inscrivons en rien dans un processus de surenchère ou de séparation, mais resterons fermes quant à notre refus de voir adopter une loi de dérégulation du marché du travail. Nous sommes, aujourd'hui comme hier, disponibles pour un dialogue constructif et force de propositions.

Nous ne cachons pas que l’état du Parti socialiste nous inquiète et nous navre. « C’est assez dire que pour notre part, nous ne voulons plus nous contenter d’assister à la politique des autres. Au piétinement des autres. Aux combinaisons des autres. Aux rafistolages de consciences des autres ou à la casuistique des autres », écrivait Aimé Césaire, dans sa « Lettre à Maurice Thorez », en 1956. Il exprimait alors ce que nous ressentons ces jours-ci.

Par cette réponse à vos interrogations, nous entendions porter à l’attention du plus grand nombre les motifs qui nous animent et ainsi prendre date sans complaisance.

Veuillez recevoir, monsieur le président, l’assurance de nos sentiments cordiaux et fidèles.

Laurent Baumel - Député d'Indre-et-Loire

Jean-Pierre Blazy - Député du Val-d'Oise

Fanelie Carrey-Conte - Députée de Paris

Dominique Chauvel - Députée de Seine-Maritime

Pascal Cherki - Député de Paris

Aurélie Filippetti - Députée de Moselle

Geneviève Gaillard - Députée des Deux-Sèvres

Linda Gourjade - Députée du Tarn

Benoît Hamon - Député des Yvelines

Mathieu Hanotin - Député de Seine-Saint-Denis

Serge Janquin - Député du Pas-de-Calais

Romain Joron - Député de la Somme

Régis Juanico - Député de la Loire

Laurent Kalinowski - Député de Moselle

Christophe Leonard - Député des Ardennes

Christian Paul - Député de la Nièvre

Michel Pouzol - Député de l'Essonne

Patrice Prat - Député du Gard

Barbara Romagnan - Députée du Doubs

Gérard Sebaoun - Député du Val-d'Oise

Suzanne Tallard - Députée de Charente-Maritime

Paola Zanetti - Députée de Moselle  

Réponse des députés socialistes à la Haute Autorité éthique du Parti Socialiste
Réponse des députés socialistes à la Haute Autorité éthique du Parti Socialiste

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