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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 15:51
par Reinaldo Dos Santos, militants socialistes parisiens
mardi 9 novembre 2010 - article publié sur Facebook

Je n'utilise jamais cette fonction de Facebook, n'étant pas un blogueur, mais j'ai besoin de plus de caractères que ne permet décemment un statut pour m'exprimer sur un sujet qui, j'avoue, me désarçonne un peu.

Je n'ai jamais été un fervent partisan des consensus mous, qui forceraient l'un ou l'autre à accepter un texte qui heurterait profondément ses convictions. Mais là, je ne comprends pas, ou alors j'ai peur de comprendre. « Réalistes » de tous poils ont décidé que le texte préparatoire de cette convention méritait un lynchage public. Dans un premier temps, je m'en suis léché les babines, me disant "dis donc, vu comment ils fulminent, ça doit être une grosse prise de pouvoir des radicaux sur la préparation du projet!", et me suis donc jeté sur la version la plus récente disponible. Et là, cruelle désillusion. Non pas que le texte soit mauvais - il est même très à mon goût - mais j'avoue que je le trouve tout à fait conforme à la commande passée: un texte de préparation du programme présidentiel, sur lequel l'ensemble des socialistes seraient en mesure de se retrouver.

Alors pourquoi de tels cris d'orfraie? Les critiques accusent ce texte d’être « un gros chèque en blanc », d’être un « catalogue », ou encore de ressembler à « la hotte du Père Noël ». Deux réflexions s’imposent immédiatement.

La première, très naïvement, est peut-être que je n’avais pas compris à quoi servaient ces conventions. Puisque de toute façon il n’y a que le projet présidentiel qui engagera le parti et son candidat, il me semblait bien que ces conventions avaient un but prospectif, de façon à renouer avec les forces vives de la gauche tout en commençant à répertorier les chantiers qui nous attendront une fois au pouvoir. Et que par conséquent il s’agissait plus de lister ces chantiers, la hiérarchisation de ces propositions ainsi que leur évaluation financière venant avec la préparation du projet. En clair, les conventions c’est « voici ce que nous considérons comme juste de faire », et le projet et la campagne c’est « voici ce que nous jugeons possible de faire ». Mais peut-être est-ce moi qui ai mal compris, et dans ce cas je prie une âme charitable de m’expliquer avec des mots simples à quoi va servir la préparation du projet, voire à quoi auront servi ces conventions…

La deuxième réflexion, qui est plus un constat, c’est cette terreur des « promesses inconsidérées ». Je suis abasourdi par la timidité de certains de nos dirigeants et camarades, dont le leitmotiv pourrait être « je crois que ça va pas être possible ». Mais il s’agit peut-être ici aussi d’un désaccord d’analyse.

Que demande au PS l’électorat de gauche ? D’être crédible ? Personne ne doute que nous le sommes, hormis la droite qui en a fait son argument ultime et désespéré. Si l’électorat de gauche doutait de notre crédibilité à gouverner, nous ne dirigerions pas la majorité des collectivités territoriales de France. Ce que nos électeurs attendent de nous, c’est une espérance. Qu’on les fasse un peu rêver, quoi ! Nombre d’amis, de parents, de relations de cette gauche pas forcément socialiste m’ont déjà dit « Mais oui, on sait qu’on devra voter pour vous, mais donnez-nous juste envie de le faire, que ça soit moins douloureux ! ». Ces voix qui nous ont manqué par le passé, elles ne demandent que ça : de l’audace !

J’en viens donc à la crainte qui demeure, la crainte de penser qu’au fond, il n’y a pas de désaccord, même pas sur la méthode, mais juste un concours d’opportunités : se démarquer de ce texte, c’est à la fois tenter une OPA sur « l’électorat réaliste », savonner la planche d’Aubry sans pour autant s’en prendre directement à elle (n’insultons pas l’avenir…), et se payer « Hamon le gauchiste qui ferait mieux de rejoindre son pote Mélenchon et nous laisser entre gens responsables ». Là encore, deux interrogations me taraudent.

Tout d’abord, qu’on ne s’aime pas d’un bout à l’autre du Parti Socialiste, ce n’est pas un scoop, et ce n’est même pas une nouveauté historique. Mais de la même façon que j’apprécie toujours peu le comportement de certains camarades de courant qui se roulent par terre en hurlant au libéralisme dès qu’on parle de Valls, Moscovici ou DSK, tirer à boulets rouges sur un texte qui est la résultante d’un travail collectif de toutes les sensibilités du parti simplement parce que le rapporteur s’appelle Benoît Hamon est soit consternant, soit beaucoup trop flatteur. Consternant s’il s’agit juste de se payer l’ami juré à peu de frais. Et beaucoup trop flatteur s’ils craignent que nous ayons réussi à laver le cerveau de tous les dirigeants de ce parti, par le simple fait de tenir la plume…

Enfin, il m’est arrivé plus d’une fois en lisant les textes des conventions précédentes de me dire que je n’étais pas d’accord avec tel ou tel sous-point, ou que telle ou telle proposition me paraissait bien en deçà des besoins du moment. Et j’aurais pu dégommer le texte sur la simple base de ce sentiment, sans pour autant en ressentir une quelconque culpabilité. Mais à chaque fois, nous avons fait le choix de la responsabilité. En étant responsable pour deux, en choisissant de ne pas abîmer la volonté de travail collectif si ce n’était pour une bonne raison (cf l’épisode des annuités de cotisation), nous avons, à mon sens, contribué au redressement du Parti Socialiste depuis 2 ans. Je trouve dommage que d’autres aient choisi, à l’approche des primaires, d’être irresponsables pour deux…

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