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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 08:23

B.-Giblin.pngLibération - 26 avril 2012 - par BÉATRICE GIBLIN, Géographe, Institut français de géopolitique, Université Paris-8 "Vincennes à Saint-Denis", et directrice de la revue Hérodote

Le score élevé de Marine Le Pen, 17,9%, a surpris une fois encore. En termes de voix, la progression du FN est impressionnante compte tenu d’un taux de participation plus élevé : Marine Le Pen a rassemblé 6,5 millions de voix contre 4,8 millions pour son père en 2002. Rappelons que Jean-Marie Le Pen avait obtenu 4,3 millions de voix en 1988, 4,5 millions en 1995 et même 5,5 millions avec les voix du dissident Mégret. Précisons aussi qu’en dix ans le nombre des électeurs inscrits est passé de 41 à 46 millions.

Habilement, les thèmes choisis cette fois pour la campagne étaient centrés autant sur les questions économiques et sociales (chômage, pouvoir d’achat, délocalisation, mondialisation) que sur celles de l’insécurité et de l’immigration. Avec, pour ce dernier thème, un nouvel angle d’attaque qui fait mouche: la menace que ferait peser l’immigration musulmane sur les valeurs de la nation. Dénonçant les prières dans la rue et la viande halal dans les cantines, Marine Le Pen s’est emparée à sa manière de la défense de la laïcité au grand dam des militants de cette noble cause, masquant ainsi le thème de l’identité nationale.

Ces thèmes ont convaincu nombre d’électeurs : les fidèles, les revenants floués par la politique sarkozyste et les nouveaux - jeunes pour la plupart, voire pour certains diplômés mais sans emploi. Peut-on penser que ce score historique est surtout lié à la crise économique en Europe, ce qui alimente son rejet ? Sauf en Ile-de-France, où les scores de Marine Le Pen sont en recul ou stables, les zones de force restent les mêmes : les régions du Midi méditerranéen, Rhône-Alpes, le Nord et l’Est (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Champagne-Ardenne, Alsace-Lorraine). Mais, et ce n’est pas rien, les scores sont partout à la hausse : Marine Le Pen obtient plus de 20% dans 43 départements contre 25 en 2002.

Le Gard, seul département où Marine Le Pen arrive en tête, est déjà une zone de force dans les années 80. La division de la droite libérale avait facilité son émergence et, pour gagner la région en 1986, cette même droite n’avait pas hésité à faire élire son président avec les voix du FN. A la présidentielle de 1988, Jean-Marie Le Pen frôle les 20% de suffrages exprimés, il en est de même en 1995. En 1998, Jacques Blanc, président du conseil régional, fait alliance avec le FN pour garder la région. En 2002, avec 22,2% des suffrages exprimés, Jean-Marie Le Pen est en tête dans la région et obtient 25% au second tour (moyenne nationale 18), comme sa fille au premier tour de 2012. Beaucaire et Saint-Gilles, où Marine Le Pen obtient 35% des voix, en accordaient déjà plus de 30% à son père en 2002. Où l’on voit que ces alliances pourraient se reproduire aux législatives 2012.

A Marseille, un des premiers bastions du vote FN, Marine Le Pen recueille 21,2% mais le FN ne progresse plus. Le Pen y obtenait 27% des voix en 2002, (il est vrai avec une abstention de près de 50%, contre 22% cette année). Dans les quartiers Nord (XIIIe et XIVe arrondissements), Marine Le Pen améliore logiquement les scores de son père de 2007, (voix siphonnées par Nicolas Sarkozy) mais c’est aussi dans ces arrondissements que Jean-Luc Mélenchon réalise une très forte percée.

Autre zone de force ancienne, la Picardie, où la désindustrialisation en milieu rural (37% de l’industrie est localisée dans des communes de moins de 5 000 habitants, textile, petite métallurgie), a engendré, dès les années 90, un sentiment d’abandon (départements de la Somme et de l’Aisne) auquel s’est ajoutée surtout dans l’Oise la montée de l’insécurité. C’est aussi dans ce département qu’eut lieu à Creil, en 1989, la première affaire de foulards islamiques dans un collège.

La pénurie de logements sociaux en Ile-de-France et le prix du foncier ont poussé des familles aux revenus modestes à venir en Picardie (Oise : 50 000 migrants pendulaires ; Aisne : 8 000). En 2012, Marine Le Pen améliore nettement les scores de son père en nombre de voix, l’abstention étant cette fois beaucoup plus faible. Mais en pourcentage, les scores de Jean-Marie Le Pen dépassaient déjà les 20% en 2002 dans l’Oise.

Doit-on encore qualifier ce vote de protestataire ou de colère quand il est ancré sur les mêmes territoires depuis quinze ans voire plus ?

Quant à la forte progression des scores de Marine Le Pen dans l’Ouest surtout rural, elle est remarquable. Il est vrai qu’elle a fait de la défense des agriculteurs un de ses thèmes de campagne, mais est-ce suffisant pour l’expliquer ? Les difficultés économiques et la crainte du chômage, pour soi-même ou ses enfants, dans des zones où le marché de l’emploi est étroit, sont un contexte favorable pour que les discours tenus par Marine Le Pen trouvent un écho. En effet, les délocalisations menacent l’emploi, la main-d’œuvre étrangère abondante tire les salaires vers le bas. Enfin, le retrait de l’Etat pour raison de restrictions budgétaires met en péril les services publics. En d’autres termes, dans ces campagnes périurbaines se développe là aussi le sentiment d’abandon.

C’est ce même sentiment de menace et d’abandon que l’on retrouve dans le vote d’extrême droite de nombre pays européens. La faible croissance économique des pays de l’Union européenne, surtout comparée à celles des grands pays émergents, suscite l’inquiétude d’un déclassement plus ou moins proche de ces pays qui seraient dépassés par d’autres, autrefois colonisés et/ou sous-développés. Face à cela, on accorde foi aux discours qui parlent de frontières pour se protéger des autres et du monde en se repliant sur son territoire. La défense de la Nation et de ses valeurs fait alors de l’étranger, surtout s’il est musulman, une menace interne et un bouc émissaire. Selon les partisans d’extrême droite, face à cette supposée menace que ferait peser l’immigration musulmane sur la Nation chrétienne occidentale, celle-ci doit être protégée. Il est plus que temps de reparler de l’Europe comme d’un grand projet géopolitique audacieux.

Vient de paraître : «L’extrême droite en Europe», revue Hérodote.

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 13:00
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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 19:06

27 Juin 1972 : la signature du Programme commun de gouvernement

© Coll. FJJ-CAS. L’Unité, hebdomadaire du Parti socialiste : n°262 des 17-22 septembre 1977.

 

Retour sur le colloque « L’union sans l’unité. Le Programme commun de la gauche, 1963-1978 », organisé par les Archives départementales de Seine-Saint-Denis, la Fondation Jean-Jaurès et l’Office universitaire de recherche socialiste, avec le soutien de la Fondation Gabriel Péri.

Malgré l’échec du PS et du PCF aux législatives de mars 1978, le Programme commun de gouvernement, accord politique signé le 27 juin 1972 entre le Parti socialiste et le Parti communiste, puis par les Radicaux de gauche.Rompu en septembre 1977 joua un rôle important pour la victoire de la gauche aux élections du printemps 1981.

Voir le Programme commun en images

 

27 juin 1972 : la signature du Programme commun de gouvernement entre le Parti communiste français et le Parti socialiste, bientôt rejoints par le Mouvement des Radicaux de gauche, est un événement majeur de l’histoire de la gauche de la fin du XXe siècle. Aboutissement d’une démarche de rapprochement entamée au début des années 1960 (fin de la guerre d’Algérie, déstalinisation, front social contre le gaullisme, refus de la révision constitutionnelle de 1962), ce programme commun est durant six ans à la fois la carte d’identité de la gauche, un engagement passé avec le peuple, un slogan, et une promesse de changement démocratique. Il est aussi un objet de débats à gauche : certains socialistes en rejettent la logique et quittent le PS, tandis que côté communiste d’autres doutent que cette stratégie soit gagnante pour leur parti. Il alimente également la polémique avec la droite qui en dénonce la logique « collectiviste », stalinienne, rétrograde. Il marque l’apogée du clivage droite-gauche.

Au-delà des points de convergences idéologiques et des concessions entre les deux frères ennemis (sur la démocratie, le pluralisme, l’alternance, le cadre européen), et de l’engagement de gouverner ensemble, le Programme commun de gouvernement est aussi un pari pour chacun des signataires, chacun comptant sur la dynamique créée pour se renforcer. En mai 1974, François Mitterrand, candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle, frôle la victoire. Cependant, la campagne électorale et son score démontrent que celle-ci est possible sinon probable lors des prochaines échéances. Cette dynamique est confirmée à l’occasion d’élections législatives partielles fin 1974 qui profitent largement au PS, et, en octobre, avec les Assises du socialisme qui achèvent le rassemblement de l’essentiel des courants de la gauche non communiste. La question de l’actualisation du texte ratifié en 1972 est dès lors posée régulièrement par le PCF arguant de sa « fidélité » aux objectifs de changement contenus dans le texte, tandis que le PS « unitaire pour deux », remporte des succès aux cantonales et municipales de 1977. Avec près de 30 % des suffrages, le PS est désormais le premier parti de la gauche. Un an plus tard, la « réactualisation » du programme commun est un échec, chacun des partenaires en rejetant la responsabilité sur l’autre.

Intégralité des débats de la convention nationale sur les rapports PS-PC :

Où consulter les archives sur le Programme commun ?

L’initiative du colloque « L’union sans l’unité… » résulte d’un double constat : celui du besoin de renouvellement des travaux scientifiques consacrés à l’union de la gauche et au programme commun, et celui de l’ouverture à la consultation des différentes sources archivistiques concernées, notamment les archives du Parti communiste français, déposées et consultables aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, et celles du Parti socialiste SFIO et du Parti socialiste, déposées et consultables à la Fondation Jean-Jaurès et à l’OURS.

  • Le Centre d’archives socialistes conserve plusieurs fonds du Parti socialiste consacrés entièrement ou pour partie au Programme commun et à l’union de la gauche :
    • fonds 2 RE : archives du secrétariat aux Relations extérieures de la SFIO, puis du Parti socialiste (1964-1981).
    • fonds 1 PS : archives du premier secrétariat, période François Mitterrand 1971-1981 : dossiers de Lionel Jospin sur les relations PS-PCF (1974-1977).
    • fonds 12 EF : dossiers d’Ernest Cazelles pour Pierre Mauroy sur les fédérations socialistes : relations locales entre socialistes et communistes avant et après des élections, accords électoraux dans le cadre du Programme commun et de l’union de la gauche (1958-1979).
    • fonds 13 EF : dossiers des secrétariats nationaux Élections et Fédérations sur les fédérations socialistes : relations locales entre socialistes et communistes avant et après les élections, accords électoraux dans le cadre du Programme commun et de l’union de la gauche (1971-années 1980).
    • fonds Robert Pontillon : dossiers sur l’union de la gauche et le Programme commun (années 1960-1970).
  • Archives départementales de Seine-Saint-Denis :
    18, avenue du Président Salvador-Allende 93006 Bobigny Cedex
    01 43 93 97 00
    Depuis 2003, les Archives départementales de Seine-Saint-Denis conservent les archives historiques du Parti communiste français, suite à une convention passée entre le PCF, le ministère de la Culture et le Conseil général de Seine-Saint-Denis pour le classement de ces archives comme patrimoine national. Les Archives départementales ont également reçu des fonds privés de dirigeants communistes, dont celui de Georges Marchais, et des archives issues du quotidien l’Humanité, fondé par le socialiste Jean Jaurès en 1904 et qui depuis la création du Parti communiste en décembre 1920, est l’organe de presse du PCF.
  • Office universitaire de recherche socialiste :
    12 cité Malesherbes 75009 Paris
    01 45 55 08 60
    L’OURS conserve plusieurs fonds privés de responsables socialistes, qui, au niveau national mais aussi local, ont participé à la construction de l’union de la gauche dans les soixante et soixante-dix, notamment les archives de Guy Mollet et de Claude Fuzier.
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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:29
© Coll. FJJ-CAS

 

A l'occasion du soixantième anniversaire de la mort de Léon Blum, la Fondation vous a préparé un dossier avec des documents inédits.

Né le 8 avril 1872 et décédé le 30 mars 1950 dans sa maison de Jouy-en-Josas, Léon Blum reste dans l’histoire politique française, et même au-delà, comme l’un des plus grands hommes d’Etat du XXe siècle, et ce malgré l’échec de son gouvernement de Front populaire. Considéré par la presse américaine en 1936 comme le concepteur d’un « French New Deal », soutenu par Franklin D. Roosevelt après la défaite de 1940, le New York Times publia dans son édition du 9 avril 1942 l’article « Pour Léon Blum », au moment où le régime de Vichy le condamnait au procès de Riom : Article NYT (pdf - 54,38 ko) . La Fondation lui rend hommage à travers ce dossier thématique, qui rappelle que Blum, comme Jaurès, fait partie du « Panthéon» socialiste, notamment par son analyse des enjeux du congrès de Tours en décembre 1920, et par les grandes mesures sociales du Front populaire en 1936.

Entré en politique lors de l’affaire Dreyfus, il rejoint le mouvement socialiste après sa rencontre en 1897 avec Jean Jaurès, avec qui il lancera le journal L’Humanité. Conseiller d’Etat, mais aussi critique littéraire lié aux milieux intellectuels de son époque, il devient en août 1914 chef de cabinet de Marcel Sembat, ministre des Travaux publics dans le gouvernement d’Union sacrée de René Viviani. Ce n’est qu’en 1919 qu’il se consacre entièrement à la politique : élu député de la Seine lors des législatives consécutives à la Première Guerre mondiale, il quitte définitivement ses fonctions au Conseil d’Etat et intègre les instances dirigeantes de la SFIO (il sera ensuite député de l’Aude de 1929 à 1940). Léon Blum sera l’homme-clé du 18e congrès socialiste à Tours en décembre 1920, qui provoque une des premières et plus fondamentales scissions de la gauche française : refusant l’adhésion aux 21 conditions énoncées par Lénine pour rejoindre la IIIe Internationale (Internationale communiste, ou Komintern, fondée à Moscou par le mouvement bolchevique en rupture avec la IIe Internationale socialiste), adhésion qui entraînerait la création d’un parti communiste en France, Blum prononce un célèbre discours dans lequel il dénonce la conception communiste de la dictature du prolétariat et les dangers d’un système militant antidémocratique car soumis à un « régime de centralisation » et de « subordination » à un pouvoir apparenté à un « commandement militaire ». Mais une majorité de délégués part fonder la Section française de l’Internationale communiste (SFIC), qui deviendra plus tard le Parti communiste français ; Léon Blum, minoritaire, choisit de maintenir la « vieille maison » de la SFIO.

Blum reste essentiellement dans les mémoires pour la victoire électorale du Front populaire aux législatives de mai 1936, période marquée par la crise économique consécutive au krach boursier de 1929, et par la montée des fascismes en Europe. Nommé président du Conseil par Albert Lebrun le 4 juin, il a remporté ces élections grâce à une coalition nommée « Rassemblement populaire », formée après les émeutes de février 1934 à Paris, et qui réunit le PCF dirigé par Maurice Thorez, la SFIO, et le Parti radical-socialiste d’Edouard Herriot. Une majorité de Front populaire est élue à la Chambre des députés, dont 147 députés SFIO, ce qui conduit Léon Blum à former un gouvernement à prédominance socialiste. Confronté dès son entrée en fonction à une importante vague de grèves qui accompagnent un large mouvement de revendications sociales, le gouvernement de Léon Blum engage un plan de mesures-phares qui resteront dans la mémoire collective des Français : accords Matignon signés avec la CGT le 7 juin (hausse des salaires, création des conventions collectives), instauration des deux semaines de congés payés (avec le lancement par le ministre Léo Lagrange des billets de train à tarif réduit, qui existent toujours aujourd’hui), réduction du temps de travail à 40 heures, mais aussi plan de nationalisations, qui voit la création de la SNCF en 1938. Les deux millions de grévistes de mai-juin 1936 – qui, pour la première fois, occupent leurs usines et lieux de travail -, ont également laissé le souvenir d’une période festive qui célèbre la victoire électorale de la gauche, ce qui fait dire alors à Marceau Pivert, qui représente l’aile gauche de la SFIO, que « tout est possible, cela dépend de nous ».

Outre ce slogan, repris par les socialistes en 1972 à l’occasion de la signature du Programme commun de gouvernement avec le PCF et le MRG (puis, en partie, lors de l’élection présidentielle de 2007), le Front populaire a également laissé en héritage « la force tranquille », formule utilisée pour la première fois par Léon Blum dans son tout premier discours de président du Conseil, diffusé par la radio le 5 juin 1936 : « Le gouvernement de Front populaire est constitué. […] La victoire des 26 avril et 3 mai reçoit aujourd’hui sa pleine consécration. Un grand avenir s’ouvre devant la démocratie française. Je l’adjure, comme le chef du gouvernement, de s’y engager avec cette force tranquille qui est la garantie de victoires nouvelles ». Mais cette victoire sera de courte durée : le gouvernement Blum ne parvient pas à une baisse significative du chômage, ni à la relance de la production et de la consommation. Le franc est dévalué en octobre 1936, et la droite se déchaîne contre lui, tandis que le PCF ne le soutient plus ; le gouvernement démissionne le 21 juin 1937. Un second cabinet Blum est constitué en mars-avril 1938 à la demande du président Lebrun, mais il démissionne, empêché par le Sénat d’obtenir les pleins pouvoirs financiers pour lancer un grand programme de réformes.

Haïe par les forces conservatrices, la figure de Blum fait l’objet de calomnies et de caricatures violemment antisémites dans la presse d’extrême droite, qui le désignera en 1940 comme l’un des principaux responsables de la défaite du pays face à l’invasion allemande. Il est l’un des 80 parlementaires socialistes qui votent le 10 juillet 1940 contre l’attribution des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Réfugié en Haute-Garonne, le président Roosevelt lui propose de partir aux Etats-Unis, mais Léon Blum est arrêté en septembre 1940 et interné avec d’autres socialistes au château de Bourassol, pour être traduit devant la Cour suprême de justice créée par le régime de Vichy. Son procès, et celui d’autres responsables politiques dont le radical Edouard Daladier, se déroule à Riom dans le Puy-de-Dôme entre février et avril 1942, avec comme seul objectif par Vichy de condamner les responsables politiques et les institutions de la IIIe République. Mais devant les plaidoiries de Blum et de Daladier, qui démontent point par point les charges, les autorités allemandes demandent l’ajournement du procès. En mars 1943, Léon Blum est déporté près de Buchenwald ; il est enfermé dans une maison qui n’est qu’à quelques centaines de mètres du camp.

Libéré en mai 1945 par l’armée américaine, il regagne la France, où il reprend la publication de ses articles dans Le Populaire, le journal de la SFIO dont il sera le directeur politique jusqu’à sa mort. Même s’il refuse d’être ministre dans le gouvernement provisoire du général de Gaulle, c’est lui qui négocie les accords Blum-Byrnes en 1946 pour l’effacement des dettes de guerre de la France envers les Etats-Unis. Il dirigera entre décembre 1946 et janvier 1947 le tout dernier gouvernement provisoire avant l’instauration de la IVe République, cabinet uniquement formé de ministres socialistes.

Retiré dans sa propriété de Jouy-en-Josas, dans les Yvelines, Léon Blum meurt le 30 mars 1950.

Les socialistes lui ont rendu hommage à de nombreuses reprises depuis sa disparition, notamment lors des commémorations en 1986 et 2006 du Front populaire, mais aussi en 1981, après la victoire de la gauche à la présidentielle et aux législatives.

Le 4 juin 1981, Pierre Mauroy, nommé Premier ministre par François Mitterrand, vient déposer une gerbe sur la tombe de Léon Blum au cimetière de Jouy-en-Josas. Les journaux de l’époque rapportent ses déclarations : « Il s’agit de poursuivre aujourd’hui au nom de la justice et de la raison, pour assurer réellement la dignité de l’homme, l’œuvre dont Léon Blum en 1936 a écrit les premières pages. Ce rendez-vous est donc tout à la fois

celui de notre fidélité, celui de notre détermination, celui de notre espoir ». Les législatives des 14 et 21 juin 1981 voient la gauche remporter la majorité absolue des 450 sièges à l’Assemblée nationale, dont 285 pour le seul Parti socialiste.

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 11:52
"Discours sur le colonialisme", par Xavier Ternisien
LE MONDE | 19.07.08 | 15h18  •  Mis à jour le 19.07.08 | 15h18

ontrairement à ce que le titre peut suggérer, le Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire (1913-2008) n'a jamais été prononcé à une tribune. Elu en 1945 maire de Fort-de-France et député, sous l'étiquette communiste, le poète a profité de ce texte pour exprimer tout ce qu'il ne parvenait pas à dire devant ses collègues de l'Assemblée nationale. La revue Réclame, plutôt de droite, lui avait commandé une contribution sur la colonisation, qu'elle espérait plutôt positive. Césaire a pris le contre-pied de cette demande. Il devait expliquer par la suite qu'il avait rédigé le Discours "comme un pamphlet et un peu comme un article de provocation".
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Lorsque Césaire écrit le Discours (réédité par Présence africaine en 2000), il est déjà reconnu comme "un grand poète noir" et bénéficie du soutien d'André Breton et de Jean-Paul Sartre. Ses interventions à l'Assemblée nationale sont remarquées. Le député condamne les guerres coloniales menées par la France en Indochine et dans plusieurs territoires de l'Union française. La presse salue son talent oratoire, mais il se fait traiter d'"insulteur de la patrie" par les députés de droite.

Le texte de Césaire, paru en juin 1950, se présente comme un réquisitoire, un procès fait à l'Europe coloniale. "L'Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l'histoire", assène l'auteur. Il fait le procès du continent européen au nom de ses propres principes. Au nom de la raison, des Lumières, des droits de l'homme que l'Occident prétend incarner. Devant ce tribunal, "l'Europe est moralement, spirituellement indéfendable". L'aboutissement de cet "ensauvagement du continent", de cette barbarie, a été le nazisme, "la barbarie suprême, celle qui couronne, qui résume la quotidienneté des barbaries". Pour Césaire, ce nazisme dont l'Europe vient à peine de sortir est l'héritier du "très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois" des XIXe et XXe siècles. L'écrivain martiniquais cite à l'appui de sa démonstration les textes les plus contestables de Renan sur les "races supérieures". Pour lui, Bugeaud et la conquête de l'Algérie sont en germe dans Renan.

La mise en parallèle du colonialisme et du nazisme a souvent été reprochée à Césaire. En 1994, le député (UDF) Alain Griotteray s'étonnait, à la tribune de l'Assemblée nationale, qu'une "oeuvre aussi résolument politique, osant comparer nazisme et colonialisme, soit inscrite au programme de français des terminales". L'année suivante, le ministre de l'éducation de l'époque, François Bayrou, le retirait des programmes.

Au moment où Césaire rédige le Discours, la comparaison des totalitarismes et des comportements autoritaires avec le nazisme est monnaie courante. C'est l'époque où les députés communistes accueillent le ministre de l'intérieur Jules Moch à l'Assemblée aux cris de "Heil Hitler !". 20 ans plus tard, ce sont les CRS qui seront qualifiés de "SS" par les étudiants...

Mais le Discours sur le colonialisme n'est pas seulement un pamphlet. C'est un texte poétique, rédigé dans une prose scandée, rythmée. Césaire retrouve la verve satirique et outrancière de Léon Bloy lorsqu'il dénonce tous les "chiens de garde du colonialisme", les "macrotteurs politiciens lèche-chèques", les "académiciens goitreux endollardés de sottises", les "ethnographes métaphysiciens et dogonneux". Les "cochons", que vomissait Bloy à longueur de pages, sont ici les intellectuels et les hommes politiques convaincus de la supériorité de la race blanche "dolicho-blonde", les Renan, Jules Romains, Roger Caillois, "Bidault avec son air d'hostie conchiée"... Le Discours se termine par un plaidoyer pour que l'Europe défende les peuples et les cultures, en particulier les cultures moribondes. On trouve là des accents que ne renierait pas Jacques Chirac, promoteur du Musée des arts premiers et de sa Fondation pour le dialogue des cultures.

Rapidement, le Discours va devenir "le bréviaire de tous les militants anticolonialistes en lutte contre la domination européenne", comme le soulignent Roger Toumson et Simone Henry-Valmore, dans leur biographie, Aimé Césaire, le nègre inconsolé (Vents d'ailleurs). Malgré cette postérité, ou peut-être à cause d'elle, Césaire reste aujourd'hui le moins aimé des poètes de la négritude. Trop ardu ? Trop polémique ? Les oeuvres de Senghor sont plus volontiers enseignées dans le secondaire. Pourtant, les débats qu'il pose ont encore cours aujourd'hui. Ils ont même repris une nouvelle vigueur après l'adoption de la loi du 23 février 2005 soulignant, dans son article 4, le "rôle positif" de la colonisation. Après une levée de boucliers dans les anciennes colonies françaises, particulièrement en Algérie, l'article en cause a été supprimé par Jacques Chirac.

Dans le Discours, Césaire prend soin de distinguer l'européanisation de l'Afrique et sa colonisation, d'autant plus que "ce mouvement était en train ; il a même été ralenti, en tout cas faussé par la mainmise de l'Europe". "J'entends la tempête, prévient Césaire. On me parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées (...), d'extraordinaires possibilités supprimées."

Le débat sur le rôle de la colonisation allait connaître un ultime rebondissement politique. En décembre 2005, alors que le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy devait se rendre en Martinique, Aimé Césaire avait fait savoir qu'il ne le recevrait pas, pour protester contre la loi du 23 février. M. Sarkozy avait annulé son déplacement. Finalement, le poète avait reçu le futur chef de l'Etat, le 11 mars 2006, dans l'ancienne mairie de Fort-de-France. Il avait improvisé une leçon de 40 mn sur la colonisation, que l'hôte subit stoïquement malgré son impatience coutumière. 2 ans plus tard, Césaire tirait sa révérence et Sarkozy présidait ses obsèques. La classe politique unanime entourait le cercueil et l'ensevelissait sous les fleurs.


Xavier Ternisien
Article paru dans Le Monde du 20.07.08
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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 09:30

Par Antoine Perraud

Mediapart.fr

 

Au congrès d'Épinay, en 1971, François Mitterrand appliquait à la lettre une grammaire propre au parti socialiste sur lequel il faisait main basse : parler dru, tenir un discours hirsute. Hors de la rupture, point de salut.

 

 

Il en était de même, sans les effets d'estrade, en 1965, quand la télévision si corsetée de l'époque s'ouvrait au candidat unique de la gauche (et de l'extrême droite, raillait Malraux, puisque Jean-Louis Tixier-Vignancour devait appeler à voter François Mitterrand au second tour). Interrogé par Roger Louis sur la notion de gauche, il n'était question, dans la bouche du candidat, que du parti du mouvement, seul capable de nous libérer du carcan dans lequel cantonne son monde le conservatisme :

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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 14:15

Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 17h55

Du grain à moudre



de Brice Couturier

Ecoutez





émission du mercredi 27 février 2008
Les totalitarismes du XX° siècle : la faute à Dieu ou à son oubli ?



Le président de la république ne dit pas que des gros mots. Il lui arrive aussi de mettre en débat des idées fondamentales. Hélas, ce ne sont pas ces dernières qui font l’objet des discussions les plus nombreuses dans les média. Je vous propose donc d’oublier un instant l’exégèse du désormais célèbre « mot de Sarkozy », « casse-toi, pauvre con ! », pour mettre en débat la thèse qu’il a avancée, lors du dîner du CRIF, à propos du rôle des religions face aux grands crimes de masse du XX° siècle.
« Si les religions sont impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans Dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s’est pas révélé tellement préférable. […] Le drame du XX° siècle n’est pas né d’un excès de Dieu, mais de sa redoutable absence. »
Voilà un jugement qui méritait mieux que le procès rituel en bigoterie. Mais il est vrai qu’il a du mal à trouver sa place entre les Guignols de l’Info, les pages peoples des quotidiens gratuits et la Star Ac.
Et pourtant. Beaucoup d’essayistes ont développé l’idée selon laquelle l’expulsion du religieux à la fin du XIX° siècle aurait, en effet, produit un appel d’air, où se seraient engouffrées des religions de substitution, des religions politiques.
Ainsi George Steiner, dans « Nostalgie de l’absolu », explique que l’écroulement du christianisme qui, durant des siècles, en Europe, avait structuré l’imaginaire collectif, a laissé derrière lui, « un vide immense ». D’où l’apparition de toute sorte de « credos de substitution », modelés sur la vieille croyance. Ainsi, le marxisme aurait transposé le paradigme chrétien du Péché originel et de la Rédemption, dans les deux mythes modernes de l’apparition de la propriété privée et de la Révolution communiste, la figure du prolétariat prenant la place du Sauveur. C’est la thèse de la rechute.
Mais il en est une autre, défendue par Eric Voegelin ou par Camus dans « l’homme révolté », selon laquelle la sécularisation est responsable d’une forme de nihilisme inhérente à notre modernité elle-même.
L’homme du Moyen Age, écrit Voegelin, reconnaissait l’existence d’une pluralité d’autorités, susceptibles de se limiter mutuellement. Les « religions intramondaines » modernes élisent, au contraire, un élément du monde et « l’élèvent à la place de Dieu où ils lui cachent tout le reste ». Cela a pu être la Nation, l’Etat, la Science, la race ou la classe. Et pour nous, quoi ?
Le croyant des anciennes religions disposait d’une loi, extérieure et supérieure au monde, qui lui permettait de prendre ses distances envers les choses d’ici-bas, d’en prendre et d’en laisser. L’homme de la modernité ne dispose pas d’un tel recours.
Par ailleurs, le nihilisme contemporain a entraîné une réduction de l’homme à l’Histoire et une relativisation de la notion de vrai. Il est tentant de déduire de la mort de Dieu et du retrait de la transcendance que l’Histoire est désormais le Juge suprême, la Raison même en devenir. Et que l’illumination finale justifie les crimes et les mensonges commis au nom du But sublime.
La religion de l’Histoire a cessé de faire recette, mais elle peut toujours revenir. Quant au nihilisme, suggérer qu’il pourrait bien inspirer à la fois les grands despotes totalitaires du XX° siècle et nos émissions de télé les plus bêtes et les plus vulgaires, justifie que leurs animateurs ne se précipitent pas pour ouvrir le débat…
 


Pierre Bouretz.  Philosophe
Directeur d'études à l'EHESS
Membre du Centre d'Etudes Interdisciplinaires des Faits religieux


Gilbert Merlio.  Germaniste
Professeur Emérite à la Sorbonne-Paris IV. Président du Conseil scientifique de l'Institut Hannah Arendt de Dresde pour l'étude des totalitarismes


Tzvetan Todorov.  Philosophe
Historien des idées
Directeur de recherches honoraire au CNRS










Hannah Arendt
Les origines du totalitarisme & Eichmann à Jérusalem
Quarto Gallimard - 2 mai 2002


Edition établie sous la direction de Pierre Bouretz.

Cet ouvrage qui se compose de trois parties - L'Antisémitisme, L'Impérialisme et Le Totalitarisme - composé à l'origine en un seul volume, a fait l'objet en France d'une publication en trois volumes séparés, chez trois éditeurs différents, avec intervention de cinq traducteurs différents. Une révision générale s'imposait donc, afin de rétablir la cohérence de l'œuvre. Elle a été effectuée à partir de la dernière édition en langue anglaise revue et corrigée par Hannah Arendt. Ce volume rassemble Les Origines du totalitarisme et Eichmann à Jérusalem. Chaque œuvre est suivie et complétée par un dossier (textes complémentaires, correspondance, dossier critique). Les notes et la bibliographie ont également été entièrement revues et mises à jour. L'ouvrage est complété en particulier par un "Vie et oeuvre" très illustré et un index des noms propres. A noter : la parution, chez Gallimard également, de Lettres de 1925 à 1975, la correspondance entre Hannah Arendt et Martin Heidegger.




Pierre Bouretz
Qu'appelle-t-on philosopher ?
Gallimard - mars 2006


La philosophie se pose souvent à elle-même la question de sa définition. Mais nous ne savons rien, ou presque, de ses manières de faire au jour le jour. Les philosophes aiment en effet à cacher les pistes, tenir secrètes les hésitations et gommer les ratures. Et nous sommes moins curieux des documents de leur travail que de ceux des écrivains, considérant que journaux, brouillons ou correspondances sont déjà de la littérature, pas encore de la philosophie.

Il est bien sûr quelques exceptions, tels les fragments posthumes de Nietzsche, le dossier du Livre des passages de Walter Benjamin, les carnets de Wittgenstein. Mais c'est peu pour tenter de relier le visible et l'invisible, les idées et les intuitions.

Récemment publié, le Journal de pensée d'Hannah Arendt offre de quoi surprendre quiconque est familier de son oeuvre comme le lecteur en quête d'une réponse à la question : qu'appelle-t-on philosopher ? Il illustre admirablement une pratique, un style, un ethos de la pensée.

Arendt est demeurée rétive aux programmes de la philosophie, préférant s'adonner à ce qu'elle nommait «pensée libre». Ses exercices quotidiens doivent beaucoup à la fréquentation des livres classiques, qu'elle cite et commente «pour avoir des témoins, également des amis». Nous y voyons des idées qui surgissent d'un mot noté au hasard des lectures, se déploient en ligne droite ou bifurquent, s'agencent en tables de catégories, trouvent enfin la forme d'un article ou d'un livre. Mais nous y découvrons aussi des chemins qui ne mènent nulle part et les raisons de quelques échecs.

Séjournant dans l'antichambre des livres, serons-nous tentés, pour finir, de donner raison à Kant et dire à sa suite que «le philosophe n'est qu'une idée» ?




Tzvetan Todorov
L'esprit des Lumières
Robert Laffont - Février 2006


Les Lumières appartiennent au passé, puisqu'il a existé un siècle des Lumières ; pourtant, elles ne ne peuvent pas "passer", car elles en sont venues à désigner non plus une doctrine historiquement située, mais une attitude à l'égard du monde. Identifier ses grandes lignes sans détacher le regard de notre époque, pratiquer un va-et-vient constant entre passé et présent, tel est l'objectif de ce petit livre, rédigé par l'un des commissaires de l'exposition. Parmi les thèmes abordés : autonomie des individus et souveraineté des peuples, laïcité et recherche de vérité, universalité et rôle de l'Europe.




Gilbert Merlio
Les résistances allemandes à Hitler
Tallandier - 2003


La première résistance à Hitler est allemande. Elle prend des formes et des moyens divers dans toutes les couches de la société et tout au long de l'histoire du IIIe Reich. La résistance ouvrière poursuit son opposition contre le nazisme engagée sous Weimar, en dépit d'une désunion qui scellera son échec. Devenues illégales, ses organisations sont laminées et apporteront, dans l'exil, leur soutien à des groupes clandestins restés en Allemagne. La résistance religieuse tarde à se manifester, et la responsabilité de la hiérarchie demeure une question épineuse. Toutefois, l'Église (catholique et protestante) sera jusqu'à la fin du Reich un pôle actif de résistance. La résistance des élites traditionnelles, civiles et militaires, encore plus tardive (si l'on excepte le Cercle de Kreisau), fut considérée comme une «révolte de la conscience» de la part d'hommes qui avaient d'abord choisi de collaborer avec le régime. Le point d'orgue en demeure l'attentat manqué contre Hitler le 20 juillet 1944.

La guerre accentuera le malaise des opposants de l'armée suscité par la fâcheuse impression de trahir la patrie. Elle créera également de nouvelles formes de résistance : résistance de la jeunesse (le groupe Rose blanche), renaissance d'une opposition de gauche (l'Orchestre rouge), collaboration avec les travailleurs étrangers dans les usines, résistance de déportés, résistance juive, etc.

Cet ouvrage, qui s'inscrit dans une nouvelle approche de l'Allemagne nazie, raconte et analyse une page peu connue de l'histoire du IIIe Reich et démonte les mécanismes, notamment culturels et politiques, qui conduisirent des hommes et des femmes à payer parfois de leur vie leur refus de la barbarie.





Pierre Bouretz
Témoins du futur : philosophie et messianisme
Gallimard - 2003


Guerres d'ampleur inconnue, rêves d'émancipation brisés, extermination: le XXe siècle a été le cimetière du futur.

Il y a des témoins: de Hermann Cohen à Emmanuel Lévinas, d'Ernst Bloch à Leo Strauss, de Franz Rosenzweig à Gershom Scholem, de Walter Benjamin et Martin Buber à Hans Jonas, ils sont allemands d'origine ou de culture, juifs et philosophes. Leur formation, leurs préoccupations et leur orientation parfois s'opposent mais souvent se croisent: entre l'engagement sioniste et des formes hétérodoxes de marxisme, dans la redécouverte de traditions cachées de l'histoire juive, au carrefour de l'éthique et de la métaphysique. Ils ont en commun d'avoir contribué à introduire dans la philosophie une dimension messianique inédite.

La raison en est que, à un moment donné de leur critique du monde comme il va, l'expérience historique s'est dressée comme un obstacle qu'il fallait se résigner à accepter ou tenter de surmonter pour dégager un nouvel horizon, tourné vers le futur, ouvert à l'utopie, en un mot messianique.

Les plus grands de leurs prédécesseurs avaient annoncé le désenchantement du monde et proposé d'en payer le prix: leurs oeuvres portent la trace d'une morsure du nihilisme. Eux se sont risqués à la résistance et au sauvetage des promesses du monde: c'est la lumière messianique qui éclaire leur oeuvre.

Thèses de Walter Benjamin sur l'histoire, principe de responsabilité envers les générations futures chez Hans Jonas, redéfinition par Emmanuel Lévinas des formes de l'éthique, voici quelques-unes des problématiques qui irriguent désormais la philosophie.

Comment comprendre le paradoxe de ces pensées dont l'écho est d'autant plus universel qu'elles se sont faites d'abord plus juives?




Tzvetan Todorov
Mémoire du mal, tentation du bien : enquête sur le siècle
Livre de Poche - 2002


Todorov juge avec acuité le nazisme et le communisme. Il dénonce cette tentation du bien, responsable de la bombe d'Hiroshima et de la guerre du Kosovo. Il jalonne sa réflexion de portraits d'hommes et de femmes ayant souffert dans leur chair et qui ont résisté au mal sans se prendre pour une incarnation du bien. (Note de l'éditeur)




dirigé par Paolo D'Irio, Gilbert Merlio
Nietzsche et l'Europe
Maison des sciences de l'homme - 2005
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23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 14:00
LE SOCIALISME FRANCAIS 1797 – 2003

Le socialisme français prend place dans le mouvement ouvrier né au XIXème siècle, qui dénonce le capitalisme et cherche à assurer une répartition plus égale des richesses. Les “Lumières” et la Révolution Française lui donnent un premier ferment : Rousseau émet déjà une sérieuse critique de la propriété privée mais les idées proprement socialistes apparaissent comme telles au cours de la première moitié du XIXème siècle. La «conjuration des égaux» de Buenarotti relate le programme de Gracchus Babeuf (1760-1797) et des insurgés jacobins, exécutés en 1797.

DES HISTOIRES POLITIQUES CONCURRENTES ET COMPLEXES
Sous l’Empire et la Restauration, c’est l’époque des Socialistes “utopiques” qui vont exercer une influence sur les ouvriers-artisans, mais sans jamais envisager les moyens de faire aboutir concrètement leur réflexion... À l’exception d’Étienne Cabet (1788-1856) qui envisage un Etat Communiste autoritaire, où les libertés individuelles sont bannies, tous les penseurs socialistes du temps tentent de conjuguer intervention de l’État et liberté.
Henri de Saint-Simon (1760-1825), noble français, développe le thème de la solidarité sociale et de l’Etat régulateur, il inspirera les premières coopératives ouvrières. Charles Fourier (1772-1837), horloger ruiné, imagine les phalanstères, communautés autonomes assumant toutes les fonctions de la société, il ne condamne pas le capital en lui-même, et si sa réflexion porte en elle un fort courant pour la libération des mœurs, il faut signaler l’antisémitisme qui anime sa haine du “commerce”. Robert Owen (1771-1858), industriel britannique, insiste moins sur l’Etat que sur la nécessité des coopératives...
La génération suivante approfondie encore le débat. Louis Blanc (1811-1882) réclame la nationalisation des grands moyens de production pour contrôler l’économie, et un État qui assure la protection sociale et une législation du travail. Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), ouvrier imprimeur, théorise une société de petits producteurs indépendants, substituant à l’État des associations professionnelles et communales, opposant à une société commandée autoritairement une fédération sur libre consentement de la base. Flora Tristan (1803-1844), féministe et socialiste, propose de constituer en 1843 une Union ouvrière universelle pour obtenir le droit au travail et l’organisation du travail.
Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895), philosophes allemands, tirent les leçons de l’échec relatif des penseurs français. À travers L’idéologie allemande(1845), Le manifeste du Parti Communiste (1848) et Le Capital (1867) ils développent une vision de l’Histoire, de la Philosophie et de l’Économie qui aboutit à un socialisme «scientifique». La société divisée en classes a vu le pouvoir passer dans les mains de la bourgeoisie détentrice du capital et des moyens de production. 1789 est une «Révolution bourgeoise», la bourgeoisie peut depuis exploiter toujours plus le prolétariat et rabaisser les artisans, leur paupérisation devant aboutir à la Révolution prolétarienne, dirigée par des partis ouvriers révolutionnaires. La dictature du prolétariat dans un État socialiste permettrait d’instaurer la collectivisation des moyens de production ; une société sans classe en sortirait, l’État deviendrait peu à peu inutile et le stade «communiste» de la civilisation permettra à chacun de voir sa liberté et ses besoins satisfaits.
[...]
Télécharger la première partie : histoiresocialistefcse1.doc

VIOLENCE POLITIQUE OU DÉMOCRATIE ?
L’entrée d’Alexandre Millerand dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau en 1901, comme ministre du travail, est le principal prétexte d’éclatement le premier regroupement des partis socialistes, mais il s’agit surtout pour chacun de préserver son “pré-carré”. Deux orientations s’opposent :
• celle du Parti Socialiste de France, autour de Jules Guesde (P.O.F., marxiste) mais aussi d’Edouard Vaillant (P.S.R.), qui se veut “révolutionnaire” et condamne le “ministérialisme” ;
• celle du Parti Socialiste Français, autour de Jean Jaurès (socialistes indépendants) et des “possibilistes”, qui soutient le “bloc des gauches” et entend unir les valeurs du Socialisme et de la République, et où se mêlent réformisme et aspirations révolutionnaires.
Les amis de Jean Allémane réunis dans le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire, tout en restant proches de Jaurès, maintiennent leur autonomie, leur ouvriérisme et leur méfiance vis-à-vis des élus.
Le compromis qui permet l’unité de 1905, imposé par l’Internationale Socialiste, amène le Parti Socialiste Unifié – Section Française de l’Internationale Ouvrière (S.F.I.O.) à adopter une déclaration de principes marxiste qui reconnaît la lutte des classes et qui se donne pour finalité la socialisation des moyens de production et d’échange. Viviani et Aristide Briand quittèrent rapidement la S.F.I.O. pour satisfaire leurs intérêts propres : ils mèneront bientôt des politiques gouvernementales très conservatrices. Les controverses demeurent vives sur la question du pouvoir, sur la place des réformes, sur le rôle du syndicalisme, sur les moyens de lutter contre les menaces de guerre.
Jean Jaurès, cependant, impose peu à peu son ascendant par sa capacité de synthèse entre les idées de réforme et de révolution, entre le patriotisme et l’Internationalisme, qui correspondent mieux que celles de certains marxistes français à un électorat composite où se côtoient ouvriers, paysans, fonctionnaires et intellectuels. À la veille de la guerre, le socialisme devient une force notable (avec 100 députés, il est le deuxième groupe de la Chambre) : un rapprochement s’esquisse avec la C.G.T. syndicaliste révolutionnaire (reprise en mains par Edouard Vaillant et les allémanistes, après la parenthèse anarcho-syndicaliste) et la gauche du Parti Radical dans la lutte contre la «loi des trois ans».
[...]
Télécharger la deuxième partie : histoiresocialistefcse2.doc


UNE TROISIÈME FORCE ?
Les espoirs et les désillusions marquent les socialistes de l’immédiat après-guerre. Leurs idées influencent très largement les programmes et les politiques de la Libération. Ils jouent un rôle majeur dans les gouvernements du général De Gaulle et ceux du tripartisme (P.C.F./S.F.I.O./M.R.P.). Vincent Auriol devient le premier Président de la IVème République. Mais les socialistes se trouvent aussi confrontés à la concurrence à gauche d’un parti communiste, qui est au sommet de son influence électorale (28,5%), et au centre d’un nouveau parti, le Mouvement Républicain Populaire (démocrates-chrétiens). Leurs médiocres résultats électoraux précipitent une crise identitaire, au regard des ambitions qui les animaient. À Léon Blum et Daniel Mayer – qui veulent ouvrir le parti, lui donner une définition humaniste et en faire un parti de gouvernement qui s’assume – une majorité composite, animée par Guy Mollet (1905-1975) premier secrétaire du Pas-de-Calais, oppose l’identité traditionnelle du parti, défend une ligne marxiste pseudo-orthodoxe et l’unité d’action avec le P.C.F. Le congrès d’août 1946 enregistre la victoire de Guy Mollet, donc des cadres fédéraux contre la direction nationale (ce sera l’unique fois dans l’histoire du parti).
Mais la rupture du tripartisme, en mai 1947, et l’entrée dans la guerre froide, avec la montée du Rassemblement du Peuple Français, amènent la S.F.I.O. à entrer dans des coalitions de “Troisième Force” (S.F.I.O./Radicaux-U.D.S.R./M.R.P.) et développe un anticommunisme assez primaire qui se décalque dans le syndicalisme : les socialistes quittent la C.G.T. désormais à direction communiste et créent Force Ouvrière (avec l’aide de financements américains) tandis que la Fédération de l’Éducation Nationale devient indépendante. La S.F.I.O. vit un malaise permanent, prise entre une doctrine obsolète et les contraintes de politiques médianes qui lui ôtent toute initiative : elle connaît rapidement un déclin électoral et militant.
En 1954, le radical Pierre Mendès-France (1907-1982), plus que Guy Mollet, paraît incarner le renouveau de la gauche non communiste. La guerre d’Algérie accuse les divisions de la gauche : héritiers d’une conception évolutionniste de la décolonisation, analysant le nationalisme algérien dans le contexte de la guerre froide, une majorité de socialistes derrière Guy Mollet, président du Conseil du Front républicain (1956/57), acceptent les contraintes (pouvoir militaire, censure, tortures…) d’un conflit qui ne veut pas dire son nom. Une minorité (Daniel Mayer, Robert Verdier, Gilles Martinet, Alain Savary) met en accusation la politique menée en Algérie et dénonce l’usage de la torture. La scission est inévitable avec la crise du 13 mai 1958 et l’attitude de la direction du parti face au retour du Général De Gaulle : le Parti Socialiste Autonome est fondé à l’automne 1958.
Les premières années de la Vème République sont difficiles pour les socialistes. La S.F.I.O. quitte finalement le gouvernement pour retourner dans l’opposition en décembre 1959. Affaiblie, elle doit faire face à la concurrence du Parti Socialiste Unifié, né en 1960 de la fusion de la fusion du P.S.A., l’Union de la Gauche Socialiste et de différents groupes et clubs de gauche, qui veulent renouveler la politique. Après la fin de la guerre d’Algérie, deux débats majeurs agitent la gauche non communiste jusqu’en 1971 : Comment tenir compte des institutions nouvelles, tout particulièrement de l’élection du Président de la République au suffrage universel ? Comment rassembler les électorats de la gauche ?
François Mitterrand (1916-1996), contre Mendès-France, G. Mollet et Gaston Deferre (1911-1986), impose sa stratégie d’Union de la Gauche avec le Parti communiste en mettant à profit le coup d’éclat que représente sa «glorieuse défaite» devant le Général De Gaulle en 1965. Cependant, la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (F.G.D.S.), qu’il constitue la même année, n’est qu’un cartel électoral entre la S.F.I.O., le Parti Radical et "sa" Convention des Institutions Républicaines (C.I.R.). La forte progression de la gauche aux législatives de 1967 est remise en cause par les divisions issues des hésitations de la gauche traditionnelle face à Mai 1968.
[...]
Télécharger la troisième partie : histoiresocialistefcse3.doc

L’EXPÉRIENCE JOSPIN OU LA RECONSTRUCTION INCOMPLÈTE DU PARTI SOCIALISTE

Lionel Jospin, surfant sur l’exercice de démocratie militante et son score au 2nd tour de l’élection présidentielle, impose un nouveau processus de rénovation, fondé à la fois sur un “droit d’inventaire” des années Mitterrand et sur la revendication d’un “réalisme de gauche”. Mais la base électorale du parti continue de subir une érosion dans les catégories populaires et chez les jeunes, se centrant de plus en plus sur les classes moyennes et moyennes supérieures. Cependant l’autorité de Jospin permet un apaisement interne propice à un travail politique dans les domaines programmatique, stratégique et structurel.
[...]
Télécharger la dernière partie : histoiresocialistefcse4.doc
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23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 13:57
Se poser la question d’une alternative au capitalisme, c’est d’abord savoir définir le capitalisme. Pour nous le capitalisme n’est ni une personne ni une institution. Il ne veut ni ne choisit. Il est une logique d’accumulation à l’œuvre à travers un mode de production. Il n'a aucune morale, et, ne se préoccupe pas de la recherche du bien être collectif son seul objectif étant l’augmentation de la plus-value ou profit. Il y a deux questions sous-jacentes quand on examine la logique capitaliste : celle de la propriété des moyens de production, du capital initial ; celle de la répartition de la plus-value ou profit.

Ce texte est le produit d'un groupe de travail de Nouvelle gauche qui s'est réuni au cours de l'année 2004 pour tenter de répondre à la question suivante : "Y-a-t-il une alternative au capitalisme ?"

Télécharger le texte : aternative_capitalisme.doc

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