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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 16:35

Merkozy Comme prévu, le traité Merkozy appelé «pacte budgétaire» a été signé par les dirigeants européens. Et la commission a fait son gendarme en lançant les remontrances habituelles aux pays qui ne tiennent pas leur engagements d'avoir réduit leur déficit budgétaire à 3% du PIB. Et là, la liste de ceux qui ne tiendront pas ce cap (pacte de stabilité) s'allonge et même les grands donneurs de leçons sont pris le doigt dans la confiture.
 

Les Pays-Bas, pourtant prompts à critiquer le laxisme budgétaire de leurs partenaires s'attendent  à ce que le déficit public atteigne 4,5 % du PIB cette année mais surtout  qu’il dépassera  encore l'an prochain la limite européenne de 3 %, ainsi qu'en 2014 (4,1 %) et en 2015 (3,3 %).  Pourtant,  leurs dirigeants en rajoutent pour imposer au sein de l’UE, la fameuse règle d'or avec des sanctions quasiment automatiques. Croient ils se dédouaner de leurs mauvais résultats d'aujourd'hui en projetant un carcan et des absurdités pour demain?

Cette fuite en avant est tragique, car elle empêche toute remise en cause des choix européens qui ont amenés nos pays et nos peuples dans le mur. Oui il faut bien parler des pays et des peuples, car même en Allemagne, si les indicateurs macro-économiques paraissent meilleurs, la réalité sociale du pays est marquée par un net recul du modèle social avec un accroissement alarmant des travailleurs et retraités pauvres.
Cette fuite en avant est une stratégie anti-croissance par nature. En effet, la réduction des crédits budgétaires, sans imposer une lutte sans merci contre le dumping et l'évasion fiscale, prive nos économies, d'investissements en faveur de la croissance. Le dumping social pousse à la baisse du pouvoir d'achat et de la consommation.

Il faudra donc renégocier le traité.  Que le gouvernement ne nous dise pas que la parole de la France est engagée et qu'il n'est pas possible de rediscuter avec nos partenaires. C'est faux.
Le gouvernement Fillon et N Sarkozy signent un traité dont ils savent pertinemment qu'il n'est pas approuvé par les Français qui plus est, à moins de deux mois de l'échéance présidentielle. Est-ce bien raisonnable et conforme à une certaine éthique du pouvoir? Pour ma part j'en doute. Il suffit de voir les sondages pour mesurer le désaccord des Français. Mais, pour le moins, il eut été judicieux d'interroger les assemblées avant toute signature! Nicolas Sarkozy aurait pu constater une nette opposition en particulier au Sénat. D'ailleurs, en Allemagne, le Parlement doit être consulté en amont et la Cour constitutionnelle de Karlsruhe peut s'opposer. Voilà des années que je demande que nous nous dotions dans la constitution française de mécanisme similaires! L'idée semble faire son chemin, mais il y a urgence car on ne peut plus accepter ces politiques du fait accompli, décidées à Bruxelles en notre nom sans que nos institutions représentatives n'aient eu à prendre leurs responsabilités et à donner leur accord.
Mais, même une fois signé par Nicolas Sarkozy, ce traité doit être ratifié par la France soit par un vote parlementaire, soit par un référendum. A supposer que nos partenaires européens ne veuillent pas renégocier - ce qui me paraît totalement impossible- il suffit que notre pays refuse de ratifier le traité! Cela créera un blocage qui imposera de rediscuter.

Soyons clairs, la renégociation supposera d'une part un changement de l'actuel traité  (règle d'or, sanctions automatiques etc)  d’autre part, une réelle stratégie de croissance !

la croissance le mot est lâché, l'actuel sommet européen devait se pencher sur la croissance.. Mais derrière les mots se cachent des politiques extrêmement différentes et la recherche de la croissance sert aussi de prétexte à la poursuite et l'amplification du libéralisme et de la financiarisation. La preuve en est donnée par la lettre publiée par 12 états européens dont la Grande-Bretagne, l'Espagne et les Pays Bas qui demandent aux instances européennes de libéraliser tous les services en particulier l'énergie, de signer un traité de libre-échange avec l'Inde et quelques autres pays. Bref, on croit rêver! Tout se passe comme si la crise et la faible croissance de l'UE depuis l'acte unique ne les faisaient pas réfléchir. Errarer humanum est, perseverarer diabolicum.

Cette vision libérale de la croissance nous est hélas connue. On y retrouve toutes les recommandations de la commission Attali. Le FMI les met en œuvre en Grèce. On voit la catastrophe et l'inefficacité mais aussi le côté purement idéologique qui confine à l'absurde. On voit mal comment la libéralisation des taxis, des notaires, la baisse du Smic privé va avoir le moindre impact sur la baisse des dépenses publiques et la relance de la croissance. Au contraire! C’est pourtant imposé à la Grèce et à l’Italie.
Les instances européennes continuent à promouvoir la baisse des cotisations sociales pour soit disant améliorer la compétitivité de l'économie. Il faut se souvenir que plus de 70% des échanges de nos pays se font dans l’UE. Alors si tout le monde baisse les cotisations, cela ne changera pas réellement la situation de la compétitivité relative ou même globale en Europe. En revanche, cela asséchera nos protections sociales, donc l'accès à la santé, pourtant un pan de notre économie. Cela baissera nos retraites et plombera la consommation.
Alors ne nous laissons pas tromper par les mots, regardons les choix réels suivis, les effets concrets à court et long terme des politiques annoncées.
Le choix doit être clair : continuer voir amplifier la politique libérale ou réellement changer en redistribuant les richesses, en protégeant une partie de nos échanges, en instaurant des convergences sociales et harmonisation fiscales vers le haut en Europe, en soutenant des politiques industrielles avec des investissements voir des capitaux publics!
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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 11:05
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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 10:37

3fleches.jpgLe Parti Socialiste a mené sous la direction d'Alain Bergougnioux, directeur de La Revue Socialiste, un travail d'analyse et de décryptage de l'idéologie et du programme national-populiste du Front National. Nous tenons à vous le faire partager, car le combat contre l'extrême droite fascisante est plus déterminant que jamais, tant la lepénisation des esprits poursuit son oeuvre délétère dans la société française et au sein des partis traditionnels de droite.

Vous pouvez télécharger ici le document.

Voici l'avant propos de la brochure :

Face au Front national et à tous les dangers pour notre pays, la meilleure réponse tient dans des politiques capables de répondre aux problèmes de celles et ceux qui ne voient plus de solutions à la crise actuelle. C’est l’ambition que nous portons dans les campagnes présidentielle et législatives de 2012.

Cela ne veut pas dire évidemment qu’il faille renoncer à la critique des affirmations et des programmes du Front national. Les militants politiques que nous sommes doivent mener le débat avec toutes celles et tous ceux qui sont tentés de voter pour le Front national de Marine Le Pen. Là, il faut éviter les fausses querelles. Il est convenu de dire qu’une critique «moralisatrice» n’a aucune efficacité. Cela est vrai si l’on s’en tient là.

Mais privilégier les réponses concrètes pour démontrer les mensonges et montrer les effets négatifs des positions du Front national, ne doit pas amener à ne pas défendre des principes et des valeurs. Car, avec ce mouvement politique, nous ne sommes pas simplement dans le domaine de l’erreur ou de la vérité : son projet porte la violence et la recherche permanente des boucs-émissaires à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le Front national ne résout rien et ses mesures ne feraient qu’aggraver les difficultés des Français, à commencer par les classes moyennes et les ménages modestes. S’il continuait à se renforcer, le péril serait fort. Car, toutes les composantes de l’autoritarisme sont présentes dans sa pensée et ses pratiques.

Ces convictions et cette analyse expliquent la nature de cette brochure. Nous prenons les problèmes que pose le Front national par tous les bouts. Il importe, en effet, d’avoir une vision globale du projet du Front national pour le caractériser et voir ce qui fait sa logique profonde, au-delà des variations actuelles. L’examen de ses principaux thèmes de propagande et des mesures affichées est indispensable et nous y consacrons une part importante, pour une réfutation concrète. Il est également utile d’avoir présent à l’esprit ce que le Front national a fait et défait quand il a exercé et exerce des responsabilités effectives. Certes les échecs des quelques municipalités dirigées par le Front national dans les années 1990 sont déjà lointains. Mais les votes des délégations frontistes, aujourd’hui, dans les conseils régionaux, sont souvent révélateurs. Enfin, il est intéressant, pour relativiser la «modernisation» qu’apporterait Marine Le Pen à son parti, de noter chez les cadres qui constituent la «jeune garde» actuelle leurs engagements antérieurs, pour la plupart idéologiquement marqués par l’extrémisme.

Ce travail a pour finalité d’offrir des éléments précis pour notre campagne dans nos réunions, nos tracts, nos sites d’informations.


Alain Bergounioux

Directeur de La Revue Socialiste

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 14:58
Vote de M.-N. Lienemann contre le MES : "Faisons attention à ne pas diviser la gauche"

Propos recueillis par LILIAN ALEMAGNA mardi 28 février 2012 - Libération

Après les députés, les sénateurs se prononcent aujourd’hui sur le Mécanisme européen de stabilité (MES). Doté de 500 milliards d’euros, ce dispositif doit remplacer en 2013 le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et venir en aide aux pays de la zone euro.

La semaine dernière, les députés PS avaient choisi de s’abstenir. Ils refusaient que le MES soit lié au futur traité de discipline budgétaire que François Hollande veut renégocier. Seuls 16 d’entre eux (dont Henri Emmanuelli et Julien Dray) ont voté contre. Au Sénat, où la gauche est majoritaire, la plupart des socialistes devraient aussi s’abstenir, ce qui permettra l’adoption du texte. Sénatrice PS de Paris, Marie-Noëlle Lienemann votera contre.

Pourquoi ce choix ?

Le MES est une illusion. Il lie le déblocage de l’aide aux pays en difficultés à la ratification du traité «Merkozy» qui nous impose l’austérité. Il faut rejeter tout le paquet.

Mais vos camarades ont opté pour l’abstention…

Il y a toujours eu deux stratégies au sein du PS : d’un côté, ceux qui veulent dire non pour acter un coup d’arrêt. De l’autre, ceux qui ne veulent pas bloquer les institutions européennes. Nous avons déjà eu ce débat en 2005 [lors du référendum sur le traité constitutionnel européen qui avait déchiré les socialistes, ndlr]. Mais, cette fois-ci, personne n’est pour ! Tout le monde est dans une perspective de renégociation du traité. J’aurais préféré que la majorité vote non et que la minorité s’abstienne. C’est l’inverse. Mais ça n’a rien de dramatique.

Le chef du PCF, Pierre Laurent, a demandé hier à la gauche de s’engager à proposer un référendum sur l’UE si elle gagne. Vous le suivez ?

Par principe, je suis pour que les questions sur l’UE qui touchent à la souveraineté soient tranchées par le peuple. Mais ne nous trompons pas d’échéance… Il ne faut pas mettre le couteau sous la gorge de François Hollande.

Le Front de gauche veut soumettre le MES au Conseil constitutionnel avant le Sénat. Allez-vous les aider ?

Je n’apporterai aucune signature à une initiative autre que celle de mon groupe. En revanche, soumettre le texte au Conseil constitutionnel a posteriori, c’est autre chose. Pour la première fois, un traité européen sera ratifié sans son avis préalable. Or, il y a un doute sur sa constitutionnalité : le plafond du MES pourra être augmenté sans consultation des parlements nationaux. C’est une atteinte à la souveraineté budgétaire. Mais, dans cette période, faisons attention à ne pas diviser la gauche. La première urgence est de changer de majorité pour pouvoir renégocier le traité.

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 16:11

Benoît Hamon en point-presse ce matin est revenu sur la proposition de loi déposée par François Hollande et d'autres députés socialistes contre la fermeture des sites industriels.


Hamon : «Face aux patrons voyous, nous... par PartiSocialiste

Certaines entreprises, dans un objectif «d'optimisation de leurs profits», vont «délibéramment casser l'outil de production, déliberamment fermer des sites en évitant, même si des repreneurs existent, que cet outil de production compétitif puisse être repris par un de leurs concurrents.» «Pour faire face à cette situation-là et à la demande des salariés de Florange qu'il a rencontré, François Hollande et le groupe socialiste vont déposer [...] une proposition de loi qui permettra qu'un entreprise qui envisage la fermeture d'un site industriel au sein de son groupe ou qui le laisse à l'abandon, soit obligée d'examiner toutes les procédures de reprise qui lui sont soumises mais aussi obligée de céder ce site si l'une des offres proposées reçoit la validation du tribunal de commerce et qu'elle a un avis positif des instances représentatives du personnel

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 12:24

Pourquoi il faut voter contre les deux projets de lois concernant des traités européens sur le Mécanisme Européen de Solidarité soumis à ratification par Nicolas Sarkozy avant l’élection présidentielle.

Lienemann.jpgLe pacte d’austérité Sarkozy/Merkel est constitué de trois textes concernant les traités :

1- une modification du traité de l’Union Européenne (article 136) autorisant la création d’un mécanisme européen de Solidarité (MES)
Soumis actuellement à ratification au Parlement Français.
2- un traité intergouvernemental des membres de la zone euro et d’autres créant le MES, en fixant le cadre, les règles de fonctionnement et de déclenchement.
Soumis actuellement à ratification au Parlement Français.
3- un traité intergouvernemental sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (TSCG), qui oblige à l’inscription de la «règle d’or», prévoit des sanctions automatiques des pays et instaure durablement l’austérité en Europe.


Ce traité doit être signé par les chefs d’Etat et de gouvernement début mars et devra ensuite être ratifié dans les Etats membres. Pour la France, ce sera après l’élection présidentielle. François Hollande a eu raison d’indiquer qu’il souhaitait renégocier ce traité et le paquet Merkel/Sarkozy, qui tourne le dos à la croissance et à une sortie réelle de crise de l’UE.

Les trois textes décrits ci- dessus constituent en fait un tout et il est illusoire de croire qu’on peut les dissocier.


Nicolas Sarkozy a décidé de soumettre les textes à ratification en deux temps :
Le piège du vote en deux temps pour un dispositif unifié.

Nicolas Sarkozy nous tend un piège dans lequel il ne nous faut pas tomber. Il dissocie en effet ce qui relève du MES et ce qui concerne le traité de gouvernance, qui plus est prévoyant des dates de ratifications proches pour les deux premiers textes , en pleine campagne électorale et en reportant ensuite, après l’élection, la partie la plus contestée, le traité de discipline budgétaire.
Son objectif est clair : attiser les divisions à gauche, introduire de la confusion, pour renforcer le doute dans les couches populaires, qui estiment souvent que, s’agissant de la construction européenne notre parti n’a pas toujours répondu à leurs aspirations et défendu leurs intérêts.


De plus, une abstention (ou pire, un vote positif) serait utilisée par le candidat président, qui relèverait que nous actons une certaine avancée dans la solidarité européenne et qui le mettrait à son actif… alors que la réalité est tout autre !


Nous devons déjouer ce piège et montrer que ces trois textes constituent un pacte d’austérité qui ne répond ni aux exigences de solidarité, ni à la consolidation de la Zone Euro et qui n’offre pas une perspective de sortie de la crise actuelle. C’est l’ensemble du paquet qu’il faut renégocier. C'est l'ensemble du cadre actuel qu'il faut refuser.


Les trois textes constituent bien un ensemble totalement imbriqué :

1- Concernant la modification de l’actuel traité de Lisbonne, le texte soumis à la ratification du Parlement, qui comporte deux articles, contient la phrase suivante : « l’octroi au titre du mécanisme de toute assistance financière nécessaire sera subordonné à une stricte conditionnalité ». L’insistance à inscrire ce point dans le TFUE ne s’imposait pas (dans tous mécanismes d’aide, il y a des conditions qui sont définies dans le règlement du mécanisme) et n’est en rien neutre, d’autant que le texte créant le mécanisme est lui beaucoup plus explicite (cf ci-dessous). Par ailleurs, au-delà du juridisme, tout le monde sait que le cadre politique imposé est bel et bien la mise en oeuvre du pacte d’austérité « Merkozy ».
2- S’agissant de la création du MES, il est clairement fait référence dans le préambule du traité (qui a valeur de traité) : «le présent traité et le TSCG (3ème traité) sont complémentaires dans la promotion de pratiques budgétaires responsables et de la solidarité au sein de l’UEM. Il est reconnu et convenu que l’octroi d’une assistance financière dans le cadre des nouveaux programmes sera conditionné, à partir du 1er Mars 2013, à la ratification du TSCG par l’Etat membre concerné et à l’expiration du délai de transposition aux exigences prévues».
Il est clair que le MES ne sera déclenché que lorsque le traité de discipline budgétaire (TSCG) sera approuvé par ceux qui auront besoin d’aides. Il y a donc un lien effectif avec le traité « Merkozy » et la politique d'austérité. Ceci est encore plus net lorsqu’on voit comment l’UE agit en Grèce! Le MES sera conditionné à l’acceptation du traité à venir de discipline budgétaire. Nous ne pouvons l’accepter en l’état.


Lorsque le lien juridique est établi, on ne peut accepter de ratifier séparément les traités!


Il n'est jamais bon de séparer le fond de la forme. Combien de fois, avons-nous vu des dispositifs qui en principe paraissaient intéressants et dont la mise en oeuvre les détournait de leur intention! A fortiori, cette fois-ci, lorsque la mise en oeuvre est conditionnée par un futur traité.


Au-delà du fait juridique, il y a la réalité et le fait politique.


On ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas la Grèce. L’intervention du MES en l’état, c’est la méthode de la Troïka en Grèce, que nous ne pouvons valider (stratégie de l’aide conditionnée aux critères définis par l’UE).


La mise en oeuvre, en l’état du MES est une «solidarité» sous contrainte d’austérité et sous tutelle des états par les instances européennes. Ce n’est pas notre vision de la solidarité
La conditionnalité de l’octroi des aides du MES à la ratification du traité « Merkozy » revient à mettre le couteau sous la gorge des pays qui ont des difficultés et à les contraindre à des pertes de souveraineté et à des politiques contraires à l’intérêt de leur peuple.
Non seulement c’est inacceptable, mais devant l’urgence de la situation, certains gouvernements se précipiteront pour ratifier un traité… que la gauche renégociera si son candidat est élu! Nous prenons le risque d’un moins bon rapport de forces en Europe pour renégocier après mai.


D’autres outils sont nécessaires à la solidarité en Europe, par exemple les Eurobonds qui, pour être créés, devraient être inscrits au même article du Traité actuel (136) que celui que le gouvernement nous propose de modifier. Il n’est pas raisonnable d’amender un article que nous voudrions à nouveau modifier dans le cadre de la renégociation des traités.
Nous n’avons pas la même idée que Merkel/Sarkozy de la solidarité et du traitement des dettes souveraines. Vu le développement de la situation, il faudra sans doute aussi reposer la question du rachat par la BCE des dettes souveraines.
Mais en tout cas, la réécriture de l’article 136 du TFUE s’imposera. Nous devons y oeuvrer et donc ne pas le transformer insuffisamment et dans des termes mal adaptés (cf « stricte conditionnalité ») à quelques mois d’une renégociation souhaitée.

Il n’y a pas urgence à ratifier, d’une part parce ce MES n’est pas l’outil qui permettra l’aide à la Grèce, d’autre part parce qu’il ne sera opérationnel qu’après l’adoption du traité TSCG. Il ne peut répondre à l’urgence de la situation et ne sera pas opérationnel à court terme. Il existe le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) et il faut pousser à l’intervention de la BCE. A supposer même que nous puissions le bloquer par notre vote négatif (ce qui semble néanmoins assez peu probable au regard du rapport de forces actuel au sein de l’assemblée), l’adoption nécessaire du MES constituerait au contraire une pression pour aboutir dans une renégociation de l’ensemble.


Un vote contre serait un atout pour renégocier le traité « Merkozy » et le plan de sortie de crise de l’Euro. Il donnerait de la crédibilité à cet engagement.
En Europe, il n’est de compromis fécond que dans le cadre d’un paquet global (Jacques Delors explique cela très justement). Si on donne unilatéralement notre accord dès à présent sur la partie que nous pourrions juger positive dans un autre cadre, alors il ne reste plus qu’à traiter les points de désaccord avec un moindre rapport de forces. J’ai pu le constater à tous les niveaux des négociations européennes. La renégociation doit porter sur un ensemble cohérent, dans lequel tout le plan Merkel/Sarkozy est remis sur la table.


Au contraire, une abstention et, pire encore un vote positif, donnerait le sentiment que la renégociation souhaitée n’est qu’un ajustement à la marge des propositions actuelles, alors que chacun voit bien -et le déroulement de la situation en fait chaque jour la preuve- que c’est réellement un nouveau cadre qui doit être mis en place.


Nos électeurs et, de façon plus générale, les Français ont besoin d’un signe clair: ce qui se passe en Grèce est inacceptable et ce qui se prépare à travers les accords Merkel/Sarkozy est également inacceptable. Il faut que cela change vraiment. Nous voulons de réels mécanismes de solidarité européens adossés à une sortie de crise qui refuse l’austérité et la régression.


La droite peut faire ratifier ces deux textes. Qu’elle assume alors ses responsabilités. Nous savons qu’elle nous conduit aux pires difficultés. Ne donnons pas le moindre signe de confusion, de ce qui serait interprété comme une collusion, même sur un point limité. L’affaire est trop grave et nous serions jugés sévèrement par nos concitoyens et par l’histoire si nous ne nous posons pas en alternative résolue.

A l’évidence, seul le vote contre ces deux textes évite ces risques et assure la clarté.


Marie-Noëlle LIENEMANN
Sénatrice de Paris

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 20:00

tribune publiée le vendredi 24 février 2012 sur Liberation.fr - Par Emmanuel MAUREL, vice-président de la région Ile-de-France en charge de la formation professionnelle et secrétaire national du PS

EmmanuelMaurel2011Plus c'est gros, plus ça passe. Pour ne pas avoir à répondre de sa politique en matière d'emploi, le président candidat essaie de détourner l'attention sur les chômeurs! Le premier ministre s'est lancé à son tour dans une inquiétante improvisation, privilégiant la stigmatisation et la division.

D'abord l'improvisation: on a beau être en campagne, il y a des sujets graves qui méritent mieux que des déclarations à l'emporte pièce. Pas moins de trois propositions de référendums différentes en trois jours, voilà qui en dit long sur le sérieux de Messieurs Fillon et Sarkozy. Deux chiffres sont balancés au petit bonheur la chance, censés étayer une éclatante «démonstration». La formation professionnelle en France coûte chaque année environ trente milliards d'euros. Et seuls 10% des chômeurs bénéficient d'une formation. Il suffirait donc de consacrer ces trente milliards à la formation des chômeurs, et la France retrouvera le chemin de l'emploi.

La fausse cagnotte de 30 milliards

Nicolas Sarkozy nous a habitués aux raisonnements hasardeux. Mais de la part d'un ancien ministre du travail, on était en droit d'attendre moins d'amateurisme. Les désormais fameux «30 milliards» de la formation professionnelle, que Fillon fait mine d'avoir découvert sous le sabot d'un cheval, ne servent pas à rien! Il suffit de se référer au document budgétaire publié par le ministère des finances pour s'en convaincre. 5 milliards participent au financement de l'apprentissage, décrété grande cause nationale par le gouvernement. 13 milliards sont consacrés par les entreprises à la formation continue de leurs salariés. Et plus de 6 milliards permettent aux fonctionnaires de s'adapter aux évolutions de leur métier!

Si l'on suit l'argumentation du premier ministre, il faudrait affecter intégralement ces financements (dont plus de la moitié ne sont pas des fonds d'Etat!) à la formation des actifs privés d'emploi. C'est oublier que la plupart des chômeurs n'ont pas besoin de formation, ils ont besoin de travail! La majorité d'entre eux ne manquent en effet ni de qualification, ni même d'expérience: mais, dans cette période de crise aggravée par la politique gouvernementale, les entreprises n'embauchent pas. Et si, en effet, un faible nombre de demandeurs d'emploi bénéficient d'une formation, c'est aussi que les différentes institutions auxquelles était assignée cette mission sont exsangues après 5 ans de gouvernement UMP: l'AFPA a été démantelée, et les licenciements à Pôle emploi se succèdent. Quant aux crédits Etat dédiés à la formation des demandeurs d'emploi, ils ont considérablement diminué (-5% cette année).

Nicolas Sarkozy acccuse les chômeurs

Si Messieurs Sarkozy et Fillon ne s'embarrassent pas de détails, c'est qu'ils ne cherchent pas à convaincre, mais bien à faire diversion. Et qu'ils ne rechignent pour ce faire ni à diviser, ni à stigmatiser.

La division, on le sait, est un grand classique du sarkozysme qui n'aime rien tant que de dresser les Français les uns contre les autres. A l'occasion de son entretien sur TF1, comme lors de son discours de Marseille, le président candidat a une fois de plus versé dans son regrettable travers. Il oppose les salariés aux chômeurs, et, à l'intérieur de cette catégorie, les chômeurs de longue durée et les autres. Les premiers, devenus selon lui quasiment inemployables méritent d'être indemnisés grâce à la solidarité nationale. Quant aux autres, il laisse entendre que si ils acceptaient de suivre une formation dans un secteur «en tension» (donc censé être fortement pourvoyeur d'emplois), ils retrouveraient aisément un travail. Entre les lignes, il y a cette idée selon laquelle les actifs qui restent chômeurs...y sont un peu pour quelque chose!

D'où ce slogan de la formation «forcée» sous peine de retrait d'allocation, qui ferait l'objet d'un référendum. Nicolas Sarkozy a lamentablement échoué à endiguer le chômage, et il serait presque à en accuser les chômeurs eux-mêmes!

Cette pratique de la stigmatisation ne s'arrête pas là aux seules victimes de la crise. Elle vise également à délégitimer les «corps intermédiaires», à commencer par les syndicats, qui, à écouter l'exécutif, seraient à l'origine de nombreux «blocages» en matière de formation. Cette façon de passer par-dessus bord le paritarisme et le dialogue social ne laisse pas d'étonner de la part d'un candidat qui ne jure par ailleurs que par le trop fameux «exemple allemand», dont chacun connaît l'attachement à la cogestion. On n'est pas à une contradiction près.

Un système trop complexe

Bref, un sujet aussi grave ne mérite pas d'être l'otage d'un lancement de campagne cafouilleux. Au contraire, le sérieux est de mise car la formation professionnelle reste un levier essentiel pour l'emploi. Or les réformettes successives n'ont pas permis de simplifier un système trop complexe et trop opaque dans lequel le principal bénéficiaire (le salarié, mais surtout le jeune en insertion ou le demandeur d'emploi) a souvent du mal à se repérer.

La gauche victorieuse aux prochaines élections nationales devra remettre l'ouvrage sur le métier, en prenant bien soin d'associer tous les acteurs du secteur (à commencer par les partenaires sociaux) et sans reproduire la même erreur que le gouvernement sortant, consistant à nier purement et simplement le rôle des collectivités territoriales compétentes en matière de formation et d'apprentissage. La politique du «tout sauf la région» est d'autant plus absurde qu'elle contredit une action plutôt efficace sur le terrain. Pour ne prendre que l'exemple de la région Ile-de-France présidée par Jean-Paul Huchon, c'est chaque année près de 124 000 actifs, en grande majorité de niveau CAP et Bac, qui bénéficient de notre action en faveur de la formation professionnelle. Et ce sont plus de 57000 formations qualifiantes pour les chômeurs (et non des stages parking). Un chiffre à comparer aux 11000 formations financées par Pôle emploi dans la région capitale. Les résultats sont au rendez-vous: six mois après leur sortie de formation, près de 50% des bénéficiaires ont retrouvé un emploi.

Alors, bien sûr, ces résultats doivent être largement améliorés. C'est possible, pourvu que la future négociation porte, au delà des questions de financement et de «gouvernance», sur l'accompagnement individuel des demandeurs d'emploi, la territorialisation des politiques et l'anticipation des mutations économiques. De nombreuses expériences de sécurisation des parcours professionnels, privilégiant la coopération et le partenariat, sont aujourd'hui menées partout en France. Il serait opportun de s'en inspirer, tout en travaillant à une meilleure coordination et à une impérative simplification. Dans ces domaines aussi, le changement est possible!

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 12:32

| Par La rédaction de Mediapart

Comment refonder la liberté de la presse ? Au Théâtre de la Colline, journalistes, humoristes (Didier Porte et Stéphane Guillon) et personnalités ont débattu des pistes à suivre et interrogé les représentants des principales forces républicaines de l'alternance, jeudi soir, pendant deux heures et demie. Retrouvez ci-dessous la vidéo intégrale du débat.

Merci de cliquer sur le curseur de temps à la minute 12,30 pour entrer dans le vif du débat:


Indépendance de la presse : le débat de... par Mediapart Ci-dessous, un montage vidéo d'Antoine Perraud projeté en ouverture du débat : la presse en rieuse à gage et souffre-douleur du monarque républicain.

La presse en rieuse à gages... par Mediapart

 

Le programme de la soirée était le suivant :

Pierre-Louis Basse, journaliste et écrivain, Stéphane Guillon, comédien/chroniqueur, et Didier Porte, comédien/chroniqueur.

Sabine Torrès, fondatrice/directrice du site Dijonscope, Daniel Schneidermann, fondateur/directeur d'Arrêt sur Images, Jérémie Zimmermann, cofondateur de la Quadrature du Net, Fabrice Arfi de Mediapart dressent l’état des lieux de la crise de la presse.

Ensuite, Edwy Plenel interpelle les responsables des principales formations politiques républicaines, dont Patrick Bloche (PS, député, chargé de l'audiovisuel dans l'équipe de campagne de François Hollande), Pascale Le Néouannic (secrétaire nationale du FDG, en charge des libertés publiques et de la laïcité), Pascal Durand (porte-parole Europe Ecologie-Les Verts) et Yann Wehrling (porte-parole du Modem). Il présente, également, les projets de réforme que défend Mediapart dans la perspective d'une refondation de la liberté de la presse et du droit de l'information.

Jean-Pierre Mignard, avocat de Mediapart, candidat PS pour les législatives dans la 2e circonscription à Marseille, conclut les débats.

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 09:12

LEMONDE.FR | 16.02.12 | 19h23  •  Mis à jour le 16.02.12 | 19h26

[Note des animateurs du blog : Les représentants de la motion C du Parti Socialiste ont obtenu que le Bureau National du PS se prononce contre un vote favorable sur le mécanisme européen de stabilité (MES). En effet, une disposition juridique lie le MES au traité de discipline budgétaire, le TSCG (traité sur la solidarité et coordination gouvernementale), voulu par Sarkozy et Merkel. Ce traité, qui doit être signé formellement début mars, obligerait les pays signataires à respecter une "règle d'or" sur l'équilibre des comptes publics. L'article 5 du projet sur de loi le MES réserve le benéfice de ce fonds aux Etats ayant ratifié le traité sur la solidarité budgétaire.

C'est un premier pas vers une position cohérente et offensive pour créer les conditions d'une alternative politique permettant de réorienter la construction européenne. Nous regarderons avec attention la mise en oeuvre concrète par les parlementaires socialistes de cette décision du bureau national du PS. Mais ce n'est qu'une étape, il faut renégocier le traité Merkozy et ne pas se contenter de lui adjoindre un chapitre sur la croissance, puis le soumettre à référendum.]

 

Les députés ont adopté, mercredi 18 janvier, une proposition de loi permettant de lever la menace d'interdiction d'exercer qui pesait sur environ 4 000 médecins étrangers exerçant en France

L'abstention ou le vote contre, c'est la position qu'adopteront les députés socialistes, mardi 21 février, à l'Assemblée nationale, où seront discutés les deux projets de loi relatifs au Mécanisme européen de stabilité financière (MES). Cette position a été adoptée par le bureau national du PS, mardi 14 février, au terme d'un débat technique autant que politique.

Harlem Désir, n° 2 du PS et eurodéputé, a préconisé le vote pour. "Tout le monde, depuis le début, est pour un fonds de secours qui puisse venir en aide aux pays en difficulté, et nous avons d'ailleurs voté les différents plans d'aide à la Grèce", rappelle M. Désir, qui estime que, avec le MES, "on va quand même vers un mécanisme plus puissant plus durable, ce qui va dans le sens que nous souhaitions".

Mais les représentants de l'aile gauche sont montés au créneau, en concentrant leurs critiques sur une disposition juridique liant le MES au traité de discipline budgétaire, le TSCG (traité sur la solidarité et coordination gouvernementale), voulu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Ce traité, qui doit être signé formellement début mars, oblige les pays signataires à respecter une "règle d'or" sur l'équilibre des comptes publics. L'article 5 du projet sur de loi le MES réserve le benéfice de ce fonds aux Etats ayant ratifié le traité sur la solidarité budgétaire.

"Il y a un texte sur le Mécanisme européen de stabilité qui conditionne l'accès à la solidarité au fait d'avoir ratifié le traité Merkel-Sarkozy, a attaqué Benoît Hamon, porte-parole du PS et l'un des dirigeants de l'aile gauche, au bureau national. Par cohérence politique, on ne peut dire oui." Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris, prône même un non ferme et définitif. "Si vous voulez renégocier le Traité Merkozy, il faut voter contre dès le début, explique-t-elle. Juridiquement et politiquement, les deux traités sont liés. Je suis contre l'abstention, car cela voudrait dire qu'il y a des choses bien dans ce qu'a fait Sarkozy."

Comme souvent, c'est Jean-Luc Mélenchon - qui, pour sa part, souhaite un référendum sur le traité européen sur la discipline budgétaire - qui a tiré le premier, mettant la pression sur les députés socialistes. Ceux du Front de gauche (Parti communiste et Parti de gauche), qui ont finalement obtenu un vote solennel nominal par scrutin public à l'issue du débat à l'Assemblée nationale, voteront contre le texte sur le MES. Avant le vote, l'eurodéputé tiendra une conférence de presse, au Palais-Bourbon, avec Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, et les présidents des groupes communistes de l'Assemblée et du Sénat. Un rassemblement est aussi prévu devant le siège de l'Assemblée.

" Que la droite vote pour, on le comprend, c'est M. Sarkozy qui l'a négocié. Mais nos concurrents, comme nos adversaires, devront eux-aussi être clairs. C'est [le] devoir [de François Hollande] d'être clair ", a lancé M. Mélenchon, mardi, devant la presse étrangère avant d'ajouter : " Contrairement à ce que dit François Hollande, les deux traités ne sont nullement déconnectés. "

Le candidat du Front de gauche ne s'est pas privé d'en appeler à ceux des socialistes qui avaient voté contre le Traité constitutionnel européen en 2005. "J'attends de voir mes camarades qui ont fait campagne avec moi pour le non de gauche, Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Alain Vidalies et combien d'autres ? Je voudrais savoir s'ils ont changé d'avis. Les 115 qui ont voté avec moi, au Congrès de Versailles, contre le Traité de Lisbonne, ont-ils changé d'avis ou bien vont-ils de nouveau voter contre à l'occasion de cette réunion du 21 février ?", a-t-il demandé.

Les arguments de M. Mélenchon, et aussi ceux de Jean Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, qui parle d'"une logique suicidaire", semblent avoir porté. "Le fait que certains prennent position pour le 'oui' pourrait inquiéter les électeurs de gauche, explique au Monde Benoît Hamon. On peut vouloir un mécanisme de stabilité et de solidarité sans pour autant avaler le traité Sarko-Merkel, qui impose l'austérité."

Cette position est partagée bien au-delà de l'aile gauche du PS. Ainsi Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, résume-t-il sur son blog le double "piège" : "Piège juridique, puisque ce fonds ne donnera droit de tirage qu'a ceux qui auront voté le deuxième volet, dont nous disons que nous voulons le renégocier (...) Piège politique, parce que Nicolas Sarkozy, s'appuyant sur l'intransigeance actuelle de Mme Merkel, veut en faire un argument dans l'élection présidentielle. Il me semble peu conforme à nos engagements de voter pour."

Raphëlle Besse-Desmoulières et David Revault d'Allonnes

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 17:05
Écrit par Emmanuel Maurel   - Parti Pris - Mardi 14 Février 2012 14:00

Pendant que la France débat des mérites comparés des civilisations, l’Union Européenne laisse crever le pays qui a vu naître la nôtre. Bien sûr, il y a des siècles (au propre comme au figuré) entre Périclés et Papademos, mais quand même, qui peut rester insensible au symbole ?


La troïka se fout des symboles. Elle veut faire un exemple. Et quel exemple ! Saignée à plusieurs reprises, la Grèce se voit imposer un nouveau plan censé « rassurer les marchés » et satisfaire aux exigences des dirigeants de l’UE.

Il ne prévoit rien de moins qu’une nouvelle suppression massive de postes dans la fonction publique (au rythme où ça va, il n’en restera bientôt plus aucun : en voilà des économies en perspective !) et la baisse de 22% du salaire minimum. Les salaires, pour ceux qui en ont encore un, sont gelés pour des lustres.  Et comme, il y a quelques mois, les grecs ont subi une hausse de la TVA (tiens tiens) et une diminution drastique du niveau des pensions (tiens tiens), on imagine aisément l’état social du pays : Ségolène Royal, qui souvent parle clair, l’a résumé ainsi : « des gens qui fouillent les poubelles, c’est ça le rêve des pères fondateurs ! »

 


Qu’elle est loin, cette Europe que nous avons rêvée jadis ! Ni prospère, ni sociale, ni solidaire, ni même pacifique ! Les images des émeutes d’Athènes en témoignent : au fil des traités, l’Union ne sera pas même parvenue à sauver l’essentiel.
Alors, bien sûr, il y a les arguments relayés à l’envi, sur cette tradition « typiquement grecque » de fraude et de la triche. Des péchés ancestraux que nos amis hellènes seraient aujourd’hui condamnés à expier (voilà qu’on la retrouve, notre civilisation !). Oui mais voilà, depuis trois ans, les Grecs expient sévère ! Les plans d’austérité se succèdent, et avec quels résultats ?  Une récession terrible, le chômage qui explose (plus de 20%) et donc des comptes publics qui se dégradent, justifiant de nouveaux remèdes de cheval, qui plongeront un peu plus le pays dans le chaos. Les indifférents pourront à peine profiter de leur lâche soulagement. Car ceux qui expliquent aujourd’hui que la Grèce paie des décennies de gabegie, de laxisme et de tricherie sont les même qui condamneront demain les italiens, les portugais, et même les Français pour avoir trop longtemps profité des 35 heures, de la sécurité sociale, des congés payés.


Le plus stupéfiant, le plus révoltant aussi peut être, c’est que personne ne s’embarrasse plus de pudeurs démocratiques. Les dirigeants européens, sans parler de la technostructure communautaire et de l’oligarchie financière, ne font même plus semblant de croire une seconde que la Grèce est un État souverain. On se souvient que Papandreou dut quitter son poste après avoir commis une faute de goût : il avait évoqué l’idée d’un référendum sur le plan Merkozy. Le nouveau premier ministre (un ancien de la BCE, on ne change pas une équipe qui gagne), qui ne gouverne plus rien à part peut être lui-même, a fait adopter son texte un dimanche après midi, dans le cadre d’une procédure d’urgence qui n’appelle pas de débat.  « Nous avons le choix entre de grands sacrifices et le chaos ». Il aura les deux.


Voilà donc le point d’arrivée de cette construction européenne caractérisée par un invraisemblable aveuglement idéologique. Un pays membre transformé en protectorat, un gouvernement sous tutelle, un parlement sommé de s’exécuter sans tarder, des récalcitrants purement et simplement virés !


Ainsi la poignée de députés socialistes ayant refusé de voter le plan d’austérité ont été exclus immédiatement de leur parti. Ces vingt deux élus du PASOK sont pourtant l’honneur de la gauche grecque, et même européenne. Et ils nous montrent chemin. Socialistes français, possiblement victorieux au printemps, affichons dès maintenant notre objectif : refus du traité Merkozy, renégociation et référendum !

 

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