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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 07:00

Réforme des retraites : il faut le lire pour le croire !

LE 28 juin PAR Delphine Mayrargue, Charlotte Brun, Alexie Lorca

 

Brun

Inefficace, injuste et indigne… Telle est la réforme des retraites proposée par le gouvernement. Les Français ne s’y trompent pas, qui la condamnent pour 50% d’entre eux, quand 60% se prononcent contre le recul de l’âge légal à 62 ans. Quant aux syndicats bafoués par le gouvernement, ils comptent désormais sur la mobilisation et la rue pour résister à ce retour en arrière sans précédent. Après la présentation du projet gouvernemental, les syndicats ont même boycotté les ultimes rencontres avec le gouvernement, refusant de se rendre complices de cette parodie de négociation. Le président de la République s’était pourtant engagé à ne pas passer en force… Qu’en est-il concrètement ?

Il bâcle les débats, puis impose un calendrier à cheval sur la coupe du monde de football, les vacances d’été et la rentrée scolaire !

Les députés socialistes ont demandé que la procédure d’examen accéléré ne soit pas décidée sur ce texte, que le débat de septembre ne soit pas limité aux cinquante petites heures prévues et que tous les débats de commission soient ouverts à la presse dès le mois de juillet. Le gouvernement leur a opposé une fin de non recevoir.

Tout cela porte à croire que, malgré les effets d’annonce et les simagrées gouvernementales, le projet était bouclé depuis longtemps. Et qu’outre son inefficacité, son injustice et son indignité, il est profondément dogmatique.

Dogmatique d’abord, le recul de l’âge légal. Il ne résoudra rien, mais sanctionnera les femmes et les hommes qui ont commencé à exercer très jeunes, des métiers souvent pénibles… Il sanctionnera également les seniors, qui en moyenne s’arrêtent de travailler à 58 ans, faute de trouver un emploi. Ainsi, des salariés qui auraient dû partir en retraite, deviendront des chômeurs.

Également dogmatique et profondément injuste, la mesurette de mise à contribution du capital. Pour établir ses comptes, le gouvernement a retenu l’année 2020 et calculé qu’il faudrait trouver d’ici là 40 milliards d’euros. Pour ce faire il met à contribution les revenus du capital et du patrimoine à hauteur de 1, 7 milliard d’euros, sollicite les entreprises pour 2 milliards et ne demande rien ni aux banques ni aux établissements financiers. Les 90 % restants , soit ne sont pas financés, soit reposent intégralement sur les épaules des salariés.

Quant à la décision de vider le Fonds de Réserve des retraite, elle relève du braquage et hypothèque l’avenir des salariés qui partiront en retraite entre 2020 et 2030. C’est pour eux, et pour pallier un choc démographique annoncé, que le gouvernement Jospin avait créé ce Fonds en 1999. Il devait atteindre les 150 milliards en 2020. Mais la droite a cessé de l’abonder dès 2002. Et elle puise aujourd’hui dans l’épargne constituée entre 1999 et 2002, à savoir 34, 5 milliards d’euros.

« Après nous le déluge ! » Telle pourrait être la devise de ce gouvernement à la vue courte et sélective. Dans son langage, « réforme » devient synonyme de « recul », un recul qui doit bénéficier dans l’instant à quelques intérêts particuliers.

Ce qui nous amène à l’indignité. Car toujours dans le langage gouvernemental, le salarié doit être soumis à une « traçabilité ». Il s’agit des salariés qui doivent prouver tout au long de leur carrière qu’ils sont soumis à des activités pénibles. Cette « traçabilité » permettra ni plus ni moins de s’assurer qu’ils arrivent à 60 ans cassés, foutus, que l’on ne les paiera pas à « se la couler douce », qu’ils arrivent donc à la retraite avec — on peut l’écrire sans risquer le procès d’intention —une espérance de vie en bonne santé tout à fait minime. Si l’on devait encore s’en convaincre, cette réforme est idéologique, totalement réactionnaire et indigne de notre pays, de son histoire. Jamais en outre, elle n’évoque ni ne prend en compte la crise sans précédent que nous traversons. Au contraire, elle contraindra les plus faibles à davantage d’efforts et de précarité.

Pour l’imposer à l’opinion publique, le gouvernement continue à instrumentaliser en le dramatisant le « choc démographique », sans pour autant concevoir la possibilité de mobiliser de nouvelles ressources.

Aux côtés des autres forces de gauche et des syndicats, le Parti socialiste doit combattre cette réforme et diffuser ses propositions qui pérennisent le système par répartition en mettent à contribution de nouvelles ressources. Ces nouvelles ressources ne peuvent évidemment pas émaner du porte-monnaie des salariés. Les revenus du capital et de l’immobilier, les banques et les établissements financiers qui ont engendré la crise que nous traversons et qui doivent leur salut à l’État, donc à l’argent du contribuable, doivent largement participer à ces nouvelles ressources.

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