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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 12:11

Libération - Lundi 12 septembre 2011, tribune de professionnels de l’Education.

Notre école est plus que jamais en crise, minée notamment par une décennie de démantèlements et de déstabilisations. Des territoires entiers, dans les banlieues et dans les départements ruraux, sont condamnés à un abandon éducatif que la suppression de la carte scolaire n’a fait qu’aggraver. Les retraits de postes par milliers depuis 2007 (66 000 suppressions en cinq ans), la disparition programmée des Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased), la réforme calamiteuse de la formation des enseignants, la réduction brutale à quatre jours de classe par semaine imposée à l’école primaire, l’appauvrissement et le désordre des programmes et des évaluations, notamment dans le primaire et au collège, mais aussi au lycée : tout cela laisse l’Education nationale exsangue et désorientée.

Mais la crise est bien plus profonde : au-delà de son appauvrissement, c’est la capacité de l’école à lutter contre les inégalités qui fait aujourd’hui défaut. Etudes après études, les comparaisons internationales sont sans appel. De par son élitisme structurel et sa propension à la sélection par l’échec à tous les étages du système éducatif, le destin scolaire des élèves dépend de leurs environnements culturels et sociaux d’origine.

Nous partageons le souhait de Martine Aubry de refonder l’école. En ces temps de «résistance», on peut rappeler les objectifs énoncés en 1944 par le Conseil national de la résistance : «pleine liberté de pensée, de conscience etd’expression». Nous devons réaffirmer les raisons prioritaires pour lesquelles l’éducation doit être une priorité : l’émancipation des individus, le progrès culturel de la société, la formation de futurs citoyens libres et éclairés. Il s’agit là d’un enjeu de civilisation.

Face à la politique éducative désastreuse de ces dernières années qui a sapé en profondeur les fondements de l’école républicaine et laïque, reconstruire ce que la droite a cassé et réinjecter les indispensables moyens qui font aujourd’hui défaut ne saurait suffire et être à la hauteur de l’enjeu. Il nous faut retrouver les fondements de l’école et mettre clairement en avant, face aux limitations du libéralisme et au désastre social de l’élitisme de notre système scolaire, les finalités premières d’une école républicaine, démocratique et laïque. Il nous faut la redresser sur sa base fondamentale, à savoir l’école obligatoire, celle de tous, que l’on doit à tous et à chacun, et privilégier avant tout la maternelle et le primaire, en particulier la période sensible des apprentissages premiers où beaucoup se joue. Lutte contre l’échec et le redoublement, revalorisation et modernisation du métier d’enseignant, orientation positive des élèves par une plus grande ouverture culturelle et professionnelle, lutte contre la ghettoïsation scolaire, renforcement des alliances entre tous les éducateurs, dont les parents… : les chantiers sont immenses.

Pour nous, Martine Aubry apparaît comme la mieux à même de mener à bien ce grand œuvre. Nous savons le prix qu’elle accorde à la culture, à l’ouverture de tous les esprits au savoir et à l’intelligence, et connaissons sa conviction que l’avenir, la richesse de notre pays, intellectuelle comme matérielle, repose sur les épaules de tous les enfants d’aujourd’hui. Elle est déterminée sur les priorités indispensables à la refondation de l’école et elle a, au cours de l’élaboration du projet du Parti socialiste, voulu un projet global, de la maternelle à l’université, dans l’école et hors de ses murs, en associant à son élaboration des enseignants, des parents, des syndicalistes, des élus, des universitaires, des associations d’éducation populaire qui, au quotidien, accompagnent les enfants et les jeunes vers l’émancipation et la réussite. La ville de Lille a d’ailleurs depuis six ans un projet qui articule les temps de l’enfant, ouvre les élèves à la musique, à la lecture, au sport tout en accompagnant les plus fragiles vers la réussite éducative en leur apportant des réponses individualisées. Le respect avec lequel elle a toujours considéré les enseignants et les professionnels, mais aussi, l’exigence qu’elle porte et sa capacité à vaincre les conservatismes et les immobilismes, sa faculté à articuler action locale et ambition nationale nous convainquent que, Présidente, elle saura donner un nouveau souffle à l’école.

Signataires : Christian Baudelot, Roger Establet Sociologues, Claude Lelièvre, Bruno Poucet Historiens de l’éducation, André Sirota Psychologue, Annette Bon, Anne-Marie Vaillé, Jacques Fijalkow, Jean-Louis AuducChercheurs en éducation ou formateurs d’enseignants, Francine Best, Jean Hébrard ex-Inspecteurs généraux, Pierre Frackowiak Inspecteur honoraire, Claude Rebaud Proviseur, Didier Cardon, Nicole Belloubet Vice-présidents de conseil régional, chargés de la formation, Bruno Julliard Secrétaire national du PS pour l’éducation.

"Refonder l'école avec Martine Aubry", tribune de professionnels de l'éducation

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