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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 11:33

Vendredi 9 Septembre 2011 - Mediapart.fr - Par Richard Moyon, responsable RESF

A quelques amis et camarades. L'enjeu de l'élection présidentielle de 2012 sera, pour la société française, probablement plus lourd de conséquences que celui de bien des scrutins présidentiels antérieurs, particulièrement en cas d'une réélection de Sarkozy.

En quatre ans et demi l'actuel occupant de l'Elysée a clairement montré quels sont ses choix économiques, sociaux et politiques fondamentaux, certains prolongeant et accentuant des tendances déjà affirmées sous Chirac, d'autres marquant une rupture, y compris avec ses prédécesseurs de droite.

L'ami des milliardaires et des dictateurs

Même si la révolte des peuples arabes l'a forcé à lâcher certains de ceux devant qui il se prosternait la veille, le quinquennat de Sarkozy a été celui des démonstrations ostentatoires d'amitié aux pires dictateurs.  Les Bongo père et fils, Ben Ali, Moubarak ou Hu Jintao, ont eu droit aux mamours et aux tapes sur l'épaule d'un Sarkozy empressé, sans parler de Kadhafi invité à planter sa tente dans les jardins de l'hôtel Marigny, en voisin de l'Elysée ou de Bachar El Assad hôte d'honneur d'un défilé du 14 juillet dont on sait combien il est sacré aux yeux de Fillon. L'atlantisme revendiqué de celui qui se vantait d'être appelé Sarkozy l'Américain au temps de Bush s'est traduit, entre autres, par la réintégration de la France dans l'OTAN et sa participation accrues à l'équipée afghane.

Sur le plan social, le bilan de son quinquennat est l'un des pires depuis la fin de la guerre. D'un côté, chômage indéracinable avec une hausse record en juillet, précarité croissante, pouvoir d'achat des couches populaires et moyennes en berne, retraites amputées, services publics fortement dégradés par la réduction drastique des effectifs et des moyens dans l'éducation et la santé un mendiant à chaque coin de rue, des SDF par centaines de milliers, des mal logés par millions, etc. De l'autre, népotisme, places et cadeaux, petits et grands, aux amis du Fouquet's, parents et alliés,  et les Hauts-de-Seine au fiston, et 300 millions d'€ pour ce bon M. Tapie, et quelques dizaines d'autres encore pour cette pauvre Mme Bettencourt, et le défilé des amis de toujours aux postes ministériels et à la tête  des organismes publics, etc. Mais aussi, de façon plus coûteuse encore, dégrèvements, niches fiscales, subventions, aides, petits arrangements et revenus mirobolants pour le club du CAC 40 et les catégories à choyer (restaurateurs régalés d'un stérile abaissement de la TVA, heures supplémentaires défiscalisées,  grosses fortunes d'abord protégées par le bouclier fiscal puis débarrassées de l'ISF, pour ne mentionner que quelques exemples). "Enrichissez-vous" pour gagner le droit de vote, conseillait Guizot aux pauvres au temps du suffrage censitaire. "Goinfrons-nous" répète Sarkozy à ses amis milliardaires et dictateurs.

Vous avez détesté Sarko One, vous le regretterez avec Sarko Two !

Cela étant, Sarkozy n'est pas allé au bout de sa capacité de nuisance,  tant s'en faut. Il peut faire pire. Nombre de ses projets emblématiques n'ont pas abouti ou ont été édulcorés  du fait des circonstances et/ou de l'opposition active de l'opinion. C'est ainsi que les crises mondiales provoquées par la spéculation financière en 2008 puis en 2011 l'ont contraint à quelques discours condamnant platoniquement certains aspects outrancièrement choquants du capitalisme comme les paradis fiscaux. Certaines de ses mesures phares, comme le bouclier fiscal dont il était si fier, ont dû être abrogées après qu'il  s'y soit cramponné contre vents et marées et l'actuelle crise l'oblige à rogner quelques niches fiscales au grand dam de ses députés. 

Mais il n'en demeure pas moins que la pensée des sarkozyste en matière économique est tout entière imprégnée des préceptes des gourous néolibéraux et néoconservateurs américains : les couches populaires doivent payer les errements des banques et des financiers.

C'est d'ailleurs aux mêmes sources de la droite américaine qu'il a puisé ses thèses sécuritaires mises en œuvre depuis sa première accession au ministère de l'Intérieur en 2002. Malgré la multiplication des textes législatifs de circonstance (à chaque fait divers, sa loi !), l'assignation d'objectifs chiffrés aux services de police et les innombrables coups de menton de Sarkozy, un récent rapport de la Cour des comptes (2011) souligne l'échec de sa politique. Après la France en 2005, la Grande-Bretagne vient d'en faire la cruelle expérience : une police coupée de la population, qui n'apparait que la matraque et la grenade lacrymogène à la main, est de peu d'efficacité contre une délinquance qui trouve en grande partie ses racines dans la pauvreté matérielle et la désespérance morale.  Etre fort en gueule fait parfois, un temps, illusion mais ne fait pas une politique.

Rendue responsable d'un peu tout et n'importe quoi au gré des événements et des fantasmagories du président et de ses copains de la droite populeuse, l'immigration tient dans le discours sarkozyste le rôle classique de bouc émissaire dévolu à l'étranger. Lois à répétition censées endiguer des vagues migratoires inventées par la droite extrême, objectifs délirants de "clandestins" à expulser annuellement, Roms désignés à la vindicte publique,  Français de fraîche date et de double nationalité menacés d'être privés de leur carte d'identité française,  débats fangeux sur l'identité nationale, sur l'Islam et la laïcité, Eva Joly accusée de refuser de chanter "Tiens voilà du boudin" à l'unisson avec Fillon le 14 juillet, le triangle d'or des thèses sarkozystes doit se trouver quelque part entre Déroulède, Le Pen et Pétain.

 

Une élection à haut risque

Sa réélection en mai 2012 vaudrait à coup sûr aux yeux de Sarkozy  quitus pour le passé et blanc seing  pour l'avenir.  Celui "qui ne doute de rien et surtout pas de lui-même" se croirait tout permis. Il y verrait l'approbation inconditionnelle de son passé et de ses projets, y compris de ceux qu'il a renoncé à mettre en œuvre lors de son premier mandat et de ceux qu'il n'a fait qu'esquisser ou que ses collaborateurs les plus à droite ont évoqués (fichier des bénéficiaires des aides sociales, service du travail obligatoire pour les chômeurs par exemple). D'autant que, la constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat, il serait libéré des conséquences de son impopularité : il se sentirait omnipotent, investi de la mission de sortir le pays  et le monde de la crise et libre de recourir plus directement aux pratiques esquissées lors de son premier mandat : nomination de ses hommes aux postes clés, utilisation des moyens de l'Etat, de la police en particulier, poursuites à l'égard des opposants.

Au prétexte de sauver l'€uro, de résorber la dette publique ou de respecter la "règle d'or" de l'équilibre budgétaire, la seconde présidence de Sarkozy se traduirait par des mesures dont celles prises récemment en Grèce ou en Irlande donnent l'orientation : amputation des salaires et des retraites, coupes drastiques dans les dépenses sociales, services publics attaqués à la hache, précarisation généralisée du salariat. 

Selon toute vraisemblance, cette offensive contre le niveau de vie de la population pour préserver les bénéfices des banques et des entreprises du CAC 40 provoquerait des oppositions... dont on peut se demander avec quelle violence le président réélu les combattrait.  Les émeutes de 2005 avaient valu la proclamation de l'état d'urgence. Celles qu'entraineraient des mesures analogues à celles appliquées en Grèce vaudraient-elle son application à tout le pays ? La question mérite d'être posée.

La relative mansuétude dont font preuve les tribunaux à l'égard de ceux qui s'opposent à des mesures que l'opinion désapprouve (faucheurs d'OGM, travailleurs occupant des locaux, retenant des patrons, enseignants ou parents s'opposant à des expulsions de sans papiers) prendrait fin : sanctions et peines de prison s'abattraient.

Ayant multiplié les lois sécuritaires, faisant installer de formidables dispositifs sécuritaires à chaque manifestation, ne cachant pas son intention de mettre les juges au pas, intervenant en sous-main dans nombre d'affaires et roulant des mécaniques à chaque occasion, Sarkozy se fait une gloire d'être capable de passer en force. Grisé par une seconde victoire, dopé par sa mission de sauveur du monde, il n'hésiterait pas à imposer ses "solutions".    

Il le pourrait d'autant plus aisément qu'une seconde victoire de Sarkozy, quatrième succès consécutif d'un candidat de droite aux présidentielles, constituerait une défaite majeure qui plongerait dans le désespoir et, il est à craindre, de façon durable, ceux qui s'efforcent de faire vivre les valeurs de progrès social et de solidarité, à commencer par les militants associatifs, syndicalistes et politiques mais aussi les couches populaires maltraitées et méprisées, accélérant leur démoralisation, confortant l'idée du « tous pourris » et de l'inanité de toute action collective.

Même si ce n'est pas l'essentiel à côté de la catastrophe que représenterait une réélection de Sarkozy, il est probable qu'une défaite supplémentaire signerait l'arrêt de mort des partis de gauche et d'extrême-gauche tels qu'ils existent, sans pour autant laisser à d'autres courants progressistes les moyens de naître, risquant d'ouvrir le champ à toutes les dérives, maffieuses, intégristes ou fascistes dans les couches populaires.

La gauche au pied du mur

L'issue des présidentielles de 2012, et donc leur préparation, ne peut laisser personne indifférent. Un second mandat de Sarkozy ne serait pas cinq années de plus sous un président de droite. Mais bien, , une débâcle terrible des couches populaires dont, du fait de la situation économique mondiale, de la situation politique française, de la sidération due à l'échec de la gauche et de la personnalité du candidat de droite, elles risqueraient de payer le prix des années et des années durant. Il faut, vraiment, que Sarkozy échoue... et qu'un(e) candidat(e) de gauche l'emporte.

Il ne s'agit pour autant évidemment pas de s'en remettre aveuglément à un/une candidat(e) autre que Sarkozy. D'abord parce que ce pourrait être le moyen, comme en 2002 et en 2007, de faire triompher la droite. L'expérience a montré que même face à des candidats de droite qui n'auraient pas dû passer, certains étaient capables de perdre.

Il ne s'agit pas non plus de borner son horizon à faire tomber Sarkozy. C'est sans doute un préalable mais, son échec acquis,  tout restera à faire et les plus grands dangers continueront de planer, en particulier du fait de l'omnipotence des "marchés" qu'il faudra bien, tôt ou tard, dompter. Cela étant, avant même d'y penser, il faut avoir remporté la bataille de 2012.

Martine Aubry, puisqu'il faut choisir

Quelques préalables :

Un candidat de gauche doit impérativement être présent au second tour. La voie est étroite entre la multiplicité des candidatures (et la carence de Jospin) de 2002 qui a mené Le Pen au second tour et le caporalisme qui, au nom de ce danger, interdirait à quiconque de se présenter. Dans l'état actuel du rapport de forces entre la gauche et la droite au premier tour tel que le donnent les sondages, toutes les candidatures déclarées à gauche ou à l'extrême-gauche (Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Philippe  Poutou, Nathalie Artaud) sont légitimes même si se dessine d'ores et déjà la tendance à voter PS au premier tour, « pour assurer ».  Ce sera ensuite une affaire d'appréciation de la situation et de prise de responsabilité individuelle. Mais il ne faut pas qu'un 21 avril se reproduise. 

Il faut l'espérer, un(e) candidat(e) de gauche sera présent(e) au second tour, vraisemblablement celui/celle du PS. Contre Sarkozy, il faudra voter pour lui/elle, quel qu'il soit. Il est dès lors logique de se donner les moyens de peser sur la sélection et  de participer aux primaires. Même si sur  le fond les différences entre les unes et les autres apparaissent comme des nuances, les personnalités ne sont pas identiques. Il ne s'agit pas, pour quelqu'un qui n'est pas membre du PS, d'arbitrer entre ses personnalités et ses courants, mais de dire, entre les candidat(e)s en mesure de l'emporter, François Hollande et Martine Aubry, quel est celui/celle  pour qui on voterait le plus volontiers au second tour. Etant entendu que même si c'était un autre qui l'emportait aux primaires, le vote lui serait acquis.  

De ce point de vue, Martine Aubry est celle qui tient le discours le plus ferme sur le plan social et le moins timoré sur la question de la sécurité et de l'immigration. Cela n'en fait certes pas une révolutionnaire ! Mais puisque pour battre Sarkozy on votera PS au second tour, je dirai à l'occasion des  primaires socialistes que je préfère voter Martine Aubry au second tour, ce qui ne préjuge en rien de mon vote au premier tour.

Ajoutons que, Sarkozy battu, et bien battu, faut-il espérer, tout restera à faire, dans une situation économique probablement difficile. Le coup de Jospin promettant d'abroger les lois Pasqua et y renonçant quelques semaines après son accession au pouvoir et de fermant Renault-Vilvorde en prime a été fait une fois.  Pas deux.

Richard Moyon

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