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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 14:17

Lundi matin, Martine Aubry était l'invitée spéciale de la rédaction de Libération. Elle a répondu aux questions de la rédaction sur tous les sujets d'actualité : Union de la gauche, crise financière, retraites, éducation, logement, international, campagne des primaires... L'interview a été publiée dans Libération ce mardi 20 septembre.


L'éditorial de Nicolas Demorand: «Pour Martine Aubry, l'idée de progrès n'est pas morte, de nouveaux droits restent à conquérir. Et l'Etat qui va avec: offrant le maximum de protections à ceux qui en ont besoin et le maximum de liberté à ceux qui la recherchent»

«Esquisse. Les candidats à la primaire socialiste face à l’équipe de Libération : dans les jours et les semaines qui viennent, tous auront l’occasion de répondre à nos questions. C’est Martine Aubry qui a ouvert le bal : deux heures et demie d’une interview collective, en profondeur, sans tabou ni langue de bois, sur les sujets qui font l’actualité… et ceux qui devraient la faire, à la veille d’une présidentielle.

Crise économique, impuissance politique européenne, reconnaissance de la Palestine comme Etat, réforme de la recherche et des universités, carte scolaire, grandes écoles, avenir de l’audiovisuel public, séparation des pouvoirs via la restauration de l’indépendance de la justice, intervention télévisée de DSK, «pacte de Marrakech» : interrogée par les spécialistes de la rédaction, Martine Aubry s’est montrée précise, offensive et carrée.

A aucun moment elle n’a paru la candidate «par défaut» que dépeignent ses adversaires et la rumeur. Au contraire : elle avoue trouver un réel plaisir politique à la primaire et semble même regretter que les échanges soient si feutrés entre les candidats. Alors que le premier débat télévisé entre compétiteurs socialistes avait été accaparé par le thème de la rigueur économique, Martine Aubry a martelé que la politique ne se résumait pas au plan de bataille pour revenir à l’équilibre budgétaire.

Pour elle, l’idée de progrès n’est pas morte, de nouveaux droits restent à conquérir et la gauche doit s’atteler à penser «la société des individus» ou des «personnes». Et l’Etat qui va avec : offrant le maximum de protections à ceux qui en ont besoin et le maximum de liberté à ceux qui la recherchent. Bref, au-delà des graves contingences économiques du moment, l’esquisse d’un modèle de société dont on espère qu’il sera complété ou contesté dans le cadre de la primaire.»

Les réponses de Martine Aubry à Libération

On se présente parce qu'on pense que l'on est à la hauteur

«On se présente parce qu’on pense que l’on est à la hauteur pour répondre aux problèmes de son pays. Je pense qu’il faut de l’épaisseur pour cela et non pas se regarder dans le miroir tous les matins pour dire : «Je suis la plus belle.» Non, il faut se dire : «En fonction de ce que j’ai vu, de ce que j’ai compris, de ce que je propose, ai-je la capacité de porter un projet et d’engager derrière moi les Français ?» C’est ma conviction aujourd’hui, c’est ce qui m’a amenée à être candidate.

La campagne des primaires: «je suis heureuse»

«Je suis heureuse de deux manières. D’abord, parce qu’ayant quitté la direction du Parti socialiste, je parle en mon nom propre. Cela donne parfois plus de liberté. Deuxièmement, j’ai l’impression de refaire de la politique comme je l’aime.»,  explique Martine Aubry, qui dit retrouver «la politique telle que je l’aime ; cela faisait longtemps que je n’avais pas eu ce sentiment très fort».

Le progrès au coeur de l'action

«Cela a l’air cucul de le dire, mais réenchanter la politique, dire que la notion de progrès veut dire quelque chose aujourd’hui, dire que les Français me parlent aussi de leur angoisse de voir un pays rétréci, qui n’est plus envié, qui est regardé souvent avec mépris, ça compte».

Les banques: séparer les activités de dépôt et les activités financières

«Depuis 2008, rien n’a changé», note Martine Aubry, qui prône une «séparation des activités de dépôt et des activités financières».

Les eurobonds: «je suis très favorable»

«Oui, je suis très favorable aux eurobonds et je regrette que Nicolas Sarkozy ait changé d’avis pour faire plaisir à Mme Merkel, qui sentait que les Allemands n’en voulaient pas. En contrepartie, elle lui a fait plaisir en lui faisant croire qu’elle croyait à sa règle d’or.»

Retraites: partir à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt ou pour les métiers pénibles

Martine Aubry a epxliqué que pour «la retraite à taux plein concerne ceux qui ont commencé à travailler tôt ou ceux à qui nous dirons, après négociation avec les syndicats, que, par exemple, leur année à la chaîne chez Moulinex compte pour 1,2 année et non pas une année, car ce sont des travaux pénibles». Elle ajoute que «trois millions de Français ont commencé à travailler tôt, trois millions pourront partir à 60 ans à taux plein alors qu’on leur demande aujourd’hui d’attendre l’âge de 62 ans».

«Oui, il faut augmenter la durée des cotisations parce que l’espérance de vie s’accroît, a expliqué Martine Aubry, qui a souligné dans le projet avoir «pris les hypothèses les plus dures de 2025 et nous avons dit : «Il faut passer aujourd’hui à 41 ans, puis à 41 ans et demi en 2025». Elle rappelle également que' «on ne réglera pas le problème des retraites sans des ressources nouvelles», qui seront «les compléments de salaire qui, aujourd’hui, ne paient pas les cotisations retraites : les stock-options et les bonus, qui représenteront 2 milliards par an ; sur la participation et l’intéressement (les syndicats nous ont donné leur accord), qui représenteront 3 milliards par an. D’autre part, il faut faire financer les retraites par les revenus du capital et par les banques ; nous avons prévu une taxation spéciale sur les banques - que l’on ne vienne pas nous raconter que cela ne va pas».

Education: «un plan de refondation de l'école»

«Avec l’ensemble des organisations syndicales, nous avons convenu de démarrer le travail au lendemain de la primaire, afin qu’une des premières lois - à l’automne 2012 - soit un plan de refondation de l’école sur cinq ans avec des moyens et des priorités» Martine Aubry s'engage à «recentrer la mission des enseignants qui est de donner une culture commune, de donner envie d’apprendre aux élèves, d’en faire des citoyens à même de se forger des opinions», et à «remettre les enseignants là où l’on en a le plus besoin, éventuellement prévoir 12 à 15 élèves par classe dans certains endroits, pour en mettre 30 dans d’autres.» Elle a également précisé qu'elle remettrait en place la carte scolaire.

Sécurité: d'abord ajouter 10.000 policiers, et faire la police des quartiers

Martine Aubry a appellé à «ajouter 10 000 policiers et gendarmes», puisque la droite en a supprimé «11 000 environ». Martine Aubry veut «remettre les policiers et les gendarmes sur la sûreté, la sécurité et la tranquillité publique. Aujourd’hui, nous n’avons plus de policiers dans les quartiers».

Logement: «bloquer les loyers à la relocation»

Martine Aubry a détaillé trois propositions:

- bloquer les loyers à la première location et à la relocation dans toutes les zones tendues, donc dans toutes les grandes villes.

- s'attaquer à la politique de défiscalisation «des propriétaires qui achètent pour louer», qui représente 11 milliards sur les 33 que représente le budget du logement». Elle a appellé à «réduire de 3 à 4 milliards ces 11 milliards»

- les marges dégagées permettront de construire«150 000 logements sociaux par an», et d'«aider les collectivités locales à acheter du foncier». Notre candidate milite pour que «chaque projet de création de plus de 15 logements doit avoir un tiers d’accession sociale à la propriété, un tiers de social un tiers de privé», comme elle l'a réalisé à Lille.

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