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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 13:46
LES IMPASSES DU VERBALISME

Quatre-vingt ans nous séparent du Congrès de la Mutualité de la SFIO. La Vieille Maison vit alors une de ses plus terribles batailles doctrinales depuis le schisme de 1920. La situation n’est pas exactement la même aujourd’hui et pourtant… En 1933, il s’agit pour les « néo-socialistes » de Déat, Marquet et Montagnon d’adapter la stratégie de la gauche à la crise des classes moyennes dans l’Europe occidentale de l’après-1929 et d’engager une dérive autoritaire et « réformiste ». On venait, il faut le dire, de voir les classes moyennes italiennes et allemandes basculer dans le fascisme et les « néos » faisaient profession de nouveaux stratèges du socialisme. De la salle, alors que Marquet parle à la tribune et décline son triptyque « Ordre, autorité, nation », Blum de la salle s’emporte : « Je suis épouvanté »...

Epouvanté, qui, en 2013, ne le serait pas par certaines déclarations, par certaines dérives ?

La Gauche est, on le sait, confrontée à de terribles difficultés. La mondialisation, la globalisation financière, la crise que nous connaissons sous sa forme paroxystique depuis 2008 imposent à la gauche de redéfinir son message, de batailler pour imposer un autre imaginaire que celui porté par l’idéologie dominante, fait de peur du déclin et d’occidentalisme… Pendant ce temps, les difficultés concrètes, immédiates, existent : désindustrialisation, hausse de la facture énergétique, précarisation, fractures spatiales etc…

Il faut à la fois ouvrir un horizon et gérer le quotidien…

Aujourd’hui, ce sont les classes populaires qui focalisent l’attention. Légitimement. Mais, derrière la vulgate qui pointe sur les « classes moyennes et populaires » se fait jour une autre réalité : celle d’une dérive, lente mais certaine, vers la droite d’une partie de la gauche.

La tentation est grande, devant les difficultés des gauches occidentales, de coller à « l’opinion des classes populaire ». On redécouvre tardivement qu’il y a des « ouvriers » et des « employés », on s’aperçoit qu’ils habitent des « zones périurbaines » sans constater que les espaces ouvriers sont d’abord des espaces ruraux et inversement et que les espaces périurbains ne sont pas homogènes. La course s’engage sur un terrain propice à l’adversaire, parce qu’on refuse de mener le combat culturel, parce qu’on se soumet à l’imaginaire de la droite plutôt que d’essayer d’imposer le sien. Désormais, la religion du buzz induit des phénomènes morbides : invocation de la « déchéance de la nationalité », essentialisation des classes populaires comme un ensemble de « petits Blancs », défiance aussi confuse que peu laïque envers « l’islam » au nom de cette même laïcité (« islam », objet de reportages farfelus et de représentations fantasmées notamment), vagues puritaines se faisant face dans une concurrence des normativités préoccupante... On trouvera toujours des mesures de bon sens pour accompagner pareille dérive. On tente, d’ailleurs, de trouver LA mesure qui pourrait séduire les « classes populaires », tout impressionné que l’on est des miracles opérés par la campagne « Travailler plus pour gagner plus » du Sarkozy de 2007. On invoque le « patriotisme » pour faire croire qu’on lèvera tous obstacles économiques sans vouloir s’avouer ou avouer que le sentiment patriotique ne peut pas tout.

Ces différentes formes régressives sont liées à la difficulté stratégique qui est celle de la gauche. Sans doute ne parvient-elle pas à mesurer que dans la défaite de Sarkozy en 2012, il y a du Goldwater, il y a les ferments, si elle ne combat pas, d’un réalignement électoral durable qui prendrait appui sur un électorat de droite et de droite extrême fusionné.

Le risque c’est tout à la fois la dérive régressive et le verbalisme républicain.

La chance à saisir c’est la guerre culturelle.

Le verbalisme, c’est l’invocation permanente de la « République », des « classes populaires », du « vivre ensemble », du « patriotisme », dans une danse des mots qui leur fait perdre leur sens en même temps qu’elle dénature l’action politique.

Le profond clivage à gauche est celui-ci : il s’agit de savoir si l’on se fond dans une forme de spontanéisme droitier ou si l’on mène le combat culturel frontal contre une « droitisation » née avant tout de la confusion et contre l’exploitation que la « ligne Buisson » en fait.

Sans doute somme nous nombreux désormais à lire la même carte, mais à coup sûr n’avons-nous pas la même philosophie, pas le même horizon.

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