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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 23:01

François Bazin (Le nouvel observateur) auteur de «Pilhan, le sorcier de l'Elysée», était l'invité des Entretiens de Solférino

Jacques Pilhan (1943-1998) ou l’histoire improbable d’un conseiller de l’ombre qui a façonné les relations de deux présidents, François Mitterrand et Jacques Chirac, avec les Français. Qui mieux que François Bazin, Rédacteur en chef du service politique du Nouvel Observateur pour évoquer le parcours singulier d’un homme hors du commun?

>> Les bonnes feuilles du livre sur l'Express.fr

Invité des Entretiens de Solferino, ce journaliste de renom s’est vu attribuer le prix du Livre politique par l’association Lire la politique pour l’ouvrage - Pilhan, le sorcier de l'Elysée - qu’il vient de consacrer à ce personnage à la fois influent et discret. « Il a été sans aucun doute le précurseur de la communication moderne, contribuant à la mise en scène du pouvoir », résume Emmanuel Maurel.

Vie de bohème

Pilhan ou l’histoire d’un homme fascinant, complexe et intuitif, aux prises à de multiples contradictions, dont le rôle s’est révélé décisif, jusqu’à sa disparition. Influent, surtout, voire même déterminant sous les septennats de Chirac et Mitterrand. Né à Tarnos, ville rouge située dans les Landes, il n’a pas vraiment conservé un bon souvenir de son passé… « C’était un surdoué qui n’était pas dans le rythme des autres, confie François Bazin. À Paris, il a mené une vie de bohème assumée. Intéressé par la politique, mais pas engagé, il s’est révélé en 1980, intégrant la campagne du candidat Mitterrand, avant de se rapprocher de l’Élysée, en 1983 ».

Il aimait le luxe par-dessus tout et seul le pouvoir captivait cet amateur invétéré de poker. « Peu de responsables politiques de gauche ont échappé à son filet », concède le journaliste en référence à une personnalité « diabolique et mystérieuse » qui sentait quelque peu le souffre. Et qui a joué un rôle déterminant dans la vie politique française… « L’installation d’un Mitterrand jupitérien, erratique et proche du peuple lui est propre. Au même titre que la posture chiraquienne, la fracture sociale ou la mise en scène d’un Bernard Tapie.»

Psychanalyse, marketing et anthropologie

La campagne de 81 est centrée sur l’homme, la posture de Mitterrand, en rupture avec celle qu’incarnait le leader naturel de la gauche, en 1974. Pour la première fois, la personnalisation entre ainsi en ligne de compte… « Avec Pilhan, la gestion de l’homme se révèle tout aussi essentielle que la campagne elle-même. L’idée est de travailler sur une marque, de la faire vivre dans la durée ». Adepte de la psychanalyse, du marketing et de l’anthropologie, il était une sorte d’« artisan d’art », fasciné par la personnalisation à outrance et le petit écran. « La télé, c’est le spectacle, affirmait-il. Le décor, la mise en scène sont tout aussi importants que le fond ». Voici donc ce journaliste atypique érigé en Monsieur Loyal d’un spectacle dont le président est l’épicentre.

Attentif au moindre détail, Pilhan n’a pas lésiné sur le jeu des éclairages et des sunlights, conférant ainsi à François Mitterrand une posture erratique. Rien là de bien étonnant pour celui qui ne croyait guère aux sondages et qui ne manquait pas de pointer au détour de phrases assassines l’influence de l’opinion dominante sur la population. Il vouait, en revanche, un véritable culte aux études qualitatives qui lui permettaient de monter des stratégies vulpines.

«Courtisan silencieux et discret»

Chirac en a tiré profit, 2002, à la faveur de sa réélection. « À ses yeux, le chef de l’État était l’incarnation même de l’autorité et de la vertu, précise François Bazin. Pour être crédible, il faut être entendu, justifiait-il. Peilhan était le théoricien de la rareté ». Loin d’une vision de l’« offre constante » qui porte clairement préjudice à Nicolas Sarkozy. Lequel assume un double rôle de souverain démocrate et de Premier ministre qui contribue à brouiller son image.

Influence surévaluée ? François Bazin assume. « Pilhan était un courtisan silencieux et discret, ce que Mitterrand appréciait par-dessus tout. Il l’a convaincu d’aller loin, très loin même dans la transgression. Son rôle était à cet égard déterminant. En 1988, comme il le fut sept ans plus tard lors de la réélection de Chirac ». Mieux, il a conforté l’image de François Mitterrand, déroulant sans cesse sous les yeux du stratège socialiste le film de sa vie politique. Au point d’en faire un personnage incontournable de la scène médiatique française.

Bruno Tranchant

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