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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 10:12

Hé Manu, tu descends ?

Aile gauche du PS : « Le devoir d’un militant, c’est d’ouvrir sa gueule »

Rue89 - 18/10/2012 à 08h32

Il va perdre mais il a déjà tout gagné. Challenger d’Harlem Désir pour devenir premier secrétaire du PS, Emmanuel Maurel n’a aucune chance de s’imposer. Ce jeudi soir, à l’heure du dépouillement, le choix de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault sera validé par les militants.

Maurel_Saint-Quentin_17-10-2012_rue.jpgMais à 39 ans, Maurel devient le visage de l’aile gauche du PS. Henri Emmanuelli a fait son temps, Marie-Noëlle Lienemann s’investit au Sénat, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg sont condamnés à la solidarité gouvernementale, Julien Dray préfère se faire discret...

Faites entrer Manu Maurel.

«Candidat anti-austérité»

Saint-Quentin_militants_17-10-2012.jpgVice-président du conseil régional d’Ile-de-France, ce biographe de Jean Poperen a défendu la «motion 3», un texte indigeste qui porte les stigmates d’une fusion dans l’urgence entre les contributions de plusieurs «camarades».

On y trouve quelques propositions intéressantes. Plusieurs divergences assumées avec la majorité du parti : contre le TSCG, pour une sortie rapide du nucléaire, pour des nationalisations.

Il a permis à Maurel de se présenter en « candidat anti-austérité », adepte d’une relance par l’investissement et la hausse des salaires, résolu à se débarrasser du dogme des 3%.

« Notre parti défend la laïcité, on ne va pas commencer à sanctifier des chiffres ! »

Au passage, il souligne que cet air, qu’il entonne depuis juin, est désormais repris par Bartolone, que Désir lui-même lâche du lest...

Maurel_Saint-Quentin_17-10-2012_orga.jpgMais ce qui a surtout séduit les militants, dans les réunions publiques qu’Emmanuel Maurel a tenues, c’est d’abord la conception du rôle du parti qu’il a développée.

«Chez Xavier Bertrand»

A quoi doit servir le parti majoritaire ? Pour Maurel, la place du PS est aussi dans la rue, dans les luttes, dans la revendication, comme au bon vieux temps de l’opposition.

« Oui, il faut relayer la politique gouvernementale sur le terrain. Mais il fait aussi relayer les aspirations, les inquiétudes, les mécontentements des gens. Le plus grand risque, c’est que le parti s’atrophie à force de s’auto-censurer pour ne pas gêner le gouvernement. »

Saint-Quentin_militants_tables_17-10-2012.jpgMercredi soir, dopé au Doliprane, il a participé à un « pot de fin de campagne », avec une cinquantaine de personnes à Saint-Quentin (Aisne), « chez Xavier Bertrand ».

Ici, il a fait un bon score, comme dans beaucoup de terres très populaires, alors que l’autre motion gauchisante, celle de Stéphane Hessel et Pierre Larrouturou, a fait de meilleurs résultats dans les grandes agglomérations.

Dans l’arrière-salle du café « Les Champs-Elysées », les murs sont saumon, deux citrouilles encadrent le buffet et, Maurel au micro, les « pigeons » font un tabac.

« Un petit groupe de chefs d’entreprises millionnaires s’organisent et, en trois jours, font plier le gouvernement alors qu’au même moment les salariés de Florange et de PSA se font virer ? Les pigeons sont bien sympas mais nous, on est du côté des dindons de la farce ! »

Maurel_Saint-Quentin_17-10-2012_discussion.jpg«Gauche décomplexée»

Il embraye sur le projet si vite enterré d’élargir l’ISF aux œuvres d’art.

« C’était pour des œuvres de plus de 50 000 euros qui ne sont jamais montrées au public. Des tableaux dans des coffres ! C’est typiquement des gens qui font de la spéculation ! »

Pour Maurel, le devoir du PS est de s’élever contre les (risques de) renoncements. « Avec les syndicats et les associations, il doit aider le gouvernement à tenir bon face au patronat et à la technostructure » – tous ceux qui empêcheraient l’avènement du « changement » promis.

« On dit qu’un ministre, ça doit fermer sa gueule ou démissionner. Mais le devoir d’un militant, c’est de l’ouvrir ! »

Maurel_Saint-Quentin_17-10-2012_Ferreira.jpgDans la salle, Marie, une directrice d’école de 52 ans, ponctue ces sorties de « C’est ça ! » approbateurs.

« On voit monter une droite décomplexée. En face, on a besoin d’une gauche décomplexée. C’est ça. »

«La gauche, ça commence par le vocabulaire»

Rond et rigolard, Maurel, qui n’a pas peur des idées, répète qu’il ne réclamera aucun poste, que son ambition est de faire « vivre un courant avec des élus, des cadres, une école de formation, un lieu de réflexion ».

Que le parti doit redevenir un « lieu d’éducation populaire », avec cours de rattrapage accéléré pour ces « camarades-ministres » qui ne parlent plus la langue de gauche : « Quand je les entends dire “charges sociales” au lieu de “cotisations”... La gauche, ça commence par le vocabulaire. »

Mais il commencerait volontiers par traîner sa boîte à gifles dans les couloirs de l’Assemblée.

« Tous les députés socialistes se sont engagés à démissionner de leurs autres mandats en octobre 2012. C’était une décision des militants. Le rôle d’un premier secrétaire, c’est de faire respecter cette parole. »

Saint-Quentin_citrouille_17-10-2012.jpg

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