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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 08:33
Un article du quotidien du soir qui illustre assez ce que j'ai pu constater moi-même vendredi après-midi en allant visiter le piquet de grève de la CGT Energie à Saint-Ouen-l'Aumône dans les hangars du Vert-Galant EDF-GdF Suez/ErDF-GrDF (en photo).
D'autre part, force est de constater que les transformations de ces dernières années de ce qui étaient le pôle public énergie a pour conséquence de profondément désorganiser l'action syndicale et le dialogue social.
Il y a besoin de remettre de l'ordre et de reprendre une véritable stratégie publique industrielle dans l'énergie.
Frédéric FARAVEL

Chez EDF et GDF Suez, un conflit social dans l'impasse
LE MONDE | 25.04.09 | 15h01  •  Mis à jour le 25.04.09 | 15h03
ls ont pratiqué des coupures sauvages dans des milliers de foyers et à l'hôpital de Douai (Nord), mais ils ont aussi basculé des clients en heures creuses (moins chères), rétabli l'électricité aux plus démunis ou coupé l'alimentation de radars routiers... Depuis trois semaines, une partie des 46 000 agents des réseaux de distribution d'électricité (ErDF) et de gaz (GrDF) a alterné actions populaires, opérations impopulaires et journées de grève pour obtenir une augmentation salariale de 5%, une prime de 1 500 euros et le retrait des projets d'externalisation de certains métiers.

En vain, jusqu'à présent. Après sept séances de négociations, dont la dernière s'est tenue vendredi 24 avril, les organisations syndicales et les directions d'ErDF et de GrDF, filiales d'EDF et de GDF Suez, ne sont toujours pas parvenues à un accord. Les syndicats d'ErDF ont déjà obtenu un gel de l'externalisation de certaines tâches, écartant momentanément la menace d'une fermeture des sites ruraux. Selon la CGT, le transfert de certaines activités au privé (comme les astreintes) entraînerait la suppression de 7 000 emplois sur trois ans chez ErDF.

Mais les négociations achoppent toujours sur le volet financier (salaires, prime et intéressement). L'interfédérale (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC), emmenée par sa composante la plus puissante, la CGT (60% des agents), a rejeté le "relevé de positions" rédigé vendredi à l'issue de la séance. Il prévoit qu'en plus de l'augmentation de la branche des industries électriques et gazières (+0,3% en base et 0,6% d'ancienneté), ErDF et GrDF accorderont des hausses individuelles de 2,3%. Avec un effort pour les bas salaires (1 750 euros bruts par mois), qui auront automatiquement droit à ces 2,3%.

Pour les salariés au bas de l'échelle des salaires, le gain annuel moyen brut sera de 805 euros, de 1 011 euros pour les agents de maîtrise et de 1 735 euros pour les cadres, selon la direction. L'intéressement ne devrait que très légèrement progresser en 2009 (1 600 euros). Mais pour être validé, l'accord doit être paraphé par des syndicats représentant au moins 30% des salariés. Autrement dit, il devra recevoir l'aval de la CFDT, de FO et de la CFE-CGC, qui totalisent 37% des voix aux dernières élections professionnelles.

"C'EST DU SABOTAGE"

Ce conflit, ponctué par plusieurs journées nationales de grève, reste dans l'impasse. "Nous ne sommes pas autistes, comme le disent les syndicats. Nous avons fait beaucoup de chemin et ces propositions sont équilibrées", estime Bernard Lassus, directeur général adjoint d'ErDF et responsable des ressources humaines. Il rappelle les contraintes financières qui pèsent sur la filiale d'EDF : la tempête Klaus, qui a ravagé le Sud-Ouest fin janvier, lui a coûté près de 300 millions d'euros (pour un résultat net 2008 de 217 millions d'euros). "La crise pèse aussi et se traduit par une baisse de la consommation des industriels", note M. Lassus, qui ajoute que les tarifs d'acheminement de l'électricité n'ont pas été revalorisés, entraînant un manque à gagner supplémentaire.

Pour leur part, les syndicats mettent en avant les bas salaires des jeunes et ironisent sur la très forte hausse des rémunérations de certains hauts dirigeants de GDF Suez depuis la fusion des deux groupes, en juillet 2008. Ils soulignent aussi la dégradation du climat social au sein des deux géants français de l'énergie.

Les mouvements sociaux dans la distribution viennent, en effet, après les conflits dans la filiale de GDF Suez gérant les gazoducs transport du gaz (GRT gaz) et dans les deux terminaux méthaniers français que le groupe exploite à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique). Ils n'hésitent pas à mettre en cause la filialisation, en 2008, de l'activité de distribution d'électricité et de gaz, qui a entraîné, selon eux, un recours accru à des prestataires extérieurs.

Ces conflits témoignent, selon les syndicats, d'une nette dégradation du climat social au sein des deux groupes, même si les actes de malveillance (coupure de gaz sur la voie publique...) ou les opérations sauvages ont été rares. Elles ont pourtant marqué l'opinion, comme l'interruption de l'alimentation de l'hôpital de Douai, pendant quarante minutes, le 15 avril, alors que les groupes électrogènes ont été incapables de prendre le relais.

Tout en prônant un usage maîtrisé et le ciblage des coupures de gaz et d'électricité, certains dirigeants syndicaux y voient l'arme ultime - et historique - pour se faire entendre. Les dirigeants d'ErDF les considèrent, au contraire, comme "des actes parfaitement illégaux, mais isolés et contraire à l'esprit de service public qui anime les agents". Ils ont porté plainte dans l'affaire de Douai.

La multiplication de ces coupures, qui ont affecté plusieurs dizaines de milliers de foyers dans différentes régions depuis le début avril, a créé une vive polémique. Jusqu'au sommet de l'Etat. Deux jours après l'incident de Douai, le premier ministre dénonçait le recours à toutes les formes de violence par les salariés licenciés ou les grévistes. "Je pense à la séquestration de certains dirigeants d'entreprise, je pense aux coupures de courant sauvages qui ont eu lieu ces derniers jours : c'est du sabotage, ça n'est pas la grève, ça n'est pas de l'action sociale", déclarait François Fillon.

Jean-Michel Bezat
EDF poussé à faire plus de place aux concurrents

Le rapport de la commission présidée par Paul Champsaur, publié vendredi 24 avril, propose des solutions pour développer la concurrence entre fournisseurs sur le marché de l'électricité. Il suggère d'"attribuer à tout fournisseur un droit d'accès à l'électricité de base à un prix régulé reflétant les conditions économiques du parc nucléaire historique". Si la proposition de l'ex-patron de l'Arcep (gendarme des télécommunications) est retenue par le gouvernement et le Parlement, les fournisseurs alternatifs (Poweo, Direct Energie...) pourront obtenir d'EDF (92% de l'électricité produite) des ressources électriques à des prix leur permettant de concurrencer le groupe public.

La commission, créée fin 2008, suggère la suppression des tarifs réglementés (fixés par l'Etat) de vente aux industriels, mais leur maintien aux particuliers et aux petits professionnels. Elle souhaite que tous les fournisseurs proposent ces tarifs réglementés, jusqu'alors réservés à EDF.

Article paru dans l'édition du 26.04.09

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