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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 09:10

Posté par Liêm Hoang NgocSommet du G20 : Quatre questions en suspens

Le sommet du G20 a pris conscience de la double nécessité de réguler les marchés financiers et de mettre sur pied des plans massifs de relance de l’économie, tout en moralisant le capitalisme financier et en dressant une liste noire des paradis fiscaux. Pour autant, lorsqu’il s’agit de passer aux travaux pratiques, quatre questions essentielles restent en suspens. Elles doivent être prises à bras le corps par les socialistes, s’ils entendent mettre à mal la stratégie de communication de Nicolas Sarkozy et engager offensivement la campagne européenne.

Régulation des marchés ?

Le communiqué invite à une meilleure régulation des marchés financiers. Il attire notamment l’attention sur la nécessité de surveiller les engagements hors bilan, liés au processus de titrisation, par lequel les risques ont été découpés et disséminés auprès des épargnants du monde entier. Or rien n’est dit sur la réglementation de la titrisation (va-t-on limiter le volume des crédits titrisés ?). Rien n’est évoqué quant à l’institution chargée d’y veiller (le FMI ?), la Banque des Règlements Internationaux à Bâle ?). La réforme des normes comptable recommandée par le G20 (imposant un montant de réserve en capital à proportion des crédits engagés) est, en tous les cas, de faible portée tant que les banques peuvent sortir de leur bilan les crédits risqués par le biais de la titrisation.

Par ailleurs, le bilan des banques n’est toujours pas assaini, comme l’a souligné le directeur du FMI la semaine précédant le sommet. Aux Etats-Unis, deux prix Nobels (Joseph Stiglitz et Paul Krugman) ont récemment souligné les limites des plans Paulson et Geitner. Ces plans consistent en la constitution de caisses de défaisance (Bad Bank) destinées à racheter les actifs toxiques pour nettoyer les bilans des banques. Le plan Geitner fait même participer les fonds spéculatifs à la constitution de la Bad Bank. Il les subventionne à hauteur de 100 milliards de dollars pour qu’ils rachètent les « pommes pourries ». Il espère ainsi organiser une spéculation à hausse en faisant miroiter aux fonds spéculatifs que ces actifs toxiques puisse prendre à nouveau de la valeur. Il faut souligner que l’administration démocrate est fortement influencée par les milieux d’affaire new-yorkais d’où est issu le nouveau Secrétaire d’Etat au Trésor Tim Geitner (ainsi que son prédécesseur Henry Paulson). En France, l’Etat a recapitalisé les banques une première fois à hauteur de 10,5 milliards, sans entrer dans leur capital, ce qui représente une erreur économique majeure, dans le contexte actuel de défiance à l’égard des valeurs bancaires. Celles-ci ont continué à subir la spéculation sur le marché action, minant les ratios de solvabilité des banques. Il a donc fallu procéder à une deuxième vague de recapitalisation de 10,5 milliards. L’Etat vient à nouveau de recapitaliser de 5 milliards BNP-Paribas. D’autres recapitalisations seront probablement nécessaires.

Partout, l’incertitude qui pèse sur les bilans renforce la spéculation contre les valeurs bancaires, d’autant que de nouveaux actifs toxiques surgissent à mesure que les défauts de paiement consécutifs à l’octroi de crédits risqués s’accumulent avec la récession. Stiglitz et Krugman en appellent pour leur part à une entrée massive de l’Etat dans le capital des banques afin de rassurer les marchés, mettre un terme à la spéculation sur le marché action (qui mine les ratios de solvabilités des banques) et à la crise de liquidité sur le marché interbancaire. En France, l’entrée de l’Etat au capital des banques, à hauteur des sommes engagées permettrait, à tout le moins, de réorienter la politique de crédit des banques et de poser les jalons de la constitution d’un pôle public financier.

Relance ?

Le communiqué du G20 a invité les gouvernements à mettre sur pieds des plans de relance d’une ampleur de 5000 milliards de dollars, sans en préciser les modalités de financement. Il existe trois moyens pour financer la politique budgétaire. Le financement par l’impôt et l’emprunt ne permettront pas de couvrir l’intégralité des sommes nécessaires, d’autant que les taux d’intérêt commence à se tendre dans de nombreux pays (E-U, Allemagne, Irlande, Espagne, Grèce…). Reste donc la création monétaire. La Fed a ainsi annoncé le 18 mars le rachat de 300 milliards de bons du Trésor. En Europe, une telle monétisation des déficits est interdite par le statut de la BCE. Celle-ci tarde de plus à réduire ses taux aux niveaux (quasi nuls des taux américains et britanniques, entretenant par là même la surévaluation de l’euro).

Par ailleurs, le « surmoi néo-libéral » de la commission européenne l’empêche de permettre des mesures d’une telle importance. Celle-ci rappelle déjà à l’ordre certains pays membres pour déficits excessifs alors que les circonstances exceptionnelles avaient été prononcées pour suspendre il y a peu le pacte de stabilité. La commissaire à la concurrence ne manque pas de monter sur ses chevaux chaque fois qu’un Etat recapitalise une banque ou aide une industrie. Il faut donc réviser les statuts de la BCE, changer cette commission à l’occasion des élections et réformer explicitement le régime des aides d’Etat pour engager les véritables mesures de relance recommandées par le G20.

Le G20 aurait pour sa part pu se garder prendre le protectionnisme pour bouc émissaire en sous-entendant qu’il fut responsable de l’effondrement de l’économie mondiale après le krach de 1929. C’est au contraire une phase de libre-échangisme qui a précédé la première guerre mondiale et le boom des années 20. Aux Etats-Unis, la dépression qui a suivi fut avant tout liée à l’effondrement de la production automobile et de la construction. Ces deux secteurs ne souffraient aucunement, à l’époque, de la concurrence internationale, mais furent victimes de la contraction de la demande intérieure américaine.

Moralisation du capitalisme ?

Le débat autour de l’encadrement des revenus des dirigeants ne doit pas devenir l’arbre qui cache la forêt. L’Etat peut naturellement intervenir sur la politique salariale dans les entreprises dont il est actionnaire. Dans le secteur privé, si des branches dépassent, quelle que soit la nature du revenu (stock option , parachute doré…), le meilleur instrument pour les couper au même endroit, chaque année, pour que ne se forme pas une nouvelle classe de rentiers, est l’impôt progressif sur le revenu (nos propositions sont à cet égard particulièrement au point et il faut saisir l’aubaine de les promouvoir à l’occasion du débat contre le bouclier fiscal). Il est dans ce cas nécessaire de s’attaquer véritablement aux paradis fiscaux pour prévenir l’évasion fiscale.

Enfin, moraliser le versement des hauts revenus ne doit pas masquer la crise du pouvoir d’achat des revenus moyens et modestes. Leur stagnation est l’une des causes de la croissance ralentie que subit le noyau dur de l’Europe. Dans le modèle anglo-saxon et chez ses clones espagnols et irlandais, la modération salariale a eu pour corollaire la montée de l’endettement privé qui a conduit à l’éclatement de la bulle financière. Or, le sommet du G20 est resté silencieux sur les problèmes macroéconomiques engendrés par la montée des inégalités de revenus, tandis que les « réformes structurelles », que l’actuelle Commission Barroso appelle de ses voeux à poursuivre, entretiendront une norme de répartition des revenus défavorable aux salaires.

Nouveau Bretton Woods ?

Nicolas Sarkozy a énormément communiqué sur un « nouveau Bretton Woods ». Pour autant, la refondation du Système Monétaire Internationale a été littéralement écartée. Celui-ci reste un régime d’étalon dollar. Or, compte tenu du déficit de la balance des paiements américaine, la défiance vis-à-vis du dollar pourrait s’aiguiser et conduire à une crise de change internationale. De surcroît, le rapatriement des avoirs de la Chine pour financer sa demande intérieure est un facteur de dépréciation supplémentaire du dollar. Le tout entraînerait une nouvelle appréciation de l’euro, dommageable pour la France, de nombreux pays du Sud de l’Europe, et même l’Allemagne, à l’heure où ses exportations sont en berne.

Un « nouveau Bretton Woods » s’incarnerait par la création d’une monnaie de réserve internationale, telle que celle qu’imaginait Keynes en 1945. Celle-ci serait gérée par le FMI et reposant sur un panier de monnaies. L’accroissement des Droits de Tirages Spéciaux permettrait de financer les pays en difficulté et en mal de liquidités. L’accroissement des moyens du FMI est un premier pas dans cette direction. Il reste à en redéfinir les missions, ainsi que la représentativité des différents pays. Il est clair que compte tenu de ses réserves de change, la Chine détrônerait rapidement des Etats-Unis si ce critère était pris en compte pour définir le poids relatif de chaque pays.

On comprend mieux pourquoi le gouverneur de la Banque de Chine a milité avant le sommet en faveur d’une telle monnaie de réserve internationale. Elle renoncerait alors à une stratégie de dumping monétaire alignée sur un dollar faible pour se recentrer sur la relance de sa demande intérieure. L’occasion serait alors donnée de rediscuter avec la Chine d’une authentique stratégie de « juste échange ». En tous les cas, la question mûrit et un rapport de force international de nature à « convaincre » les Etats-unis d’abandonner le régime d’Etalon dollar paraît nécessaire. La constitution d’un tel rapport de force s’avère pour le moins contradictoire avec l’allégeance transatlantique militaire faite dans le cadre de l’OTAN.

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