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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 09:27
Face à la crise, le PS tente d'éviter le piège du débat sur le protectionnisme
LE MONDE | 07.04.09 | 14h56  •  Mis à jour le 07.04.09 | 14h59

vec l'aggravation de la crise, la question de l'ouverture des frontières économiques est de retour dans les joutes internes du PS. Plus de référence au libre-échange ; l'heure, désormais, est au "juste échange". Comme en témoigne ce subtil renouvellement de leur vocabulaire, les socialistes ferraillent à fleuret moucheté. Pas question de polémiquer sur la question du protectionnisme ; on évoque de manière plus subtile le degré de " protection" nécessaire pour limiter certaines importations.

A l'approche les élections européennes, ce langage policé - qui n'empêche pas des passes d'armes animées - vise à désamorcer un débat qui apparaît comme celui de tous les dangers. "Il vaudrait mieux éviter de trop s'aventurer sur ce terrain, où Nicolas Sarkozy - qui a démontré qu'il était prêt à adopter des positions démagogiques en la matière - souhaite nous entraîner", prévient un dirigeant socialiste. Le clivage hérité du projet de traité constitutionnel à peine comblé, le PS redoute de voir émerger en son sein une nouvelle ligne de fracture sur l'Europe.

En janvier, lors de l'élaboration du contre-plan de relance, des escarmouches sont apparues. Elles ont rebondi lors de la discussion consacrée au texte d'orientation sur l'Europe. Guère prolixe sur le sujet des échanges, celui-ci a accouché d'un accord a minima autour du concept de " juste échange". "Les socialistes faisaient entendre des musiques différentes mais, désormais, les paroles sont les mêmes car nous avons travaillé sur cette question", a affirmé lundi 6 avril Martine Aubry lors d'une conférence de presse consacrée aux suites du G20. Selon la première secrétaire du PS : "L'Europe ne peut pas être en décalage et doit pouvoir se protéger sans pour autant nuire aux pays en voie de développement."

Derrière cet apparent consensus, se dessine un glissement du discours socialiste, de plus en plus sensible à la thématique de la " protection". Mi-mars, ce débat a nourri un face-à-face organisé - à huis clos - par la Fondation Jean-Jaurès entre Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et Benoît Hamon, leader de l'aile gauche du PS. Ce dernier considère que "la crise n'est pas seulement celle du dérèglement des marchés financiers mais aussi celle du système des échanges". S'il admet que "le contenu de ce que nous entendons par juste échange n'a pas encore été vraiment théorisé", M. Hamon réclame au nom de ce principe "des protections transitoires et ciblées, au niveau communautaire".

Pour Guillaume Bachelay, secrétaire national chargé de l'industrie, "la mise en place de protections commerciales ne peut pas constituer l'alpha et l'oméga d'une politique européenne mais peut en devenir l'un des leviers". Ce proche de Laurent Fabius se félicite de voir "certaines théories, hier encore frappées d'indignité, retrouver droit de cité". Il préconise des "écluses sociales et écologiques, des droits compensatoires et des normes", en particulier pour faire barrage aux exportations chinoises.

Michel Sapin, secrétaire national chargé des questions économiques, redoute l'émergence de tentations protectionnistes dans les rangs socialistes. "Les mesures restrictives que réclament certains - minoritaires, au sein du parti - ne peuvent être présentées comme des solutions à la crise ; elles engendreraient une dangereuse instabilité", insiste-t-il. Pour autant, il n'écarte pas le recours à certaines "protections" : "Ne soyons pas naïfs, construire de nouveaux équilibres entre grands ensembles économiques suppose de se doter de dispositifs de dissuasion, voire de rétorsion."

L'ancien ministre Jean-Louis Bianco récuse le concept de " juste échange", qui est pour lui "le résultat d'un compromis politique qui, sur le fond, ne veut strictement rien dire". Il constate que "les socialistes européens bougent, eux aussi, sur la question des flux commerciaux". La pression exercée par les exportations chinoises, dit-il, exige "que soit établi un rapport de forces".

"Il n'est plus possible d'augmenter les droits de douane sous peine d'engendrer une spirale dans laquelle le monde entier sera perdant", insiste Olivier Ferrand, président de la fondation Terra Nova, proche du PS. "Les socialistes, poursuit-il, doivent s'interroger non pas sur l'ouverture des frontières mais sur l'instauration de normes - environnementales, sociales, sanitaires - dans les échanges et sur l'échelon le mieux adapté pour les faire respecter."


Jean-Michel Normand

"Les socialistes sont prêts", assure Martine Aubry

"Il faut porter un autre modèle, qui remette l'économie devant la finance, et cela passe par l'Europe", a déclaré Martine Aubry lundi 6 avril, lors d'une conférence de presse organisée au siège du Parti socialiste. Présentant la campagne du PS pour les élections européennes du 7 juin - "une mobilisation de proximité" qui s'articulera autour de meetings régionaux, dont le premier aura lieu le 24 avril à Toulouse -, la première secrétaire a assuré que "les socialistes sont prêts". Selon elle, Nicolas Sarkozy doit lancer "un vrai plan de relance" et "imposer aux banques le retrait de toutes leurs activités dans les paradis fiscaux" en vertu des recommandations du G20. Affirmant partager "complètement" les propos de Ségolène Royal sur les séquestrations de patrons, Mme Aubry a jugé "qu'en aucun cas" les violences "ne peuvent être justifiées". Selon elle, "il y a des moments où des gens n'en peuvent plus".


Article paru dans l'édition du 08.04.09

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