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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 10:51

Martine Aubry balaie les critiques et attaque Sarkozy

La première secrétaire du PS annonce que son parti va déposer en fin de semaine une motion de censure contre le gouvernement. Un «livre noir des libertés publiques» est aussi à l’étude.

Libération -FRANÇOIS VIGNAL


Martine Aubry, aujourd'hui, lors de ses voeux à la presse.

Martine Aubry, aujourd'hui, lors de ses voeux à la presse. (REUTERS)

Depuis son arrivée à la tête du PS, Martine Aubry s’est efforcée de remettre en ordre de bataille le parti à coups de dénonciation de la politique sarkozienne. Elle continue. Un plan de relance économique version socialiste«sur 2 pieds : la consommation et l’investissement» – sera aussi dévoilé mercredi. Pour compléter l’offensive, Martine Aubry a annoncé, cet après-midi, lors de ses vœux à la presse à la Bellevilloise, à Paris, le dépôt vendredi à l’Assemblée d’une motion de censure contre le gouvernement, pour un examen la semaine prochaine.

Repoussés de quelques jours pour cause d’accident de stylo dans l’oeil, ces vœux ont été l’occasion pour la maire de Lille de répondre aux premières critiques émanant du Landernau socialiste.

Autoritaire Martine Aubry ? «Je ne confonds pas l’autorité et l’autoritarisme», répond-t-elle, assumant son rôle : «animer, décider et trancher lorsqu’il le faut». «Le débat politique est de retour en notre sein», ajoute-t-elle, «je crois à l’intelligence collective». La démission d’André Vallini du secrétariat national pour ne pas l’avoir consultée avant de donner une interview ? «J’aurais pu lui faire les yeux doux la semaine dernière pour qu’il reste, mais je n’avais pas d’yeux !»

Quant aux interrogations sur son manque de présence médiatique, elle les balaie d’un revers de main : «Vous m’avez effectivement peu entendu ces dernières semaines. Mais l’essentiel n’est pas que je parle, c’est que le PS parle». Elle ajoute : «Je ne crois pas à l’homme ou à la femme providentielle». Et paf pour Royal. «La concertation fonctionne bien» avec les amis de l’ex-candidate à la présidentielle, assure Aubry. «Bien sûr, il y a encore quelques réfractaires. Je propose qu’on leur laisse le temps…»

«De la convalescence à l’alternance»

Pour le moment, le temps est surtout à la dénonciation tous azimuts de la politique de Nicolas Sarkozy: atteinte aux libertés, «à celles de penser, de parler» - le PS prépare d’ailleurs «un livre noir sur les libertés publiques», prévu «courant février», glisse François Lamy, bras droit de Martine Aubry. «Recul économique et social» ; «recul démocratique et moral» en raison «des liens si étroits» que Sarkozy entretient «avec des dirigeants de grands medias, dépendant dans leurs groupes de la commande publique d’Etat».

Avec pour ligne de mire les élections européennes, Martine Aubry, qui annonce ne pas s’y présenter par refus du cumul des mandats, s’engage «sur un chemin qui va conduire les socialistes et la gauche de la convalescence à l’alternance». Attention, une convalescence dure parfois des mois.

Mme Aubry choisit l'économie pour affronter M. Sarkozy
LE MONDE | 20.01.09 | 15h37  •  Mis à jour le 20.01.09 | 15h37

our s'opposer à Nicolas Sarkozy, Martine Aubry a choisi son terrain. Ce sera l'économie et le social. Même si la première secrétaire du PS a longuement dénoncé "les atteintes aux libertés publiques" ainsi qu'un "recul démocratique et moral", lundi 19 janvier, en présentant ses voeux à la presse, le principal angle d'attaque des socialistes sera la réponse à apporter à la crise économique.
Selon eux, le gouvernement ne peut plus biaiser avec les très mauvais résultats enregistrés sur le front de la croissance ou de l'emploi. "Défendre les Français face à la crise ; c'est là-dessus que nous devons arrimer notre action", estime la première secrétaire, décidée à "conduire les socialistes et la gauche de la convalescence à l'alternance".

Mme Aubry en est convaincue : tôt ou tard, "le président de la République sera dans l'obligation de changer de politique et de nous annoncer enfin un plan de relance digne de ce nom". Il s'agit donc de prendre les devants. Elle a annoncé le dépôt "en fin de semaine" d'une motion de censure - la deuxième de la législature - qui reposera pour l'essentiel sur une critique du dispositif de relance jugé insuffisant, trop laxiste avec les banques et injuste compte tenu, notamment, des effets du paquet fiscal.

Martine Aubry, la première secrétaire du Parti socialiste, lors de la présentation de ses voeux à la presse, le 19 janvier 2009. | REUTERS/GONZALO FUENTES"CONTRE-PLAN DE RELANCE"

"Nous voulons pouvoir dire clairement aux Français qu'alors que notre pays entre dans cette crise lourde et profonde, rien n'est fait pour changer la donne", considère la maire de Lille. Dorénavant, les parlementaires socialistes poseront chaque semaine deux questions au gouvernement sur sa politique économique et sociale. Dans l'immédiat, le PS rendra public, mercredi 21 janvier, un "contre-plan de relance". Son montant : 40 milliards d'euros à comparer aux 26 milliards du plan gouvernemental. Les propositions alternatives seront axées à la fois sur le développement de l'investissement et l'augmentation du pouvoir d'achat.

Pour le PS, mettre l'accent sur l'économie n'est pas sans risque. La soudaineté et l'ampleur de la crise ont réhabilité le concept de régulation dont Nicolas Sarkozy s'est aussitôt emparé. Elles ont aussi encouragé, à gauche, une forme de radicalité, imposant au PS de renouer avec un volontarisme qu'il avait sans doute négligé. Or, une partie de la nouvelle direction semble considérer qu'il suffira aux socialistes de coller au mouvement social pour parachever leur retour en grâce.

D'où la tentation de participer à toutes les manifestations, de soutenir toutes les revendications, de multiplier les promesses et, partant, de renouer avec les vieilles habitudes. Celles du grand écart entre discours d'opposition et pratique du pouvoir. François Hollande, dont le poids dans la nouvelle majorité n'est pas négligeable, a déjà mis en garde la direction du PS contre les risques d'une dérive inconsidérée des déficits publics.

Pour autant, face à un président de la République qui lance à intervalles réguliers des réformes aux allures de contre-feux, le PS n'a pas réellement d'autre choix que s'arc-bouter sur les questions économiques et sociales. Certes, Mme Aubry ne craint pas de dénoncer "les atteintes aux libertés publiques" qu'elle discerne derrière les projets touchant la justice, la réorganisation des collectivités territoriales confiée à la commission Balladur, le financement de la télévision publique ou la révision du droit d'amendement des parlementaires. Pour autant, le PS apparaît moins à son aise dans cet exercice.

Outre qu'elles permettent au président de la République de continuer à faire entendre la petite musique de la "rupture", ces réformes qui touchent aux libertés publiques sont moins directement ressenties par l'opinion, en dépit de l'importance des enjeux qui s'y rattachent. Surtout, elles risquent fort de mettre un peu trop en évidence la minceur des contre-propositions que le Parti socialiste - faute d'avoir veillé, ces dernières années, à reconstituer sa boîte à outils programmatique - est aujourd'hui en mesure de formuler. Sur la plupart de ces questions, le PS s'expose au mieux à s'enfermer dans la défense d'un statu quo intenable, au pire à faire l'étalage de ses désaccords.

En témoigne la démission d'André Vallini de l'équipe dirigeante du Parti socialiste. Le député de l'Isère avait pris l'initiative de s'exprimer sur la réforme de la justice sans en référer à la première secrétaire, ce qui n'avait pas plu. Le différend avec la maire de Lille n'était pas qu'une question d'humeur : il portait aussi sur la stratégie à adopter dans la réforme des collectivités territoriales. Le député de l'Isère, membre de la commission Balladur, défendait une position qui n'était pas celle de Mme Aubry.


Jean-Michel Normand
Article paru dans l'édition du 21.01.09

 

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