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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 13:22

Aubry laisse Hamon s'imposer comme nouvelle figure du PS 

François-Xavier Bourmaud - Le Figaro - 15/12/2008
Benoît Hamon, porte-parole du PS, est chargé des interventions « transversales » tandis que Martine Aubry souhaite se faire plus rare dans les médias.
Benoît Hamon, porte-parole du PS, est chargé des interventions «transversales» tandis que Martine Aubry souhaite se faire plus rare dans les médias. Crédits photo : Le Figaro

La nouvelle organisation du Parti socialiste met le leader de l'aile gauche en première ligne.

C'est un vieux poster de François Hollande. Il est encore accroché sur un mur, dans l'entrée de Solferino, le siège du PS à Paris. Vraisemblablement plus pour longtemps. Deux semaines après son élection à la tête du PS, Martine Aubry a lancé la «déshollandisation» du parti, son projet de modernisation et de renouvellement. La première secrétaire veut jouer collectif, pour faire comprendre que le parti est entré dans une nouvelle ère. Quitte à donner ces derniers jours l'impression d'un flottement à la direction du PS. Ainsi était-elle restée silencieuse après le discours de Douai de Nicolas Sarkozy sur la relance, à la grande surprise de beaucoup.

Là où François Hollande multipliait les interventions pour dénoncer la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, sa remplaçante a délibérément choisi la stratégie inverse. Se faire rare, laisser au porte-parole Benoît Hamon les interventions «transversales» et aux secrétaires nationaux les expressions ponctuelles sur leur domaine de compétence. «Elle ne sera pas dans le harcèlement médiatique comme pouvait l'être François Hollande», explique Jean-Christophe Cambadélis. Martine Aubry se consacrera aux interventions de cadrage général pour donner plus de poids à sa parole. Elle doit s'exprimer mardi avec Benoît Hamon pour une première conférence de presse commune depuis leur entrée en fonction Rue de Solferino. Sa prochaine intervention est prévue pour la fin janvier à l'issue du séminaire du parti sur la crise. Elle dévoilera alors ses propositions sur le sujet.

De sa position de retrait, Martine Aubry contrôle tout de même les expressions publiques de ses troupes. Elle a ainsi longuement préparé l'intervention d'Arnaud Montebourg ce week-end sur i-Télé et France Inter où il a parlé d'une France «Cocotte-Minute au bord de l'explosion». Lundi, Benoît Hamon était dans le même registre sur France 2, où il a lancé une mise en garde au gouvernement : « Il y a une forme de radicalité qui monte et qui s'exprimera d'une manière ou d'une autre dans les mois qui viennent et moi je pronostique que de cette crise sociale naîtra forcément une crise politique.» Martine Aubry veut le faire savoir, désormais au PS, la parole est coordonnée. Avant chaque intervention de l'un de ses secrétaires nationaux, «il y a contact avec elle», assure-t-on dans son équipe.

 

De beaux casse-tête

Pour l'instant, cette nouvelle donne a surtout profité à Benoît Hamon. En deux semaines, il s'est imposé comme la voix et le visage du PS. Au point d'apparaître comme le nouvel homme fort du parti. Arrivé pourtant en quatrième position lors du vote des motions puis éliminé au premier tour du vote pour le premier secrétaire, le leader de l'aile gauche du PS, soutenu par Henri Emmanuelli, a créé une situation inédite au parti : le dernier se retrouve en première ligne. Minoritaire lors du vote des motions, il se retrouve presque à armes égales avec les strauss-kahniens, les delanoïstes et les hollandais, tous sur une ligne plus sociale-démocrate et proeuropéenne.

En tout cas pas très ravis d'avoir vu Benoît Hamon remettre sur le tapis l'idée, même modernisée, d'«autorisation administrative de licenciement». La diversité des soutiens de Martine Aubry annonce aussi de beaux casse-tête pour la constitution des listes aux élections européennes. Des réunions sont prévues d'ici peu pour «déblayer le terrain». À savoir, mettre le parti d'accord sur le fond, le manifeste, et sur la forme, les équipes. Il s'agit rien moins que de trouver une plate-forme commune pour réconcilier la gauche du oui et la gauche du non au référendum sur la Constitution européenne. Sans oublier qu'à ce programme déjà complexe, il faudra ajouter les revendications des royalistes qui voudront figurer sur les listes européennes.

De son poste, Benoît Hamon peut-il peser sur les orientations du parti ? «C'est un porte-parole visible, ce que nous souhaitions, mais ce n'est pas lui qui dirige le PS ou qui prend les décisions», relativise un cadre de Solferino qui assure, au passage, qu'il existe des tensions au sein les troupes de Benoît Hamon : «il a utilisé la nouvelle donne pour faire émerger des potes à lui plutôt que ceux de Henri Emmanuelli qui, du coup, n'est pas très content».

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