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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 09:40

La crise financière réoriente le débat au PS

Nicolas Barotte et François-Xavier Bourmaud - Le Figaro - 09/10/2008Paul DELORT / Le Figaro
Paul DELORT / Le Figaro

La gauche du parti juge renforcée son analyse critique du libéralisme .

Malheur à ceux qui ont manié le mot «libéral», Bertrand Delanoë en tête. Au printemps, dans son livre De l'audace, le maire de Paris pensait paraître moderne en se déclarant «socialiste» et «libéral» politiquement et philosophiquement. Depuis, la crise financière est passée par là, et le mot, qui pouvait prêter à confusion, a disparu de ses discours. Ainsi que de ceux de Ségolène Royal, qui se présentait comme blairiste il y a deux ans. Maintenant, elle demande l'interdiction des licenciements pour une entreprise bénéficiaire qui délocalise son activité.

Au PS, à moins d'un mois du vote sur les motions pour le congrès de Reims, on discute désormais moins de la «nature du parti» que de la remise en cause du système capitaliste. Les nationalisations bancaires en cascade ont marqué le retour de l'État. Du pain béni pour les socialistes qui pensaient avoir perdu la bataille idéologique.

Les discours aux accents de gauche de Nicolas Sarkozy placent cependant le PS dans une situation ambiguë : si les socialistes sont d'accord sur les mots, ils ne lui font pas confiance sur les remèdes. «Ce qui s'effondre aujourd'hui, c'est une partie de ce que vous appeliez la bataille idéologique, c'est-à-dire le libéralisme économique», a lancé François Hollande mercredi à l'Assemblée lors du débat sur la crise.

«Faillite»

Les tenants d'une ligne plus à gauche au sein du PS sentent-ils leur analyse renforcée par la faillite du système ? «C'est vous qui le dites», élude Martine Aubry quand on lui pose la question. Mais la maire de Lille ne manque pas de souligner ses différences avec Bertrand Delanoë : «Il dit : “je suis pour le libre-échange dans tous les domaines”, moi je préfère un juste échange, pour aider les pays du Sud mais aussi pour garantir nos activités et éviter nos licenciements». Dans l'entourage de Delanoë, on trouve «malhonnête» la polémique sur ce terrain. «Il faut être sérieux», estime le président du groupe à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault. D'ailleurs, tous les députés ont reçu un argumentaire pour leurs réunions publiques sur la «faillite du libéralisme». Mercredi, la direction du PS s'est aussi réunie en «séminaire de travail» sur la crise.

Mais, au PS, le plus en phase avec la dénonciation du libéralisme, c'est le député européen Benoît Hamon, candidat au poste de premier secrétaire. Il y a deux mois, il n'était qu'un renfort. Aujourd'hui, il est l'objet de toutes les attentions. Mardi soir, lors du débat sur les motions à Paris, chacun a eu un mot aimable à son égard. Pour autant, Benoît Hamon et sa volonté de «restreindre le libre-échange» ne plaisent pas à tout le monde. «Le risque est de déplacer le curseur du congrès vers un populisme de gauche», craint Ayrault.

À la gauche du PS, le discours est radical. On ne fait pas confiance à Nicolas Sarkozy pour résoudre la crise du capitalisme. Partisan de Hamon, Pascal Cherki n'y va pas de main morte : «C'est comme demander à Marc Dutroux de lutter contre la pédophilie ou à Pablo Escobar de lutter contre le trafic de drogue.»

Bertrand Delanoë (Le FIgaro)
Bertrand Delanoë (Le FIgaro)

 

Delanoë en appelle à la régulation européenne

«Dans cette crise du capitalisme, c'est le moment d'être européen. (…) Cette crise nous rappelle la pertinence du socialisme», a lancé Bertrand Delanoë mardi soir à Paris, lors de l'assemblée générale de présentation des motions, avant de citer comme références «François Mitterrand et Jacques Delors (qui) ont permis un minimum de régulation» dans l'Union européenne. Dimanche, le maire de Paris avait estimé que le minisommet européen de samedi aurait dû intervenir «plus tôt» et associer les autres pays européens. Mais «il y a eu au moins deux choses positives» lors de ce sommet, a-t-il ajouté : «Une expression commune pour garantir le crédit en Europe et les dépôts des épargnants» ainsi que les 31,5 milliards d'euros que la Banque européenne d'investissement destine aux PME, même si «c'est insuffisant». «Ce n'est pas génial, mais c'est déjà cela.»

Ségolène Royal (Le Figaro)
Ségolène Royal (Le Figaro)

 

Royal pour la suppression des paradis fiscaux

«Ça ne sert à rien de sauver des banques si c'est pour se retrouver avec le même système dans un an.» Pour Ségolène Royal, la crise doit déboucher sur une refondation. La proposition ne figure pas dans sa motion, mais elle plaide désormais pour la suppression des paradis fiscaux. «Le G7 doit décider de ne plus faire d'affaires avec eux.» Elle souhaite aussi que les banques soient obligées d'investir «une quote-part dans l'économie réelle» . Plusieurs proches - Jean-Louis Bianco, Gilles Savary, Jean-Pierre Mignard - veulent doter la Commission européenne d'une «feuille de route législative» : «Moraliser et assainir le secteur financier et bancaire ; responsabiliser judiciairement les agences de notation et les dirigeants d'établissements financiers ; réformer nos normes comptables ; mettre en place des règles européennes prudentielles et de transparence des transactions.»

Martine Aubry (Le Figaro)
Martine Aubry (Le Figaro)

 

Aubry estime que «le système est en cause»

«Rien ne serait pire que de penser qu'il suffit de sanctionner quelques personnes, de fixer de nouvelles règles, par exemple des règles prudentielles pour les banques, de nouvelles règles sur les agences de notation, des superviseurs européens. C'est le système lui-même qui est en cause, il faut remettre l'économie réelle avant la finance, une meilleure redistribution des richesses dans notre pays et dans le monde.»

Dans sa motion, la maire de Lille, Martine Aubry, insiste sur la nécessité de redonner une place centrale à la puissance publique dans la politique économique. En ce qui concerne les parachutes dorés, Martine Aubry estime qu'«il faudrait faire en sorte que ce soit une loi qui porte tout cela et non pas à la bonne grâce des chefs d'entreprise pour le mettre en place». 

Benoît Hamon (Le Figaro)
Benoît Hamon (Le Figaro)

 

Hamon dénonce le pacte de stabilité

Pour le leader de l'aile gauche du PS, la crise financière valide l'ensemble de son diagnostic sur l'économie libérale. Le député européen dénonce le plan Paulson et ses «700 milliards d'euros au secours des banques», soit, selon lui, «la socialisation des pertes, une forme de grande loi d'amnistie et la possibilité de recommencer comme avant. C'est comme mettre une perfusion à quelqu'un atteint d'une hémorragie». Pour Benoît Hamon, la crise doit déboucher sur «un nouveau réalisme économique de gauche». Il propose de constituer un pôle financier public et européen, de dénoncer le pacte européen de stabilité et de croissance, et la mise en place de restrictions européennes au libre-échange. «Il ne faudrait pas que l'actualité du congrès empêche la direction du PS de faire siennes ces solutions sous prétexte qu'elles ont été formulées plus tôt par une motion en particulier, celle que je défends.»

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