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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 13:01
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"Le monde s'écroule, et les socialistes aujourd'hui doivent en tirer toutes les conséquences"
LEMONDE.FR | 22.09.08 | 12h16  •  Mis à jour le 25.09.08 | 11h24

L'intégralité du débat avec Benoît Hamon, eurodéputé socialiste, jeudi 25 septembre, à 10 h .

athieu :  Quels sont vos objectifs en termes qualitatif et quantitatif lors du prochain congrès : qu'espérez-vous réaliser comme résultat ?   

Benoît Hamon : En termes qualitatifs, changer l'orientation du Parti socialiste, clarifier son message, réancrer à gauche le PS, et qu'il soit en capacité aujourd'hui de répondre à la demande sociale, notamment des classes populaires, qui lui ont manqué lors des deux derniers scrutins présidentiels.  

En termes quantitatifs, que les Français puissent simplement dire qu'à l'issue du congrès de Reims quelque chose a vraiment changé au PS. Car rien ne serait pire que l'on donne l'illusion de la rénovation pour qu'à la fin ce débat, qui se déroule en public, n'accouche que d'une révolution de palais et qu'au fond rien ne change.  

Je pense que sous nos yeux le monde change, qu'il y a même un monde qui s'écroule, qui est celui que les libéraux façonnent depuis trente ans, un monde de laisser-faire, de dérégulation, de libéralisation.  

Ce monde s'écroule, et les socialistes aujourd'hui doivent en tirer toutes les conséquences. Je nous crois, nous les socialistes, plus légitimes que jamais à lever une espérance quand partout dans le monde s'affirme l'urgence d'un retour de l'Etat, s'affirme l'urgence d'un retour de la solidarité, de restrictions au libre-échange, pour assurer un développement qui soit compatible avec la protection de l'environnement d'une part, et le maintien et l'amélioration des droits des individus, notamment des droits sociaux, d'autre part.  

Sur le plan quantitatif, il y a une sorte de récit qui s'est installé dans certains médias, selon lequel le podium serait forcément constitué des trois motions issues de la majorité sortante.  

Je ne crois pas que c'est ce qui se passera. Je pense qu'aujourd'hui les militants veulent le changement à la tête du PS, une vraie rénovation sur le fond, mais aussi sur la forme, qui s'incarne dans le renouvellement des dirigeants du PS.  

C'est pourquoi nous avons l'intention de bousculer ce bel ordonnancement et de figurer sur le podium des trois premières motions du PS.  

Eastoar :  Ce qui aujourd'hui est le plus vraisemblable, c'est qu'aucune motion déposée pour le congrès du PS ne soit majoritaire. Quelles seront les conditions qui vous motiveraient à rejoindre telle ou telle motion pour construire cette nouvelle majorité ?  

Benoît Hamon : Je suis absolument d'accord, il n'y aura que des minoritaires à ce congrès. La motion que je dirige est évidemment candidate à participer à la direction du PS.  

Nos exigences sur le fond sont connues, on les a affichées depuis longtemps. Elles portent sur la nécessité pour le PS de proposer une politique qui, tant au plan international qu'européen, proposera un certain nombre de restrictions au libre-échange.  

Aujourd'hui, dans le débat américain Barack Obama dit que là où le libre-échange affecte les intérêts des travailleurs américains, ou les capacités des Etats-Unis à protéger leur environnement, il faut lui poser des restrictions.  

Moi, je veux que le PS, sans dogmatisme ni idéologie, avec le même pragmatisme, s'engage dans cette voie.  

Notre deuxième exigence porte sur le retour de la puissance publique dans le champ économique. On a besoin d'un Etat stratège, régulateur, anticipateur et non pas d'un Etat qui se retranche derrière le marché pour regarder les injustices s'accroître et les inégalités augmenter.  

Troisième point : l'Europe. L'élargissement fait aujourd'hui office de seule raison d'être du projet européen.  

Nous pensons qu'il est absolument indispensable de relancer l'harmonisation fiscale, sociale, et un certain nombre de grands projets industriels au plan européen.  

Ce ne sera possible qu'à partir d'une avant-garde de pays et il est à nos yeux indispensable que le PS retrouve son rôle de parti pionnier en Europe et affiche cette ambition à l'issue du congrès.  

Quatrième exigence : la question des salaires. Il est parfaitement immoral et injuste qu'on ne conçoive l'amélioration du pouvoir d'achat des ménages que sous la forme de revenus de complément au salaire, type RSA ou prime pour l'emploi.  

C'est aujourd'hui au sein de l'entreprise que doit se négocier un nouveau partage capital-travail. Une première proposition pourrait être désormais de conditionner toute exonération de cotisation patronale à la conclusion d'accords salariaux.  

Cinquième exigence : la politique étrangère. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy a rompu avec une forme de consensus droite-gauche en matière de politique étrangère qui reposait sur l'indépendance de notre diplomatie par rapport à l'OTAN et aux Etats-Unis. Il faut clarifier nos orientations dans ce domaine.  

Et notamment nos positions par rapport aux deux principes contradictoires du droit à l'autodétermination des peuples et du droit d'ingérence.  

Sixième priorité : la stratégie, le rassemblement de la gauche comme seul moyen à nos yeux de reconquérir le pouvoir par la conviction qui est la nôtre que c'est par le rassemblement de la gauche qu'on arrivera à réarrimer les classes populaires au vote socialiste.  

gregoire :  Pouvez-vous envisager une alliance avec toutes les motions déposées ?   

Benoît Hamon : S'il s'agit d'une synthèse générale, je n'en vois pas bien la signification. Ce congrès doit clarifier l'orientation du PS. Je ne crois pas qu'une synthèse générale puisse y contribuer, car elle supposerait qu'on renvoie encore à demain le fait de choisir entre telle ou telle option.  

L'option stratégique : voulons-nous le rassemblement de la gauche ou ouvrir nos alliances au centre ?  

En termes politiques : voulons-nous poursuivre dans une orientation de type sociale libérale ? Ou réaffirmer l'orientation socialiste du PS ?  

lio :  Avec quelles motions les incompatibilités sont-elles insurmontables ?  

Benoît Hamon : Je ne vais pas dire aujourd'hui avec qui je suis incompatible dès lors que mon exigence est une exigence politique sur le fond.  

Mais à l'évidence, pour être honnête, ceux qui aujourd'hui plaident pour un renversement d'alliance du PS, notamment une alliance avec le MoDem, font une double erreur.  

La première est stratégique : cette alliance ne peut nous amener à la victoire électorale.  

Et la seconde est politique : il n'est qu'à lire les propositions économiques du MoDem, qui propose par la voix de Jean Peyrevelade le transfert de cinq points de PIB des ménages vers les entreprises, pour rétablir la compétitivité de l'économie française, pour comprendre que le projet du MoDem est parfaitement incompatible avec celui des socialistes.  

jeanjean :  quelles seraient vos solutions face à la crise financière actuelle ?  

Benoît Hamon : Pour ce qui me concerne, si l'on prend les choses dans l'ordre, il faut que la réponse soit au niveau européen avant de parler d'un nouveau Bretton Woods.  

Au niveau européen, il me semble que la priorité est la lutte contre les paradis fiscaux. Aujourd'hui, la moitité des flux financiers transitent par des paradis fiscaux. Et ces paradis fiscaux ont pour fonction justement de garantir l'opacité des transactions financières, et empêchent toute forme de contrôle et politique et démocratique.  

Et tant que subsisteront, y compris sur le sol européen, des pays qui pratiquent le secret bancaire et qui interdisent de fait toute forme de moralisation des flux financiers le politique pourra faire toutes les déclarations qu'il veut, le système ne changera pas et continuera d'être profondément pourri.  

PeterH :  je partage votre analyse macro-économique, confortée par l'actuelle crise financière aux USA mais je ne vois pas très bien comment appliquer vos mesures d'interventionnisme économique en France au vu de l'état de la dette sans sortir des critères du système monétaire européen et limiter le déficit à 3%. En synthèse l'économie française contre la construction européenne ?  

Benoît Hamon : Vous avez raison. Aujourd'hui, nous sommes contraints par le pacte de stabilité et de croissance, qui nous impose des critères en termes de déficit public et de niveau d'endettement. Et cette police des déficits nous empêche en principe de mener des politiques contracycliques, de relance de l'économie française par le renforcement de l'investissement public, absolument indispensables aujourd'hui.  

Il est donc absolument indispensable, comme la plupart des économistes le réclament désormais (Fitoussi en France, Stieglitz aux Etats-Unis), de remettre en cause non seulement le pacte de stabilité et de croissance, mais aussi la politique monétaire européenne.  

Kaelvin :  L'harmonisation sociale c'est pour quand ? On en parle depuis au moins huit ans et il existe toujours une grande disparité entre salariés européens. Pourquoi ?  

Benoît Hamon : Parce que l'Europe sociale n'est pas du tout à l'agenda de la Commission européenne, du Conseil, présidé par la France (aucune priorité en ce sens de la présidence française), et pas davantage du Parlement européen, dominé par la droite.  

C'est la droite européenne qui est majoritaire dans chacune des institutions, et il a été jusqu'ici impossible pour la gauche européenne et pour les syndicats européens d'obtenir des initiatives significatives, tant dans le domaine des services publics que dans celui de la convergence sociale de la part de la Commission et du Conseil.  

Conséquence : l'Europe sociale qui se construit aujourd'hui, c'est surtout le recul des protections des salariés. Exemple : la France a donné son accord, par la voix de M. Bertrand avec le soutien de M. Fillon, à une augmentation de la durée maximale hebdomadaire en Europe, jusqu'à présent fixée à quarante-huit heures, fixée désormais à soixante heures.  

gregoire :  Vous soutenez une harmonisation fiscale européenne. N'est-ce pas là une utopie, vu que nos partenaires anglo-saxons sont totalement opposés à cela ?  

Benoît Hamon : C'est pour cela que je propose la création d'une avant-garde, et que des pays qui partagent la même ambition en termes d'intégration européenne et des niveaux de développement proches décident, pour commencer, d'harmoniser leur taux d'impôt sur les bénéfices des sociétés.  

Ce serait une première initiative pour lutter contre le dumping fiscal dans l'Union européenne, et une manière de remettre en route la locomotive de la construction européenne.  

Kaelvin :  Que pensez-vous en tant que député européen de la politique d'écologie de Bruxelles ?  

Benoit Hamon : Il faut distinguer deux choses : les initiatives de la Commission, parfois soutenues par le Parlement européen, qui cherchent à renforcer la protection de l'environnement et lutter contre le dérèglement climatique (la directive Reach, ou les objectifs en termes de réduction des gaz à effet de serre).  

Mais ce sont les gouvernements, et Nicolas Sarkozy en tête, qui ont à chaque fois revu à la baisse les ambitions de la Commission.  

Aujourd'hui, nous sommes en Europe très en deçà des réformes nécessaires, notamment de notre appareil productif, pour protéger efficacement l'environnement.  

Ben :  Que pensez-vous des différents dispositifs qui font place aux revendications communautaires dans notre pays ? Je pense, par exemple, à la mise en place (comme ça a été le cas à Lille) d'horaires réservés aux personnes de confession musulmane pour l'utilisation de services publics comme les piscines ?   

Benoît Hamon : Je suis attaché à la laïcité. Ce n'est pas une restriction du droit des individus à exercer leur culte ou à vivre pleinement leur foi et leur spiritualité.  

C'est au contraire le moyen d'organiser une coexistence pacifique et épanouie de ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, d'assurer l'égalité des citoyens, et je crois que ce principe doit être précieusement sauvegardé pour tous ceux qui sont attachés à la paix sociale dans ce pays.  

Et je me méfie de ces hommes qui, comme le président de la République, préfèrent le curé ou le pasteur à l'instituteur pour apprendre la différence entre le bien et le mal aux enfants (cf. discours de Latran), ou qui privilégient le dialogue avec les communautés à la République.  

Bioman :  Que pensez-vous des premières déclarations de M. Sarkozy face à la crise financière (convocation d'un G8, culpabilité des banquiers...) ?  

Benoît Hamon : Je pense que, comme d'habitude avec Nicolas Sarkozy, c'est bla-bla-bla.  

sln :  Que pensez-vous répondre à ceux qui considèrent que vous vous marginalisez en vous alliant avec Jean-Luc Mélenchon ?  

Benoît Hamon : Je suis aujourd'hui le premier signataire d'une motion qui rassemble non seulement la gauche du PS pour la première fois depuis 1971, mais au-delà.  

Notre objectif commun est de parvenir à changer l'orientation du PS sans tomber ni dans la fascination pour la gauche radicale, ni dans la fascination pour une gauche moderne mais molle.  

Ce que nous voulons, c'est que le PS incarne à nouveau, comme dans le passé, une gauche décomplexée, et tous les socialistes sont les bienvenus dans ce rassemblement.  

le_sauveur :  Benoît , si tu gagnes le congrès, comment vois-tu le travail au PS ? Tu te vois enfermé à Solférino pendant trois ans avec des éléphants... ?  

Benoît Hamon : Je pense que le premier secrétaire du PS a d'abord comme fonction d'être au côté de celles et ceux qui aujourd'hui souffrent et paient le prix fort des politiques de Nicolas Sarkozy.  

Ça doit être un premier secrétaire sur le terrain.  

Ensuite, il doit immédiatement après son élection mettre le PS au travail. Mais au-delà, commencer à préparer le rassemblement de la gauche, engager avec le reste de la gauche le dialogue indispensable pour parvenir à une alliance programmatique et électorale dans la perspective des grands rendez-vous de 2012.  

Et pour les éléphants, j'ai l'impression qu'ils n'effraient plus grand-monde depuis longtemps. Et finalement, il m'est même arrivé de croiser des éléphants tout à fait bienveillants.  

Merci à vous tous pour vos questions !   

Chat modéré par Jean-Michel Normand

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