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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 10:05
Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 17h55

Du grain à moudre


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présentation aujourd'hui à venir archives



de Brice Couturier

Ecoutez






émission du vendredi 4 juillet 2008
La compassion peut-elle tenir lieu de politique ?


Malgré le talent certain de Sophie Bouchet-Petersen et la qualité de sa réflexion, voici une émission qui déconstruit audacieusement les mécaniques pseudo-compassionnelles qui président aux stratégies croisées de Ségolène Royal d'un côté et des néo-conservateurs de l'autre.
à écouter de toute urgence,
Frédéric Faravel


On a longtemps reproché aux politiques leur éloignement des simples gens et leur insensibilité aux problèmes qui les touchent. Dans l’espoir de combler ce gouffre d’indifférence supposée, une nouvelle génération de dirigeants exhibe désormais des efforts plus ou moins sincères, mais toujours télégéniques, pour compatir avec les victimes de notre société. C’est Nicolas Sarkozy, qui accourt au chevet des policiers blessés. C’est Ségolène Royal qui touche un paralysé en direct lors d’une émission de télévision.
Dans notre société, ravagée par le scepticisme, le soupçon n’est pas lent à naître : et si ces compassions exhibées valaient pour aveu d’une impuissance à empêcher ces malheurs auxquels on sympathise ? Si tel ou tel manifeste autant d’empathie envers le blessé, n’est-ce pas faute de disposer des moyens véritables d’empêcher les voyous de tabasser et caillasser policiers ou pompiers ? Tant de pitié pour les sans-abris par incapacité à leur assurer des revenus susceptibles de leur assurer une vie digne ?
La compassion a un autre inconvénient : en érigeant en victime absolue le sujet d’une injustice ou d’une violence, on le juge dépourvu des capacités d’améliorer par lui-même son sort, on le transforme en objet de pitié. Et on le prive de son droit égal d’accès à ce «monde commun» et partagé qu’a inauguré le sentiment démocratique moderne.
Enfin, manifester qu’on est l’égal de ceux qui souffrent en s’exhibant à leurs côtés, peut aussi signifier qu’on se résigne au creusement des inégalités et à la permanence de l’exclusion. C’est ce qui semble se cacher derrière la théorie du «conservatisme compassionnel», chère aux Républicains américains.
On le voit, la politique compassionnelle appelle bien des critiques et soulève bien des problèmes.


Invités


Myriam Revault d’Allonnes.  professeur des universités à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, spécialiste de philosophie politique


Sophie Bouchet-Petersen.  Conseillère spéciale de Ségolène Royal en région Poitou-Charentes


Jean-Pierre Le Goff.  Philosophe et sociologue
Président du club Politique Autrement












les livres






Myriam Revault d’Allonnes
L’Homme compassionnel
Seuil - janvier 2008



Nos sociétés sont saisies par la compassion. Un « zèle compatissant » à l’égard des démunis, des déshérités, des exclus ne cesse de se manifester dans le champ politique. Phénomène circonstanciel ou nouvelle figure du sentiment dans la vie politique ? Comment penser de nos jours les passions dans la démocratie ?
Dans cet essai bref et percutant, Myriam Revault d’Allonnes interroge les rapports entre la dimension affective de la vie politique et l’exercice du pouvoir. Remontant aux sources de la modernité politique, elle montre que le rôle des passions n’a cessé de nourrir la réflexion sur la pratique démocratique (de Rousseau à Arendt, en passant par Tocqueville). Où l’on verra que les liens entre sentiment d’humanité, représentation politique et reconnaissance d’autrui nécessitent d’être pensés à nouveaux frais.





Jean-Pierre Le Goff
La France morcelée
Gallimard - collection : Folio actuel - janvier 2008



Nouveaux conflits du travail dits de « harcèlement moral », émeutes dans les banlieues, refus du CPE, mouvements sociaux des salariés du secteur public, résultat du référendum sur le Projet de Constitution européenne, élections présidentielles, exercice du pouvoir selon les techniques de communication et de management… Ces événements ont fait apparaître, chacun à leur manière, des fractures et des conflits dont Jean-Pierre Le Goff souligne la nouveauté irréductible. Le rejet du projet de Constitution européenne révèle le divorce entre gouvernants et gouvernés et oblige à retracer l’évolution des élites depuis la modernisation de l’après-guerre. Le malaise dans la fonction publique s’inscrit dans le cadre d’une modernisation produisant des effets de déshumanisation du travail et de désorientation. Les émeutes dans les banlieues et le mouvement anti-CPE met en lumière la difficulté nouvelle à assumer le rapport de solidarité entre générations suite aux mutations du rapport adultes-jeunes. Le harcèlement moral, quant à lui, prend une importance sans précédent dans une période où le désarroi conduit, faute des médiations traditionnelles, à se dire individuellement victime et à demander réparation à la justice.
Une décomposition historique et une mésestime de soi qui affectent en profondeur les rapports sociaux et les institutions. La France de Monsieur Sarkozy est une France morcelée.

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