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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 14:17

La Gauche doit faire un saut stratégique déterminant :

Le Parti socialiste a peur, il a peur de la rue, il a peur de la confrontation avec l'autre, il se terre au lieu de partir à la conquête de nouveaux champs d'actions. Un nouveau parti rassemblant la gauche devrait imposer à nouveau une contre culture, de solidarité, d'entraide, de défense des valeurs et des acquis du mouvement social. Pour être à la hauteur de cet enjeu, le parti doit s'enraciner dans les réalités sociales, et pour cela, être à l'image de la société : parité, mixité sociale, implication des couches populaires, sont les défis qu'il doit relever dans la période qui s'ouvre. Il doit offrir une nouvelle chance à ceux qui n'ont pas pu faire d'études, ni bénéficier d'un capital social et culturel important, en leur permettant d'accéder aux responsabilités politiques. La Gauche doit à, nouveau permettre qu'un ouvrier devienne ministre. Il doit être à la hauteur de son rôle d'ascenseur social.

En ce sens, il faut interroger à nouveau l'ensemble des acteurs sociaux sur la réalité des engagements collectifs aujourd'hui. La victoire de l'individualisme n'a pas seulement vidé les partis et disqualifié l'engagement politique, il malmène toutes les formes d'engagements collectifs. Quand on questionne les associations et les syndicats, on sait que les problèmes qu'ils rencontrent sont semblables aux nôtres : augmentation de l'âge moyen des militants, refus d'un engagement autre que ponctuel, méfiance à l'égard des doctrines… Finalement, les cadres collectifs supposés neutraliser l'individualisation de la société intègrent eux même les modifications comportementales provoquées par l'atomisation sociale. Quel syndicat ne met pas en valeur les « services » possibles dont l'adhérent pourra faire usage ? Quelle association n'assure pas que l'adhésion est « souple » et l'engagement « à la carte » ? Il ne s'agit pas de condamner la volonté de préserver sa vie privée des empiètements sociaux, mais force est de constater que l'ensemble des organisations collectives est aujourd'hui composé d'un noyau de militants surinvestis et débordés.

C'est donc bien avec l'ensemble du monde associatif et syndical qu'il faut reposer les bonnes questions. Si nous voulons valoriser l'engagement collectif comme un moyen d'éducation alternatif à l'élitisme libéral, il nous faut oser un partenariat clair avec tous ceux qui luttent pour plus de démocratie et de justice sociale, quel que soit leur champ d'action. L'ensemble des acteurs de l'éducation populaire par leur intervention en direction de la jeunesse font partie des partenaires privilégiés d'une telle ambition. Il est essentiel, plutôt que de stigmatiser leur radicalité incompatible avec nos « responsabilités de parti de gouvernement », d'entrer en dialogue avec les mouvements altermondialiste, écologiste, et autres qui ont régénéré le militantisme de gauche durant ces dernières années.

Contrairement à ce qu'a pu dire Arnaud Montebourg voici plusieurs semaines, Ségolène Royal n'a pas réussi à faire en quelques mois ce que le courant qu'il avait quitté - Pour un nouveau Parti socialiste - n'avait pas réussi en quatre ans. D'abord parce que - même en recherchant à être légitimée par le vote des militants - Ségolène Royal s'est imposée au Parti socialiste, à ses cadres et à une partie de ses militants, en s'appuyant sur l'état de l'opinion publique à un moment donné (et certainement pas sur des réseaux structurés extérieurs au Parti comme avait pu le faire Mitterrand en 1971) ; elle n'a donc pas agi sur le PS en tant que tel. Celui-ci se retrouve donc dans une situation d'entre-deux, avec un vieil appareil, héritage de toutes les combinaisons de congrès depuis 20 ans et d'un légitimisme nourri de déception d'une majorité des militants plus anciens, des nouveaux militants dont on ne sait pas combien resteront au-delà de la désignation du 16 novembre 2006 et de la défaite du 6 mai 2007 et dont on ignore encore les motivations idéologiques et politiques pour ceux qui choisiront de rester.

La rénovation du parti reste donc à faire pour dépasser les anciennes structures, mais elle ne sortira certainement pas par magie de la désignation d'un nouveau chef ou d'un nouvelle cheftaine. Tout juste pourra-t-on dire que la défaite du 6 mai 2007, au-delà d'un drame social qu'elle porte en germe, met le Parti socialiste et toute la gauche dans une situation assez comparable à celui du Labour confronté à 20 ans de thatchérisme et qu'il n'est pas dit - loin de là - que le blairisme n'est apporté que des résultats positifs à long terme pour la société britannique et européenne.

Il va nous falloir rassembler et refonder la gauche française bien sûr, au sein d'un grand parti progressiste, mais avant tout il faut comprendre que le Parti socialiste tel que nous l'avons connu n'existe plus. Nous sommes arrivés au bout d’un cycle, entamé avec le congrès d’Epinay. Il est donc temps de bouger et de créer un grand parti progressiste, qui permette de référencer à nouveau la gauche. Un parti de rassemblement, ouvert à toutes celles et ceux qui défendent des valeurs de progrès et de solidarité. La base militante existe et les valeurs communes pour fonder sa déclaration de principes sont évidentes : la laïcité, la régulation politique de l’économie de marché et la redistribution.

Il s’agit pas de créer un parti plus anti-libéral que réformiste... Cette opposition entre anti-libéraux et réformistes n’a aucun sens. Réformistes, les socialistes le sont depuis toujours. Reprenant le mot d'Eduard Bernstein1, beaucoup exhortent le Parti socialiste à « oser enfin paraître ce qu'il est », comme si le Parti socialiste ne s'assumait pas depuis longtemps comme un parti réformiste, rallié à la démocratie et à l'économie sociale de marché. Nous croyons nécessaire de la soumettre à des règles sociales, fiscales et à l’action publique ; la libre compétition seule n’a jamais garanti naturellement un optimum économique et social. Elle ne favorise pas la redistribution. Nous sommes donc réformistes et anti-libéraux, et nous assumons les deux.

Nous soutenons que le problème principal de la Gauche française n'est malheureusement pas là, et qu'il est autrement plus ardu. Plus que d'oser « paraître ce qu'il est », le Parti socialiste doit enfin proposer au reste de le Gauche de devenir ensemble ce qu'il n'est pas : un grand parti de la Gauche moderne, capable de recueillir par ses propres forces au moins 35 % des suffrages aux élections décisives, comme y parviennent la plupart de ses homologues en Europe. Ce saut stratégique est incontournable pour faire en sorte que, si la question des alliances se pose un jour pour gouverner, nous la posions avec un socle de soutien à 30 ou 35 % de l’électorat, et non dans l'urgence d'un entre deux tours d’une élection présidentielle ou législative, et, alors que nous devons reconstituer une cohérence du projet de la gauche, pas en étant contraints à des accords programmatiques avec une partie de la droite qui ajouterait à la confusion et au défaut de cohérence du projet de la gauche face à un projet de droite parfaitement cohérent.

Pour la première fois depuis 1936, la mutation du Parti socialiste en s'ouvrant de manière déterminante à ses partenaires, passant d'un parti d'élus de 120 000 adhérents à un authentique parti de masse, assumant toutes les grandes fonctions d'un parti réformiste moderne, est possible. Les socialistes sont-ils décidés à fournir l'effort nécessaire pour accomplir ce qui est bien plus qu'une simple rénovation ? Ou bien vont-ils chercher dans une illusoire "alliance au centre" le substitut à ce formidable effort sur eux-mêmes ? Telle est la question, au lendemain de cette défaite du 6 mai. Le PS doit intégrer les dizaines de milliers de nouveaux adhérents venus à lui à l'occasion de l'élection présidentielle et doit impérativement fournir les cadres structurant pour fédérer l'ensemble de la Gauche française - en tout cas tous ceux qui à gauche aspirent à réellement transformer la société ; pour cela, il doit se doter de structures d'accueil efficaces : "sections locales à taille humaine", commissions thématiques, organismes associés. Il doit associer ses adhérents et ses sympathisants à l'élaboration de ses propositions, rajeunir, féminiser, différencier son corps militant, établir des liens étroits, à tous les niveaux, avec les syndicats de salariés et les associations progressistes. Nous devons également avoir le souci d’intégrer à cette perspective la volonté que ce futur parti soit plus représentatif de la société française. Après tout, la droite est représentative la plupart du temps d’une France très homogène, la gauche a toujours été une mosaïque. Pourtant, nous ne voyons pas mosaïque et la droite a su stratégiquement mettre en avant une mosaïque de visages, d’origines sociales et de parcours. Nous devons, sur ce terrain là aussi, être plus exemplaires, celles et ceux qui se sont portés parfois pour la première fois à gauche, qui ont fait comme premier geste démocratique de mettre un bulletin Ségolène Royal dans l’urne, ceux-là doivent se retrouver, non seulement dans nos combats, mais aussi dans les visages de celles et ceux qui portent ces combats.

Ce qui doit être aujourd’hui notre objectif, c’est bien de préparer la reconquête du pouvoir en y associant la gauche sociale et la gauche intellectuelle pour faire en sorte qu’en 2012, pour l’emporter, nous ayons préparé le terrain de manière idéologique et culturelle en faisant en sorte que celles et ceux qui sont les plus vulnérables dans la société considèrent que ce sont bien les valeurs de gauche, nos principes de redistribution et de solidarité qui seront efficaces à répondre concrètement à leurs problèmes plutôt que les valeurs de droite, l’individualisme, le mérite et l’effort. Nous ne sommes pas contre l’effort et le mérite, mais l'essentiel à nos yeux est de rappeler que cette société n’a jamais été aussi inégalitaire et que la responsabilité de la gauche pour les cinq ans qui viennent, ce doit être que ses valeurs redeviennent majoritaires dans la société.

1(1850-1932) Responsable de la social-démocratie allemande qui prônait une "révision" du marxisme dans un sens réformiste.

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