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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 14:53
Les économies annoncées par le gouvernement permettront-elles de réduire l’endettement public ? (22 avril)

Patricia Martin : La question du jour : Les économies annoncées par le gouvernement permettront-elles de réduire l’endettement public ?

Liêm Hoang Ngoc : Pas vraiment Patricia. Le gouvernement pense pouvoir économiser 7 milliards à l’horizon 2011 dans le cadre de la Revue Générale des Politiques Publiques. Il a annoncé le non remplacement de 35 000 départs à la retraite dans la fonction publique l’an prochain, après la suppression de 23 900 postes cette année. Cela permettra d’économiser tout au plus 500 millions d’euros par an. Il faudra sabrer de nombreux engagements budgétaires. Le Revenu de solidarité active en fera sans doute les frais. Les services publics seront quant à eux progressivement amputés des moyens d’assurer leurs missions.

Certains économistes nous expliquent pourtant qu’on ne peut pas faire autrement…

Je ne suis pas d’accord. Des réorganisations de l’Etat sont évidemment nécessaires. Mais un plan de rigueur est une erreur dans la conjoncture actuelle. Il fera plonger d’autant plus rapidement l’économie dans la récession. Moins de croissance, c’est moins de recettes fiscales. Trop de rigueur tuera la rigueur ! La loi de finance est construite sur une hypothèse de croissance de 2,25%. Celle-ci sera probablement inférieure à 1,4%. Les déficits se creuseront, au contraire de l’objectif recherché.

Qu’aurait-il donc fallu faire ?

Il aurait fallu mettre sur pied un plan de relance, comme l’ont fait les Américains, en acceptant de laisser filer temporairement les déficits. La reprise de la croissance aurait engendré des recettes fiscales permettant en fin de course de réduire les déficits.

Mais pour financer un tel plan de relance, il faut de l’argent, et les caisses sont vides, dit-on ?

Bernard Maris et moi-même essayons d’expliquer à chaque fois à Jean-Marc Sylvestre que la France n’est pas en faillite. Elle a une dette, mais détient aussi des actifs. Le solde du bilan est largement positif. Notre pays dispose de plus, au contraire des Etats-Unis, d’une abondante épargne intérieure et nos épargnants achètent volontiers des obligations d’Etat qui sont très sûres. L’Agence France Trésor peut donc émettre des titres à des taux très bas, si bien qu’il n’y a aucun problème pour financer de la politique publique. Le paquet fiscal a d’ailleurs été financé par l’emprunt. Il n’a malheureusement pas produit le choc escompté sur la croissance. On pourrait au moins redéployer ses 13,8 milliards vers d’autres choix, ayant un impact sur la croissance : investissement public, santé, éducation, innovation, recherche, redistribution.

Alors pourquoi ne le fait-on pas ?

Par choix politique et par respect dogmatique du pacte de stabilité, qui fixe une limite de 60% du PIB à l’endettement public. Or cette limite est absurde. A l’heure où la dépense privée est insuffisante, le pacte de stabilité empêche l’Etat d’emprunter pour dépenser, comme n’importe quel agent économique. Il faut donc le réviser. Ni la France, ni l’Allemagne, ni l’Italie ne parviennent à le respecter.

On dit pourtant que les dépenses publiques n’ont cessé d’augmenter inutilement.

C’est encore une idée reçue. La part des dépenses publiques dans le PIB est strictement la même qu’il y a 25 ans (53% du PIB). Parmi ces dépenses, la part des dépenses de l’Etat a même baissé de trois points, de même qu’en son sein, la part des dépenses de fonctionnement et de personnel, souvent décriées. La part des dépenses sociales (santé et retraite) s’est par contre accrue, sans qu’on puisse crier au scandale. Nous en reparlerons demain.

Le dicton du jour : «ça va mal finir…» (c’est le titre d’un best-seller du moment).

Faut-il réduire les dépenses sociales ? (23 avril 2008)

Patricia Martin : Les idées reçues de l’économie, avec Liêm Hoang-Ngoc, Maître de conférences à l’Université de Paris I. La question du jour : faut-il réduire les dépenses sociales ?

Liêm Hoang Ngoc : Nous avons vu hier que la part des dépenses publiques dans le PIB n’avait pas augmenté depuis 25 ans. Nous disions qu’en son sein, la part des dépenses de l’Etat avait baissé, mais que la part des dépenses sociales s’était accrue. Si la tendance se poursuit, il faudra à l’horizon 2050 consacrer 4 points de PIB de plus pour financer les dépenses de santé et 5 points pour les retraites. Pour 2007, le déficit de la branche santé a ainsi été de 4,6 milliards (la Cour des comptes vient d’en valider le chiffre).

PM : Est-ce une mauvaise chose ?

Non, si l’on considère qu’une société en progrès voit l’espérance de vie s’allonger et la demande de bien être s’accroître. Si l’on s’en tient aux dépenses de santé, dans leur jargon, les économistes les plus académiques considèrent qu’elles sont un facteur de «croissance endogène». Elles améliorent ce qu’ils appellent le «capital humain» des individus, c’est-à-dire leurs capacités productives. Tant mieux si cela ouvre par ailleurs une perspective de développement durable. Il vaut mieux développer le secteur de la santé que celui des industries polluantes. La question posée à la puissance publique est donc de savoir si elle entend faire de la dépense sociale une priorité nationale, ou si elle entend s’en désengager.

PM : Qu’en pense le gouvernement ?

Il entend réaliser au moins 10 milliards d’économies à l’horizon 2011.

PM : Comment compte-t-il s’y prendre ?

Il a commencé par instaurer les franchises médicales. Celles-ci ne sont pour le moment pas remboursables par les complémentaires. A l’avenir, la montée en puissance des franchises n’est pas exclue. Elle pourrait faire peser sur les complémentaires et les particuliers une part de plus en plus importante du financement des dépenses de santé. Le rapport Chadelat préconisait déjà en 2004 de laisser à la charge de la dépense privée les petits risques, en cantonnant les remboursements de la sécurité sociale aux gros risques. Dans cette direction, le gouvernement va dans les prochains jours annoncer la réduction du périmètre du panier des soins pris en charge par le régime obligatoire. Devraient être restreintes les conditions de remboursement des affections de longue durée. Avant les couacs de la semaine passée, les lunettes et les soins dentaires, déjà peu remboursés, devaient en être exclus, ainsi que les arrêts maladie, la kinésithérapie et de nouveaux médicaments. Quant au mode de financement de la sécurité sociale, le candidat Sarkozy proposait, il y a un an, de remplacer les cotisations sociales par une hausse de la TVA. La TVA est l’impôt le plus injuste parce que plus on est riche, moins on le paie. Injustes aussi sont les franchises : plus on est malade, plus on en paie !

PM : Existe-t-il d’autres solutions ?

Oui, on pourrait préserver le panier de soins remboursables le plus étendu possible et, pour financer le système, opter pour un impôt juste par une grande réforme de la fiscalité directe.

PM : L’impôt sur le revenu ?

Oui. L’impôt sur le revenu parce qu’il est progressif. Il faudrait le fusionner avec la CSG. Mais on pourrait aussi remplacer la cotisation patronale par une CSG-entreprises. Ceci permet de mettre à contribution l’ensemble des richesses créées dans les entreprises et d’éviter de taxer seulement les salaires. De plus, à la différence de la TVA, ce scénario possède l’avantage de ne pas taxer la consommation, principal moteur de la croissance. Il favorise aussi les PME créatrices d’emploi. Ce scénario a malheureusement été écarté de l’étude sur la TVA sociale, confiée par le Chef de l’Etat à Eric Besson il y a quelques mois.

Le dicton du jour : il est de Confucius : «quel que soit le pays où tu vis, il ne faut servir qu’un gouvernement capable».

Mise au point :

Oui, une auditrice a relevé une erreur dans ma chronique de lundi sur le projet du gouvernement de renforcer le contrôle des chômeurs. Je définissais une offre valable d’emploi comme une offre ne pouvant être «inférieure de 70% au salaire précédent». Je voulais dire une offre ne pouvant être «inférieure à 70% du salaire précédent». Merci à Catherine (notre auditrice), pour son attention. Vous êtes mieux réveillée que moi à cette heure-ci. Vous avez raison : le service public doit être irréprochable.


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