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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 14:32
Dans L'Humanité : "Les militants de la gauche du PS cherchent leur oxygène"

 

FRÉDÉRIC DURAND
MARDI, 26 MAI, 2015 L'Humanité

En s’octroyant 60 % des suffrages, la direction du PS regagne une légitimité. Pour l’aile gauche et les frondeurs, c’est la douche froide. Pourtant, ses militants refusent d’abdiquer et veulent rester au parti pour contenir sa «droitisation» et être une «passerelle» avec le reste de la gauche.
«Je suis triste et fatiguée.» Dans son département, la Moselle, Charlotte a donné de son temps et de son énergie pour défendre la motion B, celle portée par les frondeurs et l’aile gauche du PS en vue du congrès de Poitiers des 5, 6 et 7 juin. Las, la victoire sans appel du texte présenté par la direction (60 % des voix, contre 29 % au texte porté par le député de la Nièvre, Christian Paul) et l’étau qui semble se refermer sur la contestation interne lui rappellent ce mot dans un sourire amer : « Quand les dégoûtés seront partis, il ne restera que les dégoûtants. » Ils sont déjà 40 000 à avoir quitté le parti depuis 2012, année d’élection de François Hollande à l’Élysée. Sur la pointe des pieds. Mais Charlotte n’est pas prête à s’en aller : « Pour aller où ? On s’entre-tue au Front de gauche, et puis Valls fait tout pour nous écœurer et nous faire partir », analyse cette trentenaire qui mesure l’impasse : «Soit on fait demi-tour, et c’est impossible, soit on perce le mur ! Parce qu’aujourd’hui, ce n’est pas seulement les frondeurs qu’on veut éjecter du système, c’est le PS lui-même ! Et, tant que nous sommes là, il n’y aura pas d’alliance possible avec le centre et l’UDI.»

Martine, 53 ans, au parti depuis 2006, n’entend pas abandonner non plus. «Je suis entrée au parti pour faire bouger les choses de l’intérieur. J’y crois encore ! Et puis nous sommes une passerelle avec le reste de la gauche», défend cette conseillère municipale de La Roche-sur-Yon, en Vendée. Une idée partagée par Charlotte, qui imagine «une plateforme où l’on pourrait travailler avec le reste de la gauche et le monde associatif sur des contenus politiques».

Pour l’emporter la motion A a présenté un texte très «gauchi»

Des espaces de discussions comme un besoin d’oxygène d’autant plus vital que les réactions de la direction du parti après sa victoire sont plutôt tranchantes. «Il va falloir qu’ils (l’aile gauche et les frondeurs – NDLR) tiennent compte du fait majoritaire et du score. (…) Pour l’instant ils tiennent surtout compte du leur !» expliquait le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, vendredi, au siège de la rue de Solferino, peu avant l’annonce des résultats officiels. «Si on dit, il n’y a plus de synthèse possible, qu’il y a une ligne et que c’est à prendre ou à laisser, alors ça va être compliqué, parce que cette ligne ce n’est pas la mienne », confie ce militant de Seine-Saint-Denis qui considère, acide, qu’« aujourd’hui, ce n’est plus le Parti socialiste, mais le parti “sociétaliste” ; on se félicite d’avoir réalisé 6 000 mariages homosexuels et on oublie qu’il y a 6 millions de chômeurs ».

Pour le politologue Rémi Lefebvre, « Jean-Christophe Cambadélis peut se prévaloir de cette légitimité, les militants ont tranché assez nettement, mais sur quelle base ? La motion A a présenté un texte très “gauchi” beaucoup plus proche de Martine Aubry que de Valls, Collomb ou Macron. Ce peut être un piège qui peut se retourner contre la direction au sens où les contestataires pourront invoquer la lettre de la motion A qui réclame des contreparties au CICE, la réforme fiscale… ». Et c’est bien ce qu’ils comptent faire. Même si « la culture du texte, de l’écrit, se déprécie au PS » et que « le décalage entre discours et actes devient abyssal », analyse le politologue, les contestataires entendent s’appuyer sur la motion A pour préparer une offensive sur la loi Macron qui doit revenir à l’Assemblée nationale avant l’été, et singulièrement sur le budget 2016 en fin d’année.

Et après ? « Il faudra peut-être acter que la stratégie interne à ses limites», concède Martine. Et lorsqu’on parle a ces militants de 2017, ils avouent être dans le brouillard. En tout cas, «la gauche ne sera pas au second tour par l’effet du miracle, il faut infléchir cette politique, produire des résultats concrets et montrer qu’il y a une alternative autre que Marine Le Pen», résume Martine. Un sondage Odoxa publié samedi dans le Parisien voit François Hollande culminer à 16 ou 17 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Loin derrière la droite et l’extrême droite, seuls qualifiés au second tour. «Pour préparer 2017, François Hollande aura besoin d’un parti en ordre de marche et d’un minimum d’union de la gauche», prévoit Rémi Lefebvre. Pour l’instant, ni l’une ni l’autre de ces conditions n’est remplie. Sans profonds changements politiques, peu de chances qu’elles ne le soient. «Il nous reste un an, après il sera trop tard», conclut Christian Paul.

Aubry contrainte à la vigilance Pour certains au PS, «Martine Aubry a offert le parti à Hollande» en s’alignant sur la motion de la direction. «Si je n’avais pas eu la certitude que ce choc d’égalité que nous demandons dans la motion allait devenir réalité, je n’aurais pas signé», se justifie-t-elle aujourd’hui. Aucun doute que sa détermination à faire respecter les engagements de la motion en question sera scrutée de près en interne.

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